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Full text of "En temps de guerre [microforme] : recueil d'extraits de journaux, de documents diplomatiques, etc."

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CIHM 
Microfiche 
Séries 
(Monographs) 



ICIVIH 

Collection de 
microfiches 
(monographies) 




H 



Canadian Instituta for Historical Microraprodcctiona / Institut canadian da microraproductions historiquas 




1996 



Technical and Bibliographie Notes / Notes technique et bibliographiques 



The Institute has attempted to ot)tain the besl original 
copy available for filming. Features of this copy which 
may be bibliographically unique, which may aller any of 
the images in the reproduction, or which may 
significantly change the usual method of filming are 
checked beiow. 







D 
D 



D 



Coloured cover? / 
Couverture de couleur 



I I Covers damaged / 

' — ' Couverture endommagée 

I 1 Covers restored and/or laminated / 

' — ' Couverture restaurée et/ou pelliculée 

j I Cover tjtle missiig / Le titre de couverture manque 

I I Coloured maps / Cartes géographiques en couleur 

I I Coloured ink (i.e. ottier than blue or black) / 

' — ' Encre de couleur (i.e. autre que bleue ou noire) 

I I Coloured plates and/or illustrations / 

' — ' Planches et/ou illustrations en couleur 

I ! Bound with other materiat / 



Relié avec d'autres documents 

Only édition available / 
Seule édition disponible 

TIght binding may cause shadovi/s or distortion 
along interior margin / La reliure serrée peut 
causer de l'ombre ou de la distorsion le long de 
la marge intérieure. 

Blank leaves added during restorations may appear 
within the text. i/Vhenever possible, thèse hâve 
been omitted from filming / Il se peut que certaines 
pages blanches ajoutées lors d'une restauration 
apparaissent dans le texte, mais, lorsque cela était 
possible, ces pages n'ont pas été filmées. 



L'Institut a microfitmé le meilleur examplaire qu'il lui a 
été possible de se procurer. Les détails de cet exem- 
plaire qui sont peut-être uniques du point de vue bibli- 
ographique, qui peuvent mcuifier une innage reproduite, 
ou qui peuvent exiger une modifications dans la méth- 
ode normale de filmage sont indiqués ci-dessous. 

I I Coloured pages / Pages de couleur 

I I Pages damaged .' Pages endommagées 

I I Pages restored and/or laminated / 
' — ' Pages restaurées et/ou pelliculées 







D 



Pages dtscc! ^ured, stained or foxed / 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 



I 1 Pages detached / Pages détachées 

[^ Showthrough / Transparence 

I I Quality of print varies / 

' — ' Qualité inégale de l'impression 

I I Includes supplementary material / 
' — ' Comprend du matériel supplémentaire 

I I Pages wholly or partially obscured by errata 
' — ' slips, tissues, etc., hâve been refilmed to 
ensure the best possible image / Les pages 
totalement ou partiellement obscurcies par un 
feuillet d'errata, une pelure, etc., ont été filmées 
à nouveau de façon à obtenir la meilleure 
image possible. 

Opposing pages with varying colouration or 
discolourations are filmed twice to ensure the 
best possible image / Les pages s'opposant 
ayant des colorations variables ou des décol- 
orations sont filmées deux fois afin d'obtenir la 
meilleur image possible. 



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Additional ccmiments / 
Commentaires supplémentaires: 



This ittm ts fllmad at the réduction ratio checktd btlow/ 

Ce document est filmé au taux de réduction indioué ci-de»ous. 



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1«X 








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22X 








26 X 








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y 



























1«X 



20X 



Th* Gopy filmad h*r« hai baan raproducad thanki 
to tha ganaroiity of: 

National Library of Canada 



L'axamplaira filmé fut raproduit grica i la 
générosité da: 

Bibliothèque nationale du Canada 



Tha Imagaa appaaring hara ara tha batt quality 
pouibla considaring tha condition and lagibility 
of tha original copy and in liaoping with tha 
filming contraet tpacifieationa. 



Original copia* in printad papar covara ara fllmad 
baginning with tha front covar and anding on 
tha laat paga with a printad or illuatratad impras- 
(ion. or tha bacit covar whan appropriata. Ail 
othar original copiaa ara filmod baginning on tha 
fifst paga with a printad or illuatratad impraa- 
■ion, and anding on tha laft paga with a printad 
or illuatratad impraasion. 



Tha lait racordad frama on aach microficha 
shall contain tha lymbol -^ (maaning "CON- 
TINUED"). or tha tymbol ▼ Imaaning "END"), 
whichavar applias. 

Mapa. plataa, charts. atc. may ba fllmad at 
diffarant réduction ratioi. Thosa too large to ba 
entirely included in one expoaure are filmed 
beginning in the upper left hand corner, laft ta 
right and top to bottom, ua many f ramai as 
raquired. Tha following diagrams illuatrata tha 
method: 



Le» images suivantes ont été reproduites evsc le 
plus grend soin, compte tenu de le condition et 
de la netteté da l'axempleire filmé, at an 
conformité avec les conditions du contrat de 
filmage. 

Les exemplairec origineux dent le couverture en 
papier aat Imprimée sont filmés en commencent 
par la premier plat et en terminant soit par la 
dernière page qui comporte une empreinte 
d'Impression ou d'illustretion, soit par le second 
plat, salon la cas. Tous .as autres exemplaires 
originaux sont filmés en commençant par la 
première paga qui comporte une empreinte 
d'impression ou d'illustration et an terminant par 
la dernière paga qui comporte une .elle 
empreinte. 

Un dee aymboles suivants sppareïtra sur la 
dernière imege da chaque microfiche, selon le 
cas: le symbole —^ signifie "A SUIVRE", le 
symbole V signifie "FIN". 

Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être 
filmés è des taux da réduction différents. 
Lorsque le document est trop grand pour être 
reproduit en un seul cliché, il est filmé é partir 
de l'angle supérieur gauche, de gauche è droite. 
et de haut an bas, en prenant le nombre 
d'Imeges nécesseire. Les diagrammes suivents 
illustrent le méthode. 



1 


2 


3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



MICROCOPY IIESOLUTION TEST CHAOT 

lANSI ond ISO TEST CHART No, 21 




^ /j PPLIED \MA\3E I 

^=-^ '65J East Mopn Stfeef 

r.^g (^'6) *82 - OJOO - Phone 

^S (^'6) 288 - 5989 - Fg, 



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TEMPS DE GUERRf: 



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TOSONTO 
THS ODPP. (3LAEI 



EN TEMPS DE GUERRE 

RKCUEIL D'EXTRAIT IK JOURNAUX, DE 
DOCUMENTS DIPLOMATIQUES, Etc. 



PAH 

JOHN SI^UAIK 
Prq/iMor tmerilu,. Uni nrilty i,f TortnUo 



TORONTO 
THE COPP, CLARK CO., ' IMi^ED 



Pr<> Il -f 



A MES CHERS COLLÈGUES 
D'UNIVERSITY COLLEGE 



l'UKFACE 



Le présent recueil d'extiuit de journaux et de docunienti 
diplomatique» est deiti»^ à 1 usage des classes de français de 
notre uiiiversiUS. Il est perini.s d'(>sp.5rer cjuo In lecture attentive 
de ce» morceaux aidera nos dluiliiint» à mieux comprendre 
non seulement la grande variété d'cxpressio s qui ont cour» 
dans les journaux d'aujourd'hui mais aust 'état d'ime de»' 
Français à ce moment si tragique de leur histoire. 

Quant aux annotations il a été très difficile de décider où il 
fallait en mettre. Ii est si tentant de faire voir sa scier • 
Mais on a résisté et, sauf dans un minimum de cas, tov 
explication a été laissée aux professeurs et aux livres- 
dictionnaires, encyclopédies, guides, etc.— que le \mn étudiant 
aura soin de consulter.' 



■LivrB. à oon.ulter:-ft(« iaro»«. iltw<M, Nouveau Lmau»t ■ 
VUMtt Joannt^ HaeiUïxr, etc. 



TABLE 



I 



I' 

II- 

ni, IV 

V 

VI-X- 

XI- 

XII- 

XIll- 

XIV-XVU- 

XVIII 

XIX 

XX- 

XXI- 

XXII- 

XXIII- 

V-xxiv- 

XXV- 

XXVI- 

XXVII- 

XXVIII- 

XXIX- 

— • XXX- 

XXXI- 

XXXII- 

—"XXXIII- 

XXXIV- 

XXXV- 

XXXVI- 

XXXVII- 

XXXVIII- 

^- XXXIX- 

XL- 

XLI- 

XLII- 



— Assassinat do l'ai-chidiic 
-Indignation de la HMl)ie 
-Documents diplomatiques 
-L'IUMiie grave 
-Documents diplomatiques 
-La guei'i-e 

-Documents diplomatiques 
-La guerre a commencé 
-Documents diplomatiques 
-Le baiser 
-Les mille 

-Les soucis de M. de Jagow 
-Sous-mai'ins et paqueljots 
-Réflexions d'un innnobilisé 
-Fôte nationale belge . 
-Déportés de Roubaix . 
-Vieux cimetières . 
-Eglise de Talus . 
-Président aux armées 
-JofFre aux troupes 
-M. Briand à Rome 
-Réflexions d'un immobilisé 
-Contre les zeppelins . 
-La neige 

-Ténacité française 
-Cercle pour le soldat . 
-La Provence-II torpillée 
-Réflexions d'un immobilisé 
-Stratèges ... 
-France et Italie , 
-Prononciation du fran(,*ais 
-Au fil de l'eau 
-Réflexions d'nn innnobilisé 
-Allemagne et Portugal 



PAOR 
1 
1 

2-4 
4 
6-8 
8 
10 
1) 
12, 13 
13 
14 
17 
18 
19 
21 
22 
24 
26 
28 
31 

;e 

35 

37 

39 

40 

44 

40 

47 

4» 

50 

52 ■ 

54 

50 

58 



, 



.ïr' 



/ 



r Vi TABLE 

j^ PAGE 

+ xuii — Pour la Belgique 59 

xi.iv — Réflexions d'uu iiiinir)bilisë .... (13 

XLV— L'abbé "VVetterlé (U 

^^XLVi — Les deux ëcnles flt 

XLVii — Driputés morts (10 

XL VIII— Retour du poilu (17 

xux — Divers 09 

t— Ligue des ftmes 70 

Li — Perte du " Renaudin " 73 

I.II — Cadorna à Paris 74 

LUI — Départements envahis 78 

Liv — Prince régent de Serbie 78 

. LV— Haig à Joffre 81 

LVI — Le cardinal Mercier 82 

i^,.^. LVii — Liquides enflammés 83 

LViii — Joflfre aux soldats 85 

UX — Lait écrémé 85 

I.X — Chanson de l'embusqué 87 

uci — Calomniateur condanmé 88 

LXii — Conférence des alliés 89 

Lxiii — Cinéma scolaire go 

Lxrv — Rôles ingrats 93 

Lxv — Les chevaux 94 

Lxvi— Fête du roi Albert -86 

Lxvii — Hausse des beiures . . . . . . 88 

Lxviii — Foire au pain d'épice 98 

LXix — Un grand blessé en Suisse .... 99 

LXX — Pour soldats aveugles 102 

LXXI — Semaine de Shakespeare 105 

LXXii — Pommes de terre scolaires 107 

Lxxiil — Aux Jardies 109 

LXXIV— Exposition de ruines 114 

Lxxv — A la Sainte-Chapelle 118 

Lxxvi — Camille Jullian 119 

Lxxvii — Concours de " Minteux " 122 

I.XXV111 — Victoire navale 124 

LXXIX — Le Maréchal Kitchener 126 

LXXX — Dernier discours de Faguet .... 130 

LXXXI — Réflexions d'un imumliilisé .... 132 

LXXXII — La Guerre en hexamètres 134 



TABLE 

WCXXiii-Prolifératicm des Bonilleura 
LXXXiv— KéHexioiis d'un immobilisé 
Lxxxv— Le filon .... 

Lxxxvi-^Appel aux infliniii-ics 
Lxxxvii— Discours d'Anatole Fiance 
Lxxxviii— Fin du monde . 
LXXXix-Discour» de Tittoni . '. 
xc — Jott're aux ti'oupcs 



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l'AOK 

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EN TEMPS DE GUERRE 



ASSASSINAT DE L'ARCHIDUC FRANÇOIS-FERDINAND 

Un crime affreux a été commis hier dans la capitale de la 
Bosnie. L'arcl.iduo la'ritier François-Ferdinand d'Autriche et 
sa femme, la duchesse de Hohenberg, née comtesse Chotek, 
Bont tombés sous les balles d'un assassin de 19 ans après avoir 
échappé à un premier attentat qui avait fait quelques victimes 
dans la suite du cortège. 

—Gazttte de Laumnne^ 29 juin, 1914. 



INDIGNATION DE LA SERBIE 
Une note officieuse du gouvernement de Belgrade s'élève ' 
avec énergie contre les accusations de certains journaux de 
Vienne et de Budapest : " La Serbie comme tous les peuples 
civilises, déclare cette note, est remplie d'indignation à l'é<mrd 
de 1 attentat de Sarajevo et de ses auteurs. Nous avons peine 
à concevoir que la presse allemande puisse inculper la Serbie 
.et 1 attaquer au sujet de cet attentat inqualifiable. Le 
gouvernement royal prendra des mesures envers les éléments 
.suspects fixés sur le territoire se, ■; m.i, ]« gouvernement 
royal regretterait que le développement des bons rapports 
politiques et économiques pût être entravé en raison d'événe- 
ments dont la Serbie et son gouvernement ne sauraient être 
rendus responsables." 

Tout porte k croire que le gouvernement du roi Pierre est de 
bonne fo. quand il tient un pareil langage ; mais on connaît le 
1 



2 



EN TEMPS DE OUERRE 



proverbe : " Quand on veut tuer sou chien, on dit qu'il est 
enrage." Le parti militaire autrichien trouve l'occasion bonne 
de prêcher la guerre sainte contre les Serbes. Tous ses efforts 
et tous ceux de sa presse tendent depuis dimanche k proclamer 
que les Serbes sont enragés et qu'il faut "enfumer leur 
tanière" avant qu'ils aient communiqué la rage & toute la 
monarchie dualiste. 

— Oazette de Laueanîie, 3 juillet, 1914. 

III 

(Extraits de U nota communiquée par la Comte Szecaen, Ambaaaaileur 
d'Autriche-Hongrie, â M. Bieuvenu-Martin, Ministre des Affaires 
étrangères p. i.,' le vendredi 24 juillet, 1914, à 10 h. J du matin.) 

Vienne, le 24 juillet 1914. 
Ije Oouvemement impérial et royal s'est vu obligé d'adresser 
jeudi le 23 juillet courant, par l'entremise du Ministre impérial 
et royal à Belgrade, la note suivante au Gouvernement royal 
de Serbie. 



L'histoire des dernières années et notamment les événements 
douloureux du 28 juin ont démontré l'existence en Serbie d'un 
mouvement subversif dont le but est de détacher de la Mon- 
archie austro-hongroise certaines parties do ses territoires. 
Ce mouvement, q_i a pris jour sous les yeux du Gouverne- 
ment serbe, est arrivé k se manifester au delà du twrritoire du 
royaume par des actes de terrorisme, par une série d'attentats 
et par des meurtres. 

Il résulte des dépositions et aveux des auteurs criminels de 
l'attentat du 28 juin que le meurtre de Sarajevo a été tramé k 
Belgrade. 



*p. i. » par iutérim. 



EN TEMPS DE OUKRRI 



8 



Ce résultat impose au Gouvernement impérial et royal le 
devoir de mettre fin à de, menfe, qui forment une menace 
perpétuelle pour la tranquillité de la Monarchie. 

C'est pour atteindra ce but que le Gouvernement impénal et 
royal ,e voit obligé de demander au Gouvernement .erbe 
lénoncafon officielle qu'il condamne la propagande dirigée 
•outre la Monarchie austro-hongroise. c'esU-dire l'ensemble 
des tendances qui aspirent en dernier lieu à détacher de la 
Monarchie des territoires qui en font partie, et qu'il s'engage à 
supprimer, par tous les moyens, cette propagande criminelle et 
terroriste. 

Afin de donner un caractère solennel à cet engagement le 
Gouvernement royal de Serbie fera publier à 1. première page 
du Journal officiel en date au 26 juillet renonciation suivant : 

Cette énonciation sera portée simultanément à la connais.-ianco 
de 1 armée royale par un ordre du Jour de Sa Majesté le Roi 
et sera publiée dans le BulUtin officiel de l'armée. 
Le Gouvernement royal serbe s'engage en outre : 
(Suivent dix ortide, dont nous donnons les S» et ô- seulement ) 
5. À accepter la collaboration en Serbie des organes du 
Oauvernement impérial et royal dans la suppression du 
iTMonarchie '" ^"^^ °°""'' ^''"'^^"'^ territoriale de 

.ollVroa""'. ""'"''* ^•"^'""^ ''™'™ '«» I»'"»"»» du 
complot du 28 juin, se trouvant sur territoire serbe; des 
o ganes délégués par le Gouvernement impérial et royal 
prendront part aux recherches y relatives. 

Socumenig diplomatimtai. 
IV 
(M. Boppe, Ministre de Pranœ à Belgrade, à M. Bienvenu-Martin.) 

W T>.„k-* i. • ., Belgrade, le 2ô juillet, 1914. 

M. Pachitch vient de me donner connaissance de la réponse 
qu. sera remise œ soir au Ministre d'Autriche. ^ 



4 EN TEMPS DE GUERRE 

Le Gouvernement serbe accepte de publier demain au 
Jotirnal ojfîrid la dt^clunition qui lui est deniandée; il la 
communiquera également à l'armée, par un ordre du juur; il 
dissoudra les sociétés de défense nationale et toutes autres 
associations susceptibles d'agir contre l' Autriche-Hongrie ; il 
s'engage à modifier la loi sur la presse, à renvoyer du service de 
l'armée, de l'instruction publique et des uutres administrations, 
tous fonctionnaires dont la participation dans la propagande 
sera prouvée; il demande seulement que le nom de ces 
fonc'''!ounairea lui soit communiqué. 

Quant À la participation dans l'enquête de fonctionnaires 
autrichiens, il demande qu'on lui explique comment elle 
s'exercerait ; il ne pourrait accepter que celle qui corres- 
pondrait au droit international ou aux relations de bon 
voisinage. 

Il accepte toutes les autres exigences de l'ultimatum et 
déclare que si le Gouvernement austro-hongrois ne s'en 
contente pas, il est prêt à s'en remettre à la décision du 
tribunal de I^ Haye, ou à celle des grandes puissances qui 
ont pris part à l'élaboration de la déclaration du 31 mars, 
1909. 

BOPPK. 

— Document» tlipiomafiqueê. 



L'HEURE GRAVE 

L'émotion qui noua étreint à toutes les phases de ce grand 
procès^ d'assises et qui se fait chatjue jour, à mesure que le 
dénouement approche, plus poignante est dominée aujourd'hui 
par une anxiété supérieure. 



'^and procès. — Procès de Mme Ciiillaux qui avaic tué Gaston 
Calmette, directeur du F'ujaro, le 16 mars précédent. Le 28 juillet 
elle fut acquittée. 



EN TEMPS DE GUERRE 6 

En quelques heuros vient de surgir l.-usquement la question 
supivnie lie vie ou de mort : la guerre. En fuce d'elle tout se 
retire au second plan, même le crime qui nous a coûté le plus 
cher des amis. 

La guprre ? Si improbable encore, Dieu merci, qu'elle soit, 
et si éloignée peut-ftre de nous pur je ne sais quelles forces 
mystérieuses et bienfaisantes, son iiii.ige pourtant n'effraye 
personne en notre pays. Nous sommes depuis deux ans 
déjà corume familiarisés avec elle et prêts & en supporter 
l'horreur. 

C'est que nous avons rarement traversé une pa.-eille tour- 
mente et que la vie que nous menons maintenant en France, 
parmi une suite ininterrompue de crises politiques et financiè- 
res, nous a fouetté le sang au lieu de l'alour'lir. La paix, 
certes, d'abord - et c'est le plus ardent désir de tout homme 
civilisé — la paix à laquelle sont dus tous les sacrifices, sauf 
celui de l'honneur. 

En regardant les Français, luttant et hurlant les uns contre 
les autres, se déchirant dans la presse, au Parlement, à la Cour 
d'assises, on est tenté do les mal juger. On peut nous croire 
énervés et uffaiblis par nos divisions. Quelle erreur ! 

Divisés, oui, évidemment, nous le sommes, parce que, dans 
nos Misérables querelles politiques, il n'y a plus d'idéal, ni de 
nobles passions: il n'y a plus que des intérêts. Mais que 
demain le sort do la patrie soit en jeu : ri verra le formidable 
élan et le cœur uni(|ue de la race. 

Ce que nous serions, si la guerre éclatait j'en ai eu l'impres- 
sion hier au Palais de justice. 

À la suspension de l'audience, les premières dépêches 
d'Autriche acrivèrent. Elles étaient pleines de menaces. Iji 
eoullagnition générais était possible. Tous les jeunes avocats 
discutèrent gravement sur la redoutable éventualité. Ils ne 



e EN TEMPS DE OUERRI 

montrèrent ni forfanterie ni angoiue, et parfoia même ili 
uvaient sourire. L'un dit : " (,'a va nuua faire de belles 
vaCHi.ceH I " lia e'Interrrigeaient sur leurH rëgimentH et 8ur 
leura arme», et. je vis deux adversaires qui, la veille, s'ëtaiont 
presque outrages ne serrer la iiiuin, sans s'en apercevoir, 
machinalement. 

Tels sont les sentiments et les espérances qui doivent noua 
guider dans les lourdes journées qui L'annoncent, D'instant 
en instant, les nouvelles vont noua arriver, rassurantes ou, au 
contraire, tragiques. Elles nous trouveront confiants et forts, 
et le cœur prt'piiri! k défendre la patrie, s'il le faut et si les 
efforta pour la paix demeuraient vains. Car elle ne semble 
pas irrémédiablement compromise et des volontés fermea peu- 
vent encore l'imposer : des barrièrea peuvent encore être 
dresaéea entre lea deux ennemis. — A. C. 

—Lt Figaro, 26 juille*,, 1914. 



VI 

(>'- BieDvenu-Martiii, à M. Kend Viviatii, Présitlent du Consoil, à 
bord (le la France. ) 

Paris, le 28 juillet, 1914. 



L'Ambassadeur d'Autriche a fait une démarche pour an- 
noncer que son gouvernement prendrait demain des mesures 
énergiques pour contraindre la Serbie à lui donner les satis- 
factions et les garanties qu'il exige de cette puissiince; le 
Comt' dzecsen ne s'est pas expliqué sur ces mesures ; la mobi- 
lisât' 'H, à partir du 23 juillet, parait certaine d'tiprès notre 
otta hé militaire à Vienne. 

Bixnvkhu-Maetix. 
— Documenta diplonuïtiqties. 



EN TEMiy 1)E OUEllBE 7 

VII 

Mirtin^"""'""' '^"''"""'''""" ■'"' ""»«• * Vi.„„,, à M. Bi.„,,n.. 

Vi.nno, le 28 juillet, 1914. 
Le Comte Beiol.told vient de «U'clarer à sir M. ,Ie Bur,.en 
que toute intervention tondant à la reprise de la di,cu„ion 
entre 1 Autrirl et la Serbie, «ur la baM, de la rt!,>on.e serbe, 
«^■ait inut,l. ,.t d'ailleurs trop tardive, la guerre ayant éU 
othoiellemeni déclarée i midi. 



DUUAINI. 

— Pocumfiitn M/il^mtttiijueê, 



VIII 



Mirti.O "'"'"' *^""""' '''^■"'"' '"' ^'"'"" * f'™'«^f'«-t. à M. Bienvenu- 

Francfort, le 29 juillet, 1914. 
Je vous signale d'importants mouvements de troupes hier et 
cette nuit. Ce mutin, plusieurs régiments sont arrivi!, en tenue 
de campagne notamment pur les routes de Bannst^dt, Cassel 
et Mayence, qui sont ren.plies de militaires. Les ponts et 
chemms de fer sont gardés sous prétexte de préparer les 
manœuvres d'automne. 

EONSSIK. 

— Documrtitn diplomatîquft, 
IX 
(M. Barrère, Amba.,adeur .le Fr«,ce A liome, à M. Bienvenu-Martin.) 

Home, le 29 juillet, 1914. 
Lo Ministre des Affaires étrangères ^ été informé officielle- 
ment par l'Ambassadeur de Russie que son Gouvernement, à 
la smte de la déclaration de guerre de l'Autriche i la Serbie et 
des mosures de mobilisation prises d'ores et déjà par l'Autriche 
avait donné l'ordre de mobiliser dans les districts de Kiev' 
Odessa, Moscou, et Kazan. Ilaajoutéquecett* m- n'avait 



E» TEMI'S DB OUEiiRE 



I i 



pas un cnracUro iigrmsif cmtm rAII.Mimj.11,1 et qiio l'Ami 
deur <1» UuiMie k Viciuio n'iivait pm él6 rapiwlii. 



X 



BarkIri, 
— TioeHiHfhtâ diptoihathiuet. 



(M. r.kologuo, Ainl>»»ii».l«ur ilu Fr«iir» \ S»liit.r,it«nilKiurir A M 
Bl«iv«iiu.M»rtlri.) 

SaintlVtir«liour(;, lo ai juiUcl, lOU. 

L'Amli(WTOcI..ur.rAI|piim){no est venu (litelnirr (i JF. .Suzmoff 
que si la IVissio niirr.Ho pus ws pr.!i>iiintif« militaire», l'uriiiëe 
alleniar <le rcceviii l'oniro île iiii)biliiicr. 

M. Saniiioff tt r.!p<m(lu ,,uo les prilparatih rusw» aoiit 
motivc's : (iuu côtii, par lintraiisigeance ob8tin<<e tlo l'Autriclie ; 
d'autre part, par le fait que Iiuit cor|,a austro-lioiigroia dont 
d^jà mobilisas. 

Lo ton sur leijuel lo Coiiite Je Pmirtalt» s'est aniuittd de la 
notification a décide lo (Jouvern. lucrt russe, cptto nuit nifn.n, 
k ordonner la mobilisation des treize corp« destine» à optlre- 
contre l'A-utriclie. 

PAMtouMIt 
— Docunten/* dintunifltiiiUfit, 

XI ' 

LA GUERRE 

L'Autriclie a d&lnr.! la gueiro i la Serbie. Une partie de 
l'arm(Î3 autricliii'niio doit avoir pnssiS le Danul» et la Hâve. 
Belgrade, toute proche de la frontière, peut être occup<Se à 
l'heure où lo Jfatin oaraît. 

^ L'armtie serbe, «n lo sait, ne pouvant défendre la capitale, 
s'est concentrée en arrière. 

^faintonant que le conflit a ttclaté, peut-on le limiter, le 
" localiser," coinnie disent les dipk.inatcs 1 

Il est encore permis de l'esptirer, parce que l'Angleterre, la 
France, l'Italie s'y eflbrcent, pa, o que l'Allemagne, bien 
qu'elle ait repoussé la proposition de sir Kdward Grey, semble 



I 



E» TEMI-M DE OUERRR 



9 



Ainli 



ARKfeRI, 

>ur(f, (V M. 

!t, ION. 
Saz')noff 
S l'ttrmëe 

«n» sont 
Ultriclie; 
l'uia sont 

itt<! de la 
it môme, 
à opire- 

>UMIL 



inrtie de 
la .Sttve. 
•ciipiSe à 

capitale, 

oiter, le 



terre, la i 
>e, bien 'û 
, semble ^ 



vouloir limit. ro,«<rati.,n autri,.hie„„„ i u,.„ " d.,„..,.tr«tio„ 

"' :"• '•' ","'.?r' »""•"" ■'"" '» "--" t.^ «.,« n,. ." 

cireniisUno. s périlleu», , d'un calme «l„„lu. 

Kr. tout n.,, «l le, l,„„|li..î, ,.,nt cmmon...'... e,„m 
I A„„.„ ,„ „t la 8..rbi,., le, ,„„,,„.., „,.,,.„„„, ,„_,J' .^ 

L'Attitude de U Fruct 
l>..nH I.., l,o,„-,.s Kmvo,. 1.., grande, „ati,.,„ „„ prouver.t 
leur f..r™ <juo par l.uir câline. I>"'"ver>t 

A q„el,,uc, manifestant, p,v,, la France est ,al„,n I^ 

foui, „,..„.e r,u. attend M.r le 1 ovani, d-vant le Matit 

lart,cha«e d.., .I.-,„,.|„., .. ,.„„„„„ ,,„ ,^, ,.^^^ • "^^ 
conimnnter et de passer. ' 

On „„n, ,,,,„,g„e ,,, campagne, do fa«s,c, nouvelles oui 

'":-:"" ""•' "i •" P"'>''T.« et peuvent, k une heure d om': 

entraîner les gouvernements même,. 

U France ne doit pas avoir et n'aura pa, un g^sto n„i 

:::;;L;;^-r:iv5i:r'^-r;r-^^ 

ellIr":''"?'T'"-' ''".'^""'"■^ '■"' »" >"■"'"-"' - ^\"e"'«gne, 
e le ne se,. et„„no ,u ne s'en i„,,u„-.te. Il est trop nature 

;ii:,:''''''™" ■'''"■•'- --'-''-i'--i'--tieuJ 

Nou. avons lu dan, le, j„„,„„„^ „,|,„„^,„,^ 
f an, , p,, i, ,„. ^„„ ^, ,^^_^ , p,,,,„„„„„J,^^ ' ; 
entemieiit mal m.tre langue. 

oui'r''"V\'"' "''" ''" '''"P>"-"""« militaire de la France 



If* EV TEMPa DE GUERRE 

Le» journaux allemands se trompent. La France est prête. 

Les groupes les plus opposés, y compris les socialistes, sont 
repr&entés dans cette sous-commission. 

Qu'on n'attende donc de ce pays ni violence ni faiblesse. 
Tous les partis sont utianii.ios pour tenter de limiter ce que le 
groupe socialiste unifié du Parlement a appelé Mer une 
"entreprise de violences .sans piuccdent et ipii fera un jour 
retourner contre le germanisme impérialiste l'abus qu'il fait 
de la force brutale." 

—Le. Matin, 29 juillet, 1014. 

XII 

(M. René Viviani, Président du Conseil, Ministre des Affaires étran. 
gèr,«, auï Aml)as8a<leui-8 de France à Saint-Pétersbou.g et à Londres.) 

Pari.s, le 30 juille;, 1014. 

M. Iswolski est venu le nuit me dire que l'Ambassadeur 
d'Allemagne a notifié . M. Sazonoff la décision de son 
Gouvernement de mobiliser ses forces armées, si la Kus.^.i 
ne cesse pas ses préparatifs. 

Lo Ministre des Affaires étrangères du Tsar fait rcmanjucr 
que ces préparatifs n'ont été commencés qu'à la suite de la 
mobilisation par l'Autriclie de huit corps d'armée et du refus 
do cette puissance de régler pacifiquement son différend avec 
la Serbie. M. Sazonoff déclare que, dans ces conditions, la 
Russie ne peut que hâter ses armements et envisager l'immi- 
nence de la guerre, qu'elle compte sur le secours d'alliée de la 
France et qu'elle considiTe comme désirable que l'Angleterre 
se joigne sans perdre de temps à la Russie et à la France. 

La France est résolue à remplir toutes les obligations de 
l'alliance. 



PiENl*, ViVlAM. 

-Documenta dij>/oniati'/ues. 



EJî TEMPS DE OUERRE 



11 



XIII 



LA GUERRE A COMMENCÉ 

fonctionner. ^ ^'°"^"'"' "' ''""^«ttage va 

U déclaration de guerre 117;. K "°^""' '^"' " '"^^• 

e..urWe devant 1,11 ^nili . ft '"' " ''"° ''' '^"^'^ ^« ^^t 

ju T., apw.s ,ue>„..es dt::!:::^": ^^ ^ -' 

•îcraser sa petite cliente en mrrl.,„f 7' ^«''•'«'es, laissera 

inipossible, qu'après IZr ot T" "'" P'"' " P''^-* 

<,u'ellepreUai^dl>: T-A: rie seT ''> ^""'^"'""^ 
>;K..r.,pe entière, dans "une g*: I ^ ^"'^^"^1^ 
châtier dans un onii. 1-, «„ i • i ,. fe'""™'"- ^-He comiite 
En „„-.„,e te r '£":;;;" > ■■'"'••Pendancennquietâit. 
imposé sa voloit/et .1 ' ""^ ""' *"'^ «^^ P'"^ 

réussi. y°PPo«*'t. Sa ^my^y^™/,» aura complètement 

-Journal de 0,,iève., 30 juillet, 1914. 



12 



EN TEMPS DE GUERRE 



\ï: 



XIV 

(M. Jules Cambon, AmhaMadenr de France à B«rlin, à M. René 
Viviani, Président du Conseil, Ministre des AfTairt-s l'-trangirus. ) 

Berlin, le 1" août, 1914. 
On distribue dans les rues de Berlin dos Alitions spi^ciales dos 
journaux, ann(iii.;ant que la mobilisation g.'iu'ralo de l'ariui'e et 
de la flotte est ordonnée et que le l"' jour de niol.ilisation est 
le dimanche 2 août. 

Jl-I.ES CaMIION. 

— DmnmenlA tUplomntiqni'H. 

XV 
(M. René Viviani, à MM. les lieprésentants de la Franco à l'ctranger. ) 

Paris, le 2 août, 1014. 
L'Ambassadeur de Russie me fait connaître que l'Allemagne 
vient de déclarer la guerre k la Russie, nuilgré les négociations 
en cours et au moment où l'Autriclie-Hongrio acceptait de 
discuter avec les Puissances le fond même de son conflit avec 
la Serbie. „ ^ „ 

XVI 
(M. René Viviani, à MM. les Ambivssadours de France :\ Londres, 
Saint-Péterabours;, Berlin, Vienne, Rome, Madrid, fousliintiiioiile. ) 

Paris, le 2 août, 1914. 
Le territoire franijais a été violé ce matin par les troupes 
allemandes à Circy et près de Longwy. Elles marchent sur le 
fort qui porte ce dernier nom. D'autre part, le poste douanier 
,1e Délie a été assailli par une double fusillade. Kiifin les 
trouiies allemandes ont violé ce matin au.ssi le territoire neutre 
du Luxembourg. 

Vous utiliserez ces renseignements sans retard pour taire 
constater comment le Gouvernement alli-niand se livre contre 
la France à des actes de guerre sans provocation de notre part 



EK TEMPS DE GUERKE 



13 



ni déclaration de guerre préalable, alors que nous avons 
Bcrupuleuscmcnt respecte la zone de dix kilonij^tres que nous 
avons maintenue, mêuie depuis la mobilisation, entre nos 
troupes et la frontière. 

René Vivian I. 
— Documents Ui/iloitiatiqufg. 
XVII 
(M. Klolmkowski, Ministre de France i Bruxelles, iV M. Keué Viviani.) 

Bruxelles, le 4 août, 1914. 
Le Min.b-ro d'Allemagne informe ce matin le Ministre des 
Affiiires «îtrangèies belge que, par suite du refus du Gouverne- 
ment belge, le Gouvernement impérial se voit forcé d'exécuter, 
par la force des armes, les mesures de sécurité indispensables 
vis-à-vis des menaces fran(;aises. 

Klobukowski. 
, — Documents iliplumaliques. 

XVIII 

LE BAISER 

Les Allemands ont fui, laissant quinze blessés. 

Lamentables, geignants, péle-mêle entas.sés 

Dans une grange. Une lieure api'ès, voici les nôtres. 

" Ali I dit le caporal, vous êtes là, vous autres i" 

Puis, vo\-ant qu'ils no sont rassui.' qu'à demi : 

" Tas lie Boches.l fait-il, on n'est s ennemi 

Quand on est blessé. Toi, donne ta main, gros père. 

C'est bien. SIes compliments pour ta mine prospère . 

Allous, tondez vos mains, les autres éclopés ! 

Bientôt notre major vous aura retapés ; 

On est des lionmios, quoi ! pas des bêtes féroces. 

Plus tard, vous reverrez vos femines et vos gosses." 

CliacMin de nos lignards, s'apjjrocliant des blessés 

Qui gisent dans le foin, sanglants et barassés, 

Serre la main à tous, avec un mot pour rire. 



' Boches = Aile 



14 



EN TEMPS DE GUERRE 



A tous? Non. Un «Iilan, au teint couleur de cire, 

A perdu le braa gauclie et n'a plus que deux doigts 

A la main droite. Il dit dans leur langue, à mi-voix : 

"Ceux de chez nous n'auraient point fait chose pareille." 

Alors, en se penchant un peu vers son oreille, 

Le caporal lui dit : *' Pas moyen, pauvre vieux, 

De te serrer la main, à toi ! Cj sera mieux ; 

Tiens je vais t'embrasser." Le bon soldat se baisse ; 

Sur un blême visage, où la barbe est épaisse, 

Il pose le baiser de paix qu'il a promis : 

Et tous, se regardant comme de vrais amis, 

Sentent je ne sais quoi leur mouiller les paupières . . . 

Hommes, Theure viendra de vous retrouver frères. 

Maurice Bouchob.* 
XLX 
LES MILLE 
Gênes, le 5 mai. — A l'issue de la cérémonie d'inauguration 
du monument des Mille,^ a eu lieu un bunquet otlert par la 
municipalté. Au cours de ce banquet, M. Gustave Rivet, 
sénateur français, président de la ligue franco-italienne, a 
prononcé en italien l'allocution suivante : 

Discours de M. Gustave Rivet 
Je suis encore tout vibrant de l'émotion quo j'ai ressentie ce 
matin, à l'inoubliable manifestation que j'ai eue sous les yeux, 
à Quarto, et j'apporte à mon tour un hommage ému au grand 
patriote qui fut l'âme du Kisorgimento. 

Frères d'Italie, je suis un vieil ami de votre beau pays, 
et je m'honore d'être président de la Ligue franco-italienne. 



'Maurice Boucher, ml en 1S55; .1 pu1>lié plusieurs volumes do vers 
dont deux séries de Symbolas eu 1888 et en IS94. 

'les Mille, ceux qui eont partis de Quarto (à quelques kilomètres de 
Gr-nr^s) le .5 mai, ISfiO, avec le grand tiaribaliU (1S07-18H*2) pour la 
conquête de la Sicile. 



EN TEMl'S LE UUEKKE 



15 



Heprësentaiit ,1e la d(îinoc.atie française depuis plus do trente- 
deux ans, K la Clwn.l.ro d,.s dq.utés dal-ord, puis au Sénat, 
j ai le droit de parler au nom do cette déiiuicratie. Et c'est 
en soa nom .jue je joins ma voix aux voix illustres qui 
célèbrent aujourd'hui la iiiéiiioire du grand Ciribaldi. 

Je n'ai pas à raconter, coinnie le ferait un liistorien, les 
événements qui ont créé l'Italie n,.uvelle. C'est votre grande 
histoire, et vous hi savez mieux que moi. Je suis un citoven 
de France qui vient procluiner son admiration, sa reconnais- 
sance, et son culte pour l'Italie et ses héros. 

Ah, le nom de Garibaldi, coinino il a fait tressaillir nos 
cceurs dans notre jeunesse. 

Il a été pour nous le Chevali,.r de l'Idéal, notre exemple, 
notre guide. Nous avons suivi avec passion toutes les phases 
do son épopée libéraU'ice. ])a loin nous avons uni nos âmes à 
celles des populations de la Sicile et do Naples, et, comme 
elles, nous avons ressenti l'orgueil et la joie de ses triomphes. 
Tout cela c'est la vie même de votre peuple, et je suis heureux 
de m'associer à la fête par laquelle vous cél.^irez l'anniversaire 
du départ des Mille glorieux, sous la conduite de leur chef 
immortel. 

^ Mais nous, Français, nous avons à ajouter h. votre joie 
l'hommage d'une reconnaissance inBnie pour votre héros et 
pour sa famille. 

^ Garibaldi ne vous appartient p.is à vous seuls, car partout 
où il y a eu des faibles opprimés, des peuples asservis, il s'est 
armé pour les délivrer. 

Il a été le soldat du droit, le Paladin de l'iiumanité, et nul 
ceur français ne peut oublier que dans nos douloureuses 
épreuves, lorsqu'on 1870 nous avions à lutter contre un 
redoutable ennemi, la France, abandonnée de tous, vit arriver 
à son secours G.aribaMi et ses doux f.'s qui venaient lui 
^vpporter le réconfort de leur prestige et do leur vaillance. 



i\ 



16 



EX TEMl'S DE aUEIlRE 



C'est pour noua une (letl« sacri'e ([uo notr» reciinimisaaiico 
ne saurait jamais payer. 

Kt, liior encorn, alors qun noua subissions les attaques 
foriiiiilablcs ilu uénio oiineiiii, n'avons-iious jias vu les petits- 
fils de Gariluil li, fidMes à la tracUtioii du grand ancitre, 
accourir pour co nbattre avec nous? 

N'avons-nous pas eu la joie de voir les six fils do Ricciotti 
lutter & nos c6tés pour la liberté 1 

N'avons-nous pas vu Bruno et Costante touiber, lu'laa ! 
sur notre territoire envahi, et arroser de leur sang généreux, 
la terre de l'Argonne 1 

"Ce sacrifice, n'a-t-il pas renouvelé les journées de Magenta 
et de Solférino, où le sang f:-an(;ais se mêlait au sang itiilien 1 
et n'est lo pas un nouveau lien qui nous attache à la noble 
Italie? . . . 

Je ne saurais dire quelle joie nous avons ressentie quand 
noua avons vu, au début de cette affreuse guerre, votre 
généreux pays affirmer que l'Italie et la France ne pouvaient 
êtra ennemies. Et, pour remerciement, je n'ai qu'un souhait 
à formuler : c'est que pour vous soit bientôt achevée l'a'uvre 
connuencée en 1859 et que tous les rêves de la grande Italie 
soient réalisés.* 

Je bois à la noble cité de Gênes, à la mémoire des Mille, de 
leur chef héroïque, Garibahli, et à sa famille digne du grand 
ancêtre. 

Je bois à l'Italie, à cette terre des glorieux souvenirs, i 
notre aïeule du Binascimento, que nous aimons à nonmicr la 

Nation-S(eur. 

— Journal dtji Khalt, JTi:ii, 1015. 



'L'Italie a iloolarù la guerre à l'Autriche le 23 mai, 1U15. 



EN TEMPS DE (JUEUllE 



17 



XX 

LES SOUCIS DE M. DE JAGOW 

M. de Jagow no veut plus iiu'iuiciin mot d'origine friin(;aise 
n'allère l'harmouie si «iicV-iale du parler germanique. Il a 
interdit (|u'aucuiio enseigno pi)i-tât lo mot : friseur. Ce n'est 
pas absurde, car les hommes portent aujourd'hui les cheveux 
plats et les femmes se font onduler, miiis personne n'est plus 
frisé. Ce fonctionnaire a le sens du réel. Seulement, quand 
il a voulu remplacer friseur p.-ir J/aartiimlltr, le chef de la 
police a éprouvi! de la résistance. Et en voici la vraie raison : 
c'est que le mot étranger est toujours plus noWe que lo mot 
indigène. Lo contraire existe, il est vrai, en fran(;ais, où rosse, 
mot allemand, ost moins noble que cheval, quoicjue celui-ci 
vienne du latin populaire. Mais les Français sont un peuple 
inconséquent. 

On ne Sidt trop pourquoi M. de Jagow poursuit le mot 
friseur. Aux yeux d'un- véritable .savant allemand, accoutumé 
à n'être point superficiel, et à aller au fond des choses, des 
racines et du temps, ce nom-là est-il français? La question 
est i.isoli'.ble, puisque l'origine en est inconnue. Mais enfin, 
si l'on veut être un vi-ai patriote prussien, il suffit de dire: 
coiffeur. Ce mot-là est germanique, et se rattache à Kopf. 
Nous l'emploierons tout de même. .Sachons être généreux. 

Le T(i(/, dans son numéro du 9 juin, a examiné le problème 
et a reconnu qu'il était étendu. Il est impossible do conserver 
DpJikalessm. Le mot se rattache à allicerf, verbe latin, ima"e 
de la séduction. Fi ! Mais on peut dire ([u'il est devenu 
allemand par la seule idée de l'appliquer aux saucisses. 
Coiutilorei n'est pas moins impossible ; Jtaç/azin est pis : car 
non seulement le mot est français, mais il est venu au français 
de l'italien ; et c'est un terme deux fois détestable. 

Tout cela ne serait rien. Mais M. de Jagow lui-même 
s'appelle, de son titre, Polizei Praesident. Ce sont là deux 



18 



BN TEMPS DE OUERRE 



mots françftis, et il n'y a rien a faire à cela. L'un vient du 
latin, l'autre du grec. Mai» c'est bien par nous qu'ils ont 
pénétre j usqu'à l'inculte Germanie. Il n'est pas moins indécent 
de dire gênerai von Linsingen ou von Mackensen. Gi^nerul est 
nettement un mot français. Un véritable Allemand ne devrait 
connaître que des maréchaux ; le titre est germani(iue et veut 
dire palefrenier —Mais c'est encore trop peu: on offense la 
langue allemande en nommant la Prusse : ce nom-là Po-russia, 
la région près de la Russie, est de formation slave. Et 
qu'est-ce que le mot Kaiser enfin, sinon le mot étranger de 
Cœsar 1 

Il faut que l'Allemagne s'y résigne : elle a dû pour se civiliser 
emprunter aux races latines, et elle leur a pris, avec le nom 
même de kultur, les termes qui lui servent à désigner les 
choses de l'esprit. Mais, à notre tour, ne .soyons pas°injustes 
envers l'Allemagne ; il y a aussi des mots que nous lui devons : 
auberge, par exemple, et cracher ; quelques noms d'animaux ; 
et quelques terma relatifs aux métiers du feu.— Y. 

— Journal des Débats, 22 juin, 1915. 
XXI 
SOUS-MARINS ET PAQUEBOTS 

Au moment même oîi lord Mersey, le président du tribunal 
chargé de l'enquête sur la destruction de la Lasitania^ faisait 
connaître .sa décision, au moment où il constatait que le but de 
l'auteur de cette destruction était non seulement de couler le 
navire, mais de noyer les passagers et qu'aucur e excuse ne 
pouvait être invoquée en faveur de cet assassinat en masse, 
on apprenait qu'un nouvel attentat du même genre venait 
d'avoir lieu à peu près au môme endroit, dans les environs de 
Queenstown. Il s'agissait encore d'un paiiucbot anglais portant 
un certain nombre de sujets dos Etats-Unis, mais, cette fois, le 
navire VOrduiia suivait la direction inverse, il se rendait de 



'la Lusitanio, torpillée le 7 mai, 1915; 1,364 personnes iiojùes. 



EN TEMPS DE OUEKHE 



19 






L ve,po^, 4 New-York ; il se.-a donc difficile i I. presse et à la 
dplomat.e, .„,„»„,,,. de prétendre. co,„,„e elles r„„t fait- 
feusHement d'ameurs_<ia.., le c. de la Lu.it,..i,., <,„« le 

d?S;L r "•"if '•"—<'' "« ™-"io- i cles'tiLtion 
des belligé ,mts. Heureuse,ne,.t, ce nouvel acte de piraterie 
na pas été couronné du même succès que son deva.Ler 
bateu. „, p«« ,té atteint par la torpille qui lui a été lancée 
leso,,ust,résparles„u,-marin ne lV,„t pas frappé non plt' 
grâce aux habiles „.an,euvres de VOruLa, et'la po^rsu te 
engagée par les Alln.nands n'a pas réussi davantage mX 
dans cette o.rconstance, aussi l.ien que dans l'affaire de a 

lÎ tl„T . " ""^ '" ''"'"*'•■ '" ^"-»'^- -"--' de 
at aq .e «est pas contestable, puisqu'elle avait lieu avec 

hntenfon b.en arrêtée .l'anéantir, corps et biens, „„ bâtimelt 

deco,nmercemoff..„sifet puisqu'aueun avis pré;iable n'a é te 

donné avant que la torpille fût lancée. Les dépêches d'Am 

nq«e nous annoncent que la nouvelle a augmenté efcore 

EÏrni"' o'\ '"■■' ^'^^' '•'™"'-«'' P''^ '" population d 
Etats-Unis. On le conçoit sans peine, d'autant plus que le 
comte Bernstorff venait précisément de déclarer au secrTtai e 
d ttat que le fa.t de la Lusita.Ua ne se renouvellerait Z 
Nous .somn^es curieux de voir comment le gouvernement al^ 
mandex,,l,queral'i„cide„t de VOr,lnn. dans'sa prochle no e 
M..S peut- tre cette nota n'aura-t-clle pas l'oclion de voTrle 
jou s, la réponse que prépare en co moment M. le prés.d „ 
Wilson coupe court à la continuation du dialogue diplomlttue 
engagé depuis six mois enVe Berlin et Washington. ^ 

-Journal des Débats. 20 juillet, 1915, 
XXII 
RÉFLEXIONS D'UN IMMOBILISÉ 

viol'on? %ttrlf '"'' ''"' '"""'"' ^""^^ P'- -'-> 1- '- 

' cessent de s'é '™"'-"™''^. P"» 1"" <=<^ "impatients," qui ne 

cessent de s énerver et qui énervent les autres, sont une race 



20 



EN TEMPS DE OUERIIE 



aussi puérile q.-. cell« dos Imvanis nt nus»i ins.ipportal.le que 
colle <ler. agite,? Ces av.i.le-i,.ut-nu no f.mt uiruiio l>oufl.i!o 
<Ihs nriiHiPs allorn.m<los ; ils parloiit <lii p„ss,i^n rlos Cupatlic» 
<-omine du passade do r( )pi!ra ; il, „„ ti^-uront ,|u'„„ f-.iK.io une 
Ixitaille coiniue une pirtie do d.M.iin.w et qu'on peut en ga^iior 
plusiouis .laiis la n,r™o jouit»:,.. Quel doin.i.age <|uo le 
gônéial Joffre et le gia.id-.lue Nicolas ne les aient pas pris 
avec eux dans leur ëtat ,najor ! Il vous auraient di^hlay.? le 
Nord, nettoyé lArgonno, achevé do recon,|uérir l'Alsace et 
envahi la Prusse en un tournemain. Quel dunnua-e surtout 
qu'on ne puisse pas les enfermer, tous, dans un eslaniinet de 
conecntration où ils apprendraient la stratégie aux garçons 
de café I 

Soyons patients, coimno de vrais hommes. Le temps et la 
destinée travaillent, chaque jour, pour nous. I^i patience est 
une vertu française : le» hommes de nos fûtes races du Centre, 
ceux du Cantal, du Roueigue et do l'Auverj^ne sont patient.s 
et j'est une de leurs rohustes qualités. Les liretons, les Nor- 
mands, les Bourguignons et les Champenois le sont aussi ; nos 
méridionaux eux-mêmes, ceux de Toulouse et de JL-irseillo, 
sont jiatients, malgré une él.ullition apparente qui n'est que la 
vapeur du sang-froid, et leur eNul,érance verbale, qui ne les 
empêche pan, à l'occasi.m, de savoir se taire ; " Patience et 
longueur de temps ..." est un proverl.o do chez nous, Les 
femmes françaises elles-mêmes, qui passent à tort pour être 
nerveuses, nous ont, depuis le déhut de cette guérie, donné 
des exemples adniiral.les de patience, de constance dans 
l'épreuve, de long.inimité héroïque et silencieuse. Sachons 
nous montrer dignes d'elles et les imiter. 

Ne noua impatientons que contre nous, (,uand nous serions 
tentés de perdre patience et de nous lais.ser aller à l'énervement; 
maîtrisons nos nerfs et fortifions nos muscles. La patience est 
d'emploi constant dans la vie ordinaire, où nous sommes tous à 



E» TKMI'S DK (iUEHUE 



21 



la merci d une «urprino et .l'un «nci,I..„t ; . !|„ „'i,„„,„„ ^omme 
.m.Iovoir n,..i,u„.l .l.,w l.s l,,.,,,,. ,lo c.i-e oA U (,..■„„; é ,\. 
le.,,nt ,,„!,,. .... fai,.. ,Iu s,u„.f,.„i,l et .1., lV,„.r«io ,lo cim.un 
d" n.,,,,.:. )„ „ ,l,:,:„i 1,, ,„a,i,.„.o •■ l'art .IVs,,.'.,..,." ; ell„ .st 
au™ 1 „t ,io <I,.r,.,. ,t ,1„ v,w,.cro. M,:,li,„,„ „..t,.o victoire o» 
sachant 1 Ht„.„.lrP, ,,•>„., ncj,-lij.,.r p„ur cla ,lo I« |„-.,„r. U 
v...t,„re ost s..,nl,l„l,|„ ,V ,„ ,„„,,,„, j„ Mur,.tl,m, .,ue tout 
un peuple r..i;ar,lo vR„ir ,i« I„in, n,o,„,jj,,r ,1e ^,|,m-e 
Att..,„l„„s la, .n .■,.(e„H„t n„s a,rla,„a( l„„s, au lieu ,1e trA,ie„er 

»ur place et do .soulever, sou. «utre trcpi«„e „t .ri,„pa,ie„ce, 

un .Muayode vame poussière qui nous einpôcl.erait .1. la voir 
plus Uhj .... 

Civïs. 

-JuuriuiUh, Il,lhnl,. -Jl juillet, IUI5. 
XXIII 
LA FÊTE NATIONALE BELGE 

Lo 2 1 juillet! „,t, p„„ ,^^ ^^,„^^_ ,^ ^,^^^^ j^ j_^ j, ^^ nationale. 
I-nn dern,er, il., k ,dl,:l,raie„t dans li„,,„ic„.,Ie de la n.enace 
.j... posait sur l'Kurope; aujounl-hui, c'est dans J'at.uospl.ère 
des hatadlçs, sur la terre de.vil, ou 8o„s lo jo„g de l'enva- 
hisseur, ,p, ,1s salueront la date qui l,.ur rappelait oUiciellcment 
la con.iucle do 'eur indépendance nationale. Klle ne leur en 
deviendra ,,ue plus «u-rée par tout ce qui s'y rattachera dé.sor- 
ma,8 do sacrinces, de douleurs partagées, ,1e .souvenirs hcM-o- 
.ques_etdespcVan,-es,.xal,ant..,s. Lodran.e sanglant qui d.^roule 
ses penpct,es a .lonné à la r.elgique une conscience plus ferme 
e.,core de son i.Ientit.? nationale et, dans le creuset d,.s souf- 

"'■'""■■''" '^■" """S son unit,! a été rendue in.hss 1,1e Tous les 

part,cuh.risn,es s'y sont fon,l„s; il n'y a plus ,les catholiqu..s et 
des hheraux. d,.s conservateurs ,4 ,!,« .socialistes, ,Ies Fla.numls 
etdesMallo„s:dn 'yaplus,iu.^es fi.lj;ea sous l'égi.Ie des 



" tu TEMPS DE OUERHE 

troU couleur, et d.n. Tudmiration d'un grand „>i. IA<pop&, 

u .„,„„t.W Iden ■■„«.«,■„,.. „„„n cvrf 1V„„„ W]^.,." Et l'on 
»u,c.r.t .r,l,.,„,„.„t à .., par.,)..,, ,,ua„,. il ajoute nue c u 

nou,d«v.«„,,r. d.i..n„ai, .<«ale,„,...t clu.,., ; elle no„; rlS 
1.' a une hén.,.,„e fraternité d'arn,.,,. Et lor,.,„e le, ,ujetl du 

K un,le tache acl.,..<e et de n„,l.=p..n.la„ce reconquise, n « 
drapeaux .■e„orguelIlir„„t de m,-.l,.r leur, pli, à ceux dl" 
étendard, de U Belgique fi.Ve. lilue et vicloricu«,.-lt. N. 

-Jounmld,, minl,. 22 juill.t, 191B. 
XXIV 
LES DÉPORTÉS DE HOUBAIX 
On a pu lire hier, dan, notre Dernière Heure, que les 
Allemand, ont récenun..„t i„„.gi„^ d'emn.ener cent quarante 
notahles d. RouUi, qui „.,..„ie„t p,, voulu ,e pHer kZ 
caprice inique de la Koniraandantur. 

Nous recueillon, aujourd'hui, d'un de „o, ami, qui a vu le, 
captifs dan, le camp do Gustrow .,ù ils ,„nt interné, depù s le 
comineiicement de juillet, de, préci,i„n, ,ur cette nou dL 
manifestation de la Kultur allemande. 

A la,«ited'„n bomlmrdement d'Alexandrette et de Jaffa, 
le. Allemand, imposèrent une amende de 160,000 fr î 
chacune de, villes de Valencienne, et de Roubaix.' Or à ce 
moment, la Kommandantur de Roubaix était en dirtic'ult 
a^e c quelque, grand, tisseur, de la ville, dont les ouvrier, ne 
voulaient plu, travailler. Nous avons dit hier à quel trava" 

f..re payer le bombardemeut d'Alexandrette et do Jaffa (d Ix X en 



EN TEMI-S DE OUEHIIE JS 

on voulait Jen obli>r: il ,'B„,»«i. ,.„ , . 

»o, do tuile i ,■„„.,': ,,,„ ,^^^ iT'""'""""- ''•* 

«cconr,. '^'P"''""'" P"-- '» ««'«-q-e. H 1«h allocation, de 

notaire. u« a«,.„t do change, «i, p,.- 1 " en ' t *"""• "" 

ee^^a.., notable, en to'u;eent'';„::;::pC::er""""' 

Les otages se consultèrent 
Belgique et les l^Z T!:^^"' ""'^'"*""'"' '" '^ 

^.^riSs':::;:": r': "'"-"^ ^-'«'"- "» • 

U, ils couchent' 1 ' " '" P™"""'^" ^"^"™ -•->>^- 
ba^que^e:!: soZaire """" '"''""^''^' ''°'-'^» "" ,' 

cantine, avelÏsoriU:' ^°" ''""^"''' ^ -"""«- ^ "^ 
-Journal ,lf, J}i!,ut,. 23 juillet, ial». 



/ 



24 



EN TE.Ml'S DE GUEURE 



r ^NS LES VIEUX CIMETIÈRES . . . 
On sait que les Allenmmls, voulant se procurer du cuivre 
par tous les moyens, ont enlevé ju,s,|u'u„x boutons de portes 
des maisons belges, pour les e.Np.Mier d/u.s les usines de leur 
pays : ils ne s'en tien.lront p,s là, connue on peut le voir p,„- 
un r.'.cent numéro dr, la aazMe. ,h Yo^b,^ ,„■, !'„„ trouve le 
passiige suivant : 

"Dans les vieux cimetières sommeille aussi plus d'un 
morceau do bon .nétal qui poui-ruit ren.lre à la patrie le 
plus pr,;eieux service. Que les enfa.its .le nos écoles se 
mettent à fouiller dans ces antiques lieux de repos de -nos 
aïeux ! Ceux-ci so réjoui.'ont .la., leurs séjours éternels à 
l'idée ,,ue la dernière .le,M..ure terrestre .le leurs o.s.sements a 
fourni sa quote-part pour le salut de la patrie." 

Une invitation pareille— est-il besoin de le dire ?— révolte 
l'âme fran^-aise, parce que l'idée do l.a pat.ie, telle que nous la 
chérissons, comprend ax-ant tout le respect des aucHres et 
de leur sépulture; aussi le saeril.'.ge ,iue la ff„~.«, de Vo,s 
recoraman.Ie aux petits -Vllemands nous semble-t-il particulière- 
ment o,lieux lors,,u'on lo ciuiseille au n..m do la patrie. En 
réfléchissan;: à cette étrange exiiortation, nous sentons combien 
nous s,.mr.,es att.acliés à la tradition des (Ircrs et d,.s Ko.nains, 
nos grands éducateurs pour lesquels le culte des morts était \^ 
fondement même de la cité. Il f.-.ut croire ,|ue les G, .-mains— 
qui ne se dé.-ouvrent pas devant les chars finièbres .lans la 
rue— n'ont pas lo in.-uio resp...-t .le la mort. Un de leu.'s 
premiers soins, lorsqu'ils ont ..ccupé une partie de la Lorraine, 

'Gazette de Voss, fi..-.no fran.aise ,lu 
(<ie VossUclie. Zn/iuK/, io.iilé en 17Ji. 



•lil-'iiiaïul (hi jr nrrial : 



EN TEMPS DE fiiJERRE 



a été de profiinei- le tonr 
Re'publiijue : le monde civi 
ne inpttent pas l'écritenu IV 
cimetières. 



25 

i .le f..„:'i.. ,'u Président delà 

■''■ ■■'IM.ii'.iiilr-,-. avec .stujicur qu'ils 

"• •'• •■> ! 1 J ..rln de leurs propres 

JJi. ne f.utpeut-arep,.„„u. „,,„,„ ,,„,.„^ 
^ Oa,. de (,«,, doyenne de U nri.ssP )„.,r ■ 
^^^P.e.™t en p„.ie .„„.,,,,., „,:X^^^^^^^ 

fait prendre, connuo il .u-rive souvent PM Ail , ^ 

et l'aiTreux pour le .,l,,i„,e. 1 an 1"h ,;""=":' '? '"■■''■"'-'' 

no t^ouv.t.o„ pa. une ow,.: ^^il;::;: t'^ X^ 

..■..ad,, allemand,, du connne„cen,ent du siècle dern.Ïr ù 
les tli,3ories mora es, sociales Pf .,,/f i • , "'■'"""^> <>" 

de spectres et de rve.'tT? Le '"',•""■' ^'««ré-ontaient 
d ,;/ -f ■ "'"■""" * ^ journaliste qui nous occuno 

do être un veux lyrique de province, à la tête plei, I 
tliland et de Lenau ; et il no manque plus A son exLrtio, 

eWera dans les .oies al,ema:,e:;^:Ï,:rd:':.;r" 
S.1 e.t vrai, cependant, -comme Maurice Maeterlinck l'a si 
■.l™ent„nagin.dans ro.eau i/.,,__„„e les âmes des m.l 

■"■■^""™''' ''"■'*'''<"M5 septembre, lillô. 






EX TKMl'S DE CiUERUE 



XXVI 
L'EGLISE DE TALUS' 
C'est une église rusti,,ue, si n.odosto et si nue que les 
arclii...,logues oux-niurniM auraie.,t eu do la peine à s" inté- 
resser. Elle n'était g„;.,-e re,naniual,lo que par son isolement. 
Le hameau qui Tontoarait s'est «léplaeé jadis, reportant ses 
maLsons sur l'antre rive ,lu Petit-Morin ; ses paroissiens 
taisaient un quart de lieue pour venir à la messe. On 
laper,,.oit en desoen.lant de Baye, à un coude du eliemin 
dEpernay à Séza.ine; son toit do tuiles rousses et son clocher 
dardoi.e é.iiergent d'un l.ouquet de pommiers, au bas d'une 
colline gazonnée que couronnent des bois. 

Des buissons do mûres et des orties prolongent autour d'elle 
la ha.e ,Iu cimetière. A droite, une masure garde encore la 
trace du passage des AUe.muuls ; le feu de leur cuisine a 
brûle à demi les solives de la soupente; le carrela.re est 
couvert de paillasses, de tessons et de lambeaux d'uniformes. 
A gaïuhe, la porte de l'église s'ouvre sous un linteau de pierre 
en forme de fi-onton et gravé do rosaces. La nef est vide • 
les bancs brisés, écrasés, jonchent le sol ; un obus a fait 
éclater la chaire dont les planches disjointes pendent sous 
le baldaquin, naïf chef-d',™vre d'un menuisier de villa<.e 
Derrière une balustrade, des débris de chaises et le branca'I-d 
des morts s'entassent autour du baptistère. Parmi ce 
désordre, les tabourets des enfants de chœur sont intacts • 
correctement alignés dans le milieu du chœur, ils continuent 
de regarder l'autel, un autel à la fois i>ompeux et misérable 
dans^2e^goùl^ ,I„ dix^eptième^ siècle; sarcophage ventru, 

'Ce morceau r.Tpiiolle la bataille de l.-v Marne {,';.128ej)t 1914) Tahis 
était autrefois un iietit village, Epernay et Sézanne s'ont ,lés villes 
importanteB. Le Petit-Morii, est une rivière qui se jette dan, la 
-Marne A Champaubert Napoléon infligea une défaite aux EuMes et 
aux Allemands en 18U. Une colonne rappelle cette victoire 



EN TEMPS DE GUERRE 



27 



rehaussé de dorure.,, ,e-tal,le soutenu par d™ volutes Bé 
P"u.lle de ses cand^ahres et de son crucifix d.Hêtu d« « 
nappes i,„e„,ontre p,u, q„„ ,. grossi.ret. 1 1 ; 1. , .^ 

argenté o denieure^e su.spen,lue; elle descend de la voûte 
peinte en oleu, où plane une colombe. 

La sacristie attenante au sanctuaire offre un spectacle 

~-.etiesd.MsjLi;j:^^£^ttrr^tS 

pla e, co„„„e nnmobilisé dans un diorarna oi pour le fihld'un 
rSÏ: ^"^'— «-<^e.uir,X^ 

-— ...eu.es sur i^^^jLrï:r-::i;: 

t.ancla.es, de pot.tes trancl.ees individuelles qui se voient 
encore dans n,erbe, encadrées d'écorcl.ures plus pet tes ^1 

l'aut, a la hsière des bois d'où venait leur oflensive 

Sa,^ro"n?rAn" ^"'"-^f""". ^^ -■' *- des n.arais de 
Zé^:f' ^'^"""'^ ''^■■^'"" '^l"-'"" 1- peupliers pour 
00 e d '^r "'Trr ^;"''^'-'« - -^-^^ P- '-itemps la 
course de nos soldats. Les fuyards traversèrent si vite le 
plateau do Cban.paubert qu'ils durent laisser intacts notre 11 e 
vctoneuse et le monun.ent de leur précédente défaite lît 

H:^f ,'"'.','r""^ t '^ ''""''^ ^■^■'P" - brfdantsanse u 
la moitié du village de la Cauie.-Z. 

—fuiinml df:< Di'bau, 17 septembre, 1915. 



Fran 



'Nos 75 = No» oanoua 






iVaia. 



lira, j fa„ious8 piieo d'artillerie des 



28 



EN TEMPS DE OUERBE 



XXVII 

LETTRE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE 

AUX ARMÉES 

Le liulletiib As Arrm'fa publia ce irmlin la lettre suivante 
du Priisicleiit do la Uépublique aux oHicieia et aux soldats de 
France : 

Comme vous, mes nobles amis, j'iii lu avec émotion, dans le 
niUl'iiii des Artnilfs, les messages que vous ont adressés, k la 
veille do l'année nouvelle, les maires do nos grandes villes. 
Le mf'ine langage, à peine nuancé par quelques difTérencea 
d'Mcent, vous a été tenu par toutes les cités fran(;aise3 et il 
m'est aisé d'extraire aujourd'hui de ces nombreux témoignages 
la pensée unanime du pays. 

Partout, vous l'avez vu, se maintient sans effort cotte union 
sacrée qui s'est spontanément établie, il y a dix-sept mois, 
sous la menace de l'einiemi. Conmient la population civile ne 
suivrait-elle pas l'exemple d'entente et d'bannonie que vous 
lui donnez? Dans les tranchées et sur les champs de bataille, 
vous no songez guère, n'est-ce pas! b. vous demander compte 
de vos opinions personnelles. Le souvenir importun des 
discordes civiles ne vient pas troubler la fraternité d'armes 
qui vous lie les uns aux autres, dans le sentiment du danger 
commun et dans la conscience du devoir identique. Vous 
avez les yeux lixés sur un idéal qui détourne constamment 
votre attention des objets secondaires et vous savez que votre 
patriotique mission ne soufTre point de partage. Pendant que 
vous vous sacrifii ainsi tout entiers au salut de la nation, 
n'est-il pas naturel que ceux des Français que leur âge, leur 
santé ou leur fonction empêchent d'affron.er h vos côtés les 
fatigues et les périls de la guerre travaillent, du moins, k 
repousser les mauvaises suggestions de la haine et à conserver 
jalousement ia paix publique f 



EN TEMPS DE GUERRE 29 

des cœurs. La plunart H„ ""■""' "'m'"=i">n,ent 

vous secourir, vouTl vil" '"^''"""" "'"' ''''^'''»^- ^ 
femmes, vo, i'rkZl T '^ P"'"'^' ™« «"f"'"*", vos 

ment présente A t.,us , '/"""."""SO'iemeure ainsi continuelle, 
enclins à les oublier I " l,n '^ '" """^ '»"' ^«™'^'" 

%- i.npose„t d.i;ie^^it:;;;:ir?r":'' '-^ -^^ 

d'être moins cruellement f,..,,! ^ "' '^ privilège 

recueillement et 1 l" ,; '''' '^■'"'^ T P'""- "'''iK-Uion de 
con.m„nient dans Z ^Zl^^^^Z. 'Z 1^^'] ^^-^"'^^ 
n'écoute avec respect la m.le le.on délits '"^ "" "ï" 

de^^i:!:::^:,^'— ^' '- ™'™'^- -«- ^^^ -im. 
d.,l:i:::: jdei::^ "7" ^--^ '" '°"« --^«« «^e» 

partout la n.C.me Xlutt fr, " IZ^T T"- ^'"' 
durer et de vaincre T„ut .1 , " '''' **"'■•' ^^ 

•le U guerre est formid!irj^;;°;t rr:' r '•''r 
notre dignité, n.ais de notre vie seulement de 

deviemlro„t-il à t 'Iriruf. ^""T""' ""'"' ''«"■™' '"- 

flatte ouvertement'ZXrÎa h" " """""'" '" " 

Wen sauveganleronsZùs noV T"'''"°" ""'^■«-''l'e? Ou 

notre auto.L Z ^^1° pU", ''"f"'-,' '^•""""'■''- <=' 
pas de solution moy nne ToZ '"" ''"' "'"'"'^' 

avec une figure suspecte 1 H ^'"^, ''"' ^''"^'•'''' ^ "O"^ 

.uuouso^i..itrt:^.tn:,;'e:d'""' r^ ^^"^ 

•-tardes ne nous apporterait Z.Z T «"'"'-"-i-'O''^ 

que le d&honneurf la ruile t TL '^^P^-^e^ apparences, 

«r. la ruine a 1 asservissement. Le Ubre et 



1 



30 



EV TEMPS DE GUERRE 



pur génie de notre race, nos trailitiona les plus véniîrées, 
nos idées les plus chères, nos goûts les plus délicats, les 
intérêts de nos concitoyens, la fortune de notre pays, l'âme 
de la patrie, tout ce que nous ont légué nos ancêtres, tout ce 
qui fuit que nous sommes nous-mêmes serait la proie de la 
brutalité germanique. Qui donc voudrait, par impatience ou 
! ar lassitude, vendre ainsi à l'Allemagne le passé et l'avenir 
de la France 1 

Oui certes, la guerre est longue, et elle est rude, et elle est 
sanglante. Mais combien de souifrances futures ne nous sont 
pas épargnées par les souffiani-es présentes ! Cette guerre, 
aucun Kranc^ais ne l'a voulue, aucun n'aurait connnia le crime 
de la souliaiter. Tous les gouveniemoiits qui se sont succédé 
en France depuis 1871 se sont efforcés de l'éviter. Maintenant 
qu'on nous l'a malgré ikjus déclarée, nous nous devons de la 
mener, avec nos fidèles alliés, juscju'à la victoire, jus(|u'à 
l'anéantissement du militarisme allemand et jusqu'à la recon- 
stitution totale de la France. Nous laisser aller A, une 
défaillance momentanée, ce serait être ingrats envers nos 
morts et trahir la postérité. 

La persévérance obstinée dans la volonté de vaincre n'est-elle 
pas, du reste, le plus sûr moyen d'enchaîner la victoire? JJans 
la guerre que vous soutenez si vaillamment en France, en 
Belgique et en Orient, le rôle des engins destructeurs a pris 
une importance essentielle et lo devoir impérieux des pouvoii's 
publics est de vous fournir tous les jours un matériel plus 
puissant et des munitions plus abondantes. Mais la force 
morale, elle aussi, est une comlition maîtresse du succès final. 
Le peuple vaincu ne sera pas nécessairement celin qui aura 
subi le plus de portes, ce ne sera pas celui qui aura eu îv 
endurer le plus de misères : ce sera celui qui se sera lassé le 
premier. 

Nous ne nous lasserons pas. La France a confiance parce 
que vous êtes là. Que de fois ai-Je entendu vos otticiers 



EN TEMI'S DE OUEURE 



31 



répéter : " Junm.s, en aucun temps, nous n'Hvons ou une plus 
belle ann&l J.,u..i, ,,,., ,„„„^„^^ , ,,„,^ ^^^ _^.^^^ ^__^_ J 

plus bntvo,, plu. I,A-«„iue.s que 1,., nûtres . . ." Pu,t..ut ,.ù 
je v,,us ai vus, je me suis senti tressaillir d'a,l.-iirHii„„ et 
'I espo.r. \ „us vaincre.. Lan.iéo ,|ui s'„uvre vous apportera 
u.es anns, la fierté d'adievor la défaite ,1e l'ennen.i, la joie de 
rentrer u vos foyers et la douceur d'y fétcr la victoire auprès 
de ceux que vous aimez. 

HA\MONri l'OINTAlîÉ. 

—./Miriiiihl,-. l>,l,„tH. •_> jiinvi,']-, IllIO. 

.\.\'\in 

UN ORDRE DU JOUR DU GÉNÉRAL JOFFRE 

ho général cr.mmandant en chef a adressé au.v troupes le 
liel onlre suivant: 

Soldats do la llépublique, 
Au moment où .se termine cette année de guerre vous 
pouvez tons considérer votre .euvre avec lie,-té et mesu.^er la 
grandeur de l'effort accompli. 

En Artois, en n.ampagne, en Wo.iv,-e et da„.s les Vos.'es 
vous avez infligé à l'enne.ni des échecs retentissants et des 
pertes sanglantes, incomparablement plus élevées que les 
nôtres. 

L'armée allemande tient encore, mais elle voit diminuer 
cha(iue jour ses efïectifs et ses ressources. 

Obligée de soutenir l'Autriche défaillante, elje doit recher- 
cher sur des théâtres secondaires des succès faciles et tenipo- 
ra.res qu'elle a renoncé à remporter sur les fronts principaux. 

Toutes les colonies de l'Allemagne sont isolées dans le monde 
ou tombées entre nos mains. 

Au contraire, les Alliés se renforcent .ans cesse. 



32 



EN TEMPS I>E OUEKRE 



\m 



Maîtres incontestés de la inw, ils peuvent so ravitailler 
facilement alors que l.s empires du centre, .ipuisi^s finaiioière- 
meiit et ëconon,i,|,iem<.nt, en sont rAiuits à ne plus compter 
q>io sur notre désiicconl ou notre lassitude. 

Conmie si les Alliés, qui ont juré de lutter à outrance, 
étaient disposes à violer leur swment au moment où va sonner 
pour l'Allemagne l'heure du cliûtimont. 

^ Comme si les soldats qui ont mené les plus rudes eoml.ats 
notaient pas de taille à tenir malgré la houe et le froid. 
Soyons fiers de notre force et do notre dr'oit, 

Ne songeons au passé que pour y puiser des raisons <le 
confiance ! 

Ne pensons à nos morts que pour jurer de les \cnge.- ! 
Pendant que nos enniMnis parlent de paix, ne pensons ,,u'i 
la guerre et à la vic-toiie ! 

Au début d'une année qui sera, grâce à vous, glorieu.so pour 
la France, votre connnandant en chef vous adresse, du f<md 
du cœur, ses vœux les plus chers. 

—Juunmlihf Débuta, «janvier, 191D. 
.X.XI.V 
M. ARISTIDE BRIAND À ROME 
A une heure a eu lieu, dans la galerie Borghèse de la villa 
Umberto, le déjeuner de gala offert par M. Salandra à M 
Briand et aux membres de la mission fran<;aise. Tous les 
ministres italiens assistaient à co déjeuner, ainsi que tous les 
représentants diplomatiques des nations alliées. 

TOAST DE M. SALANDRA 

M. Salandra a porté le toast suivant : 
Monsieur le pi'ésident, 

L'accueil que Rome vous a fait, les manifestations de 
sympathie qui, de toutes parts, vous sont parvenue.,, vous 
prouvent à quel point le ceur d , l'Italie bat à l'unisson de 



EN TEMPS DE OUERIIE 



33 



ÔuvL f™""- """ '""' '^'"" '"'''™" 'l»"- ''''- '« lutte 
q« el e ,out,e„„e„t pour I. <i,fe„se ,I..s pHncipe» c,ui furent k 

glo .e de leur a„t„,ue civilisation, les deux nations «...u,-, «e 

d^t' iw"*" ''f::>-"'^-'"-"<""«"ts alli.^s sagement c.„ord„,.„.i, 
d;.ns lact,on po .t„,ue et nnlitai.e «ont soutenus par lentl.ou- 
»n.s„,„ des peup es dont la volonté ,,« vaincre doit briser tous 
le obstacles. Au pied .le nos n^ootagnos escarpées, den.ai, 
même vous vous trouverez parmi nos soldats au.rts de notre 
m b,en.a,m4 le prenner soldat do ITtalie. Vos .^.0, , 
templeront l'effort long et tenace, le d.r labeur .l'un pe pie 
armes conduit par s.,„ souverain .,„; veut conquérir l la patrie 
ses front,e.res naturelles et nécessaires sur les Alpes et sur n.er 
Nos pensées vous suivront, vous associant de tout ceur au 
message de fraternité dont l'armée italienne vous chargera 
pour l'année fran^-aise. *' 

Dans ce palais. Monsieur le président, vous pou ve. admirer 
autour de vous des chefs-d', u ro précieu. de l'art italiel 
Nous s,.nmes fiers de notre gloire artistique connue nous 
somme, fiers de notre gloire militaire eom.uise par la vaillance 
de nos roupes. Il „, est spécialen.ent agréable dans ce milieu 
T. soulevé les ftn.es aux plus nobles sentiments d'amour de la 
patrie, de lever „,o„ verre en l'honneur du Président de la 
République française et de, souverains alliés ici représentés à 
votre santé, Monsieur le président, et à celle , les personnages 
emments qu. vous accompagnent et dont la visite parmi nous 
laissera dans nos cœurs un souvenir inoubliable. 

nÉPOXSK DE M. nniAND 

M. Briand a répondu : 

Monsieur le préaident, 

à mes collègues et à moi-même, de nouer avec Votre Kxcellenc,; 



34 



EV TEMI'S I>K (JUEnilE 



et le, membre, <lu B,.„ver„e,„e„t roy„l .le, ..«pport, pers, nnoU 
'1"« .l.;i.»m l„„,,te„,ps nous „,ul„uti„„s p,.„v„ir .Hnblir ..,„ ,e 
"-"H, ,|"i A cn.ur de vous ex,ui,„er toute la satisfactio., ,,uo 
nous (.prouvons de ces i.reiui.'ies riJunions. 

V,.nu..s do toute, parts, dos provinces co,„„,e de Itonie, de, 
pl..,lnn,tosautori.« connue ,lu p.uple ,i„„t votre cité e.t ,i 
.inst,.u>ent flore, los syn.pathie, qui ont trouvd dans vo.ro 
cor, , al aoonoil une ex,,ro,sion «i oUleureuse ont singulioremont 
twdito notre tàclie, en rapproclumt nos cours. 

01,0/ nos ennemis, la cnudination des efforts est connuandée, 

pour a,ns, dire i„,| V. par l„s conditions nu-.nie, de la 

«oo,'rap „e. Dans le can,p dos Allios. elle ne pouvait être que 
I" rosultat .lune inspiration supor,, ure ot .l'une volon..! 
.■oHoelne oonscon ■ le se, devoirs, an service du plus nol.Ie 
.doal. Au nion.ont de quitter votre capitale pour nous 
rapprocher dos régions „ù la lutte se poursuit au n.ilieu de 
d.mculto, telle, qu aucune autre do, puissance, alliée, non 
ronoontre de plu, n.ourtriores, nous nous «enton, profondAnent 
'■".us A la p..nsée .le co^ nol.les sol.lat, qui, transporté, 
d horotsme, luttent sans trêve, non seulement contre un onnonn 
fortement retranché, n.ai, anssi contre les obstacles les plu, 
re<loutiil)les de la nature alpe.itre. 

Ton, savent en France combien rn,ie est la tache pour les 
armoo, d Italie n.ai, aussi qu..ll„ énergie incon.parable vo, 
soldats putsent ,lans la présence au n.ilieu d'e„x du souverain 
qui réclame sans compter sa largo part do sacrifice et do 
danger. 

C'est ainsi 
armes connue dan» le, a' 
prouve qu'elle est digne dos grand 
de lilM?ror et d'unifier toutes les tei 
domi 



qu'héritière d'un long passé de gloire dans les 
■uvres de l'art, l'Italie d'aujourd'hui 



anuôtrea qui ont entrepris 
'■•es italiennes, celles que 



nentl,.,mont,co,nme celle, que baignent les rivage, d 



la mer. Comment 



ment un tel ehornin, o-iel 



que rude qu'il suit, 



EX TKMI'S 1)K OUKHIIE 

arnwc! .lu s,vna -l''" l'I.is BviuVcux .lo »,.h Al 

A la viotoirHÎ Elli 

iioH etliHla comiiimis, du 

sur un seul front, f.ic- l'i l'en 



le ituiirii, }j(tvr/-<>ii Hûr 



35 

pas 
In ciiiitiiiuiii! (lu 



I», nii nirrinriiit il 
ilu I 



■|ii<> jour (ilus uni.; et plus Hnli.l 



lutte 



■mi, les Allii''s p 



H-ins merci jmur assurer le libre essor de lesiirit 1 



t .'st dans cette f„i ,|ue je l.'.ve mon verre en 1 
Leurs MHJes.c. le roi et la reine. Sa Alajest.; la re 



oursuivront une 



liumiiin, 
inneur de 



tous les niejulires do 1» f.imill 



de rital 
de t 



le. 



A la gloire do s( 



Famille royuli.. Je liois à I, 



ne mère et 
a jjninileur 



trouver ici, en nu 



■s armes et je prie Votre Kxcelli.nce 



lenio temps que nos 



membres ilu gouvernement royal 



tudo I 



•Vi 



lux pour elle et les 



ni fni 



expression de noi 



t grali 



.laternel (ji.^j ,„,^^^ ,,, on^ voire helle patrie, 

Apr;.s le déjeuner, un eerelo a été tenu. M. lirian.l et les 

me.nbres de U tnission fr.u„,ai.s» ont eu «les ,„u-oles eonliales 

pour toutes les personne» présentes. Us o„t ensuite visité les 

.salles du musée Horgliè.se. 

A 3 l,eur,.s, les botes fr„n^.,us el les personnages italiens 

<i pa.t, la foule, .nassee devant l'entrée ,1e la g.derie, a aecla.ué 
ebaleureusemettt M. Iir,,>„d et les personnalités frun^aises 
ainsi <,ue M. M. Salanil™ et Sonnino. 

—■/imnmtil,.- />,l„il^, 14f,.vii,.,. lille. 

xx.x 

RÉFLEXIONS D'UN IMMOBILISÉ 
Les gens do Troues en Cbampagne et de Cbaumont en 
Bass.gny, que je connais bien et qui .sont do très braves gens 
viennent d'avoir une cliarm.nte idée, toute franvaise et .,ue' 
J imagine, on suivra partout. Clm,,ue semaine, .les familles 
bourgeoises, de grande et de moyenne bourgeoisi,, invitent à 
déjeuner ou a dîner un jeune "poilu ". l, l, veille ou à l'avant- 
veille de partir au front. On lui donne le dîner ,Ie famille, un 
peu améliore pour la circonstance ; on y ajoute, p.ir ex 



'poilu Ijrave soldat. 



exemple 









se 



K» TEMI'S DE (lUERRG 



un plut Holidp, un entrem<it8 nuitô, i|iii-l(|Ufl« frianilinrH et «no 
tmiiU'ilIn lin Ixin vin, nuiurel et virin. Viiuim hmiiim liHi/irat 
cor hiiminum : c'eut un provorl»! et pifsiiuo un vci«e| de 
chez nouH. "^ 

Ces givinds (,'iii(;ona ne nu font pas prii'i-. On ii lK)n iipp<!tit 
K vin;{t ftnH et cfla ]m iliiin^e un peu do l'ordinaiio i|ui, d'iiil- 
leurs, n'est p.in ni.iiiv.uH. Ocw inviliitiiiris NinipleM rt iMir-.linl..H, 
ces pi'tits cxtriLs Kiiri.H lu nioindio céiénii.iiie, nnnt pour eux une 
Ix.nno nulMiino e(, en ileliers do t.Mito idée de «minniiridise, une 
vniie jiiie. Siiiw êlie insensibles h lu Ixmrie chi'iv, ils snnt 
encore plus tmiL-liés ihj lu 1miimi« pensiV>, du Ixin necueil et do la 
bonne grfue de leurs l.nies. Ils sont là ciiriinio chez eux ; ils y 
retrr)uvent avec délicc^s ciuelciue cli.iso île hi doueeur et de l'inti- 
jnit(S de la fiunille d.mt ils sont Hevrés onliiiiiirement. " Le 
.<!giment est une f.ijnille, lui .lussi," dit le c.iIihmI ; (,ui, nmis 
une famille un peu rude et qui n'eni|./iho p,is do penser h. 
l'autre, siins iiu'on en di^vienne un nmuvHis sdlihit, avec un 
soupir et un reyrel, : ceux d'enlro nous qui ont itv internes, 
jadis, ont connu et cornprernii'nt parfaitement cet etut d'iinie, 
qui n'est pius souleniont un souvenir ilo l'estomac . . . Ces 
jeunes "poilus," invités dans les familles, s'y tiennent très 
bien et l'on n'a (|u'à se louer d'eux. Ceux cpii reviennent de 
la triinchéo payent leur écot en bistoi ietles, en anecdotes <le 
guerre, et on les écoute avec émotion ; ceux qui vont y aller 
s'y souviendrrmt de leurs hôtes d'un jour et promettent d'en- 
voyer de leurs nouvelles ; ils tiendront parole. 

Ceux qui les reçoivent à leur table sont enchantés do les 
avoir au milieu d'eux. Vous vous souvenez de cette poésie 
touchante de Paul Déroulède : la lionne Vieille. Une bonne 
vieille femme reçoit un solilat chez elle en billet do logemi'ut : 
elle le choie, elle le gâte ; le soldat s'excuse de tout le mal qu'il 
lui donne et se confond en remerciements. Elle lui dit: 
"Mange et bois, mon enfant, eonmiu chez ta mère; 
J'ai mon gas soldat comme toi." 



E.V TK.Ml'S IIK (ilKRIlK 



37 



Uno faihillii fniiii;iiiKo est loiijiMiis oniti-iiii^ li li«!li.'iKer ilu 

jeuiiM sol.liiU. Il y », nrt m iim ni,, iluii l»iut à liiuliir du 

notre piiyn, un courant (11! friacrnil-u i|>ii v^t urio tris IhIIb et 
tros IxMwio clioM!. Huns l'im rorniui.-s, ci) qu'on u|,|,clait uulriv 
fois les IdiiriiTtw (lo cliisws et les ilistanir» sociales ont lieuii- 
ciiup llvclii : il y a, cntro tous lis Kmt.i.ais, tant ilii soiiv.'niig 
et de senlimiMils eonniiuns, tant d'ispi'.inn, iw coniruuni's, qu'il» 
so sont rappriKhcs les uns des autres ; ils ont appris Ji se mieux 
cimnaitre, h, s'ainior plus et ii s'estimer (lavantajje. C'est un 
des iM'aux aspects et un des Ixms fruits du celte Kuerre, qui 
développe les meilleurs instiiiels dans les Iwnnes natures, hI 
elle déchaîne les pires dans les mauvaises. Après la guerre, 
hôtes et invités so retrouveront et en jour-là, si j'ose dire, on 
mettra du laurier dans les sauces. . . 



.luuniiil ,l,.t ll/hfil». 



.\\.\l 



< 'IVIS, 

t'fvrk'r, IH/li, 



LA DÉFENSE CONTRE LES ZEPPELINS 

Sept aéroplanes allemands et un ze|ipelin aliattus en moins 
de ti :■ Mil, ''st un assez lieau tableau d inscrire à l'actif de 
l'avi..! i; f 1,1. !, ,c; c'est au^si la meilleure des repié^aillea 
contre les pirates de l'air, et l'Histoire ne pourra pas dire que 
nous vengeons sur leurs fenimos et sur leurs enfants les 
as,sa.s.sinats commis sur les nôtres; c'est enfin la preuve que 
notre matériel et notre personnel ne sont pus, comme l'avaient 
prétendu les pessimistes, tellement intérieurs au matériel et 
au personnel de l'ennemi. Dans toute espèce do combat, il y 
a toujours naturellement une part très considérable réservée 
au hasard ; lors de la dernière incursion de la tin de janvier, 
le hasard ne nous avait pas été favorable. Et puis, sans doute 
aussi, la surveillance qui s'exeri;ait à cette date avec un peu 
de relâchement s'exercet-ello mieux aujourd'hui. En tout 
cas, les résultats acquis ne manqueront pas de causer chez 
nous une satisfaction très légitime. 



Il 



38 



EN TEMPS DE GUERRE 



I 

i 



Il importerait maintenant que cette satisfaction ne se 
tournât pas en folle confiance ; car, le 29 et le 30 janvier, si la 
défense aérienne du camp retranclié de Paris se tri)uvait 
sous la direction d'une autorité peut-être plus politique que 
compétente, il faut reconnaître aussi que l'opinion publique a 
bien une certaine responsabilité dans la mort des vingt-cinq ou 
vingt-six malheureux qu'ont nniHsacrés les explosifs de la 
"Kultur." Les Parisiens ou certains Parisiens commen(;aient 
alors à oublier que les envahisseurs campent encore à quatre- 
vingts kilomètres ùes fortifications; quel(|ues journaux, 
appuyés par des délégations que sollicitaient assidûment le 
gouvernement militaire, réclamaient qu'on rétablît l'éclairage 
de nos rues ; les noctambules et les débitants de r,pirîtueux se 
plaignaient également avec amertume que l'insuffisance des 
moyens de transport les empêchât de se livrer comme par le 
passé à leurs distractions et négoces onlinaires. Bref, tout le 
monde croyait, avec une admirable sérénité, que I*;» zeppelins 
ne reviendraient plus. 

Ils sont revenus ; et, malgré le prix coûteux dont ils ont 
payé en trois semaines leurs expéditions sur la France ou sur 
l'Anglcterie, ils peuvent revenir encore, puisque c'est le bon- 
heur, ou du moins la consolation des populations allemandes 
dans leur misère, de savoir qu'on a fait couler un peu de 
sang innocent, ou qu'on a détruit quelques monuments d'art. 
Chacun de nous serait donc grandement fautif en élevant la 
plus légère plainte contre les précautions — parfois gênantes en 
effet — qu'estitnent nécessaires ceux qui ont la charge de nous 
défendre. La guerre est la guerre, comme disent nos ennemis. 
Pendant que les combattants en supportent les dangers avec 
courage, c'est bien le moins que les civils en acceptent avec 
patience les simples ennuis. 

— Journtd des Débats, '23 fùvrier, 1916. 



EN TEMPS DE GUERRE 



89 



XXXII 
LA NEIGE 
J'ai connu au c.llige un petit gardon qui venait de la 
Martini,,ue. La première fois qu'il vit tomber de la neige, 
il en ramassa prtîeieusein,.„t une poignée qu'il mit dans son 
pup.tre pour la montrer à sa mère qaand elle viendrait en 
France. Les Parisiens sont un pou co.nme ce petit gar<;on. 
Eu paix, ils on^ à peine le temps de l'Hperee^oir ; le sel 
municipal la résout en une boue jaunâtre et liquide que les 
<!goutiers s'empressent de pousser au ruisseau. Ils ont eu, 
i*tte année, le loisir de la voir; la neige parisienne, en 
temps de guerre, est un duvet de cygne et, comme nous tous, 
elle tient. 

Elle tient sur les trottoirs, où des skis ne seraient pas 
mutiles; elle tient mieux que les piétons qui, chaussés de 
caoutchoucs, s'y livrent à des entrechats involontaires de 
patineurs novices ; elle tient sur le pavé, à peine noircie par 
les rares voitures; elle tient surtout dans le jardiu des 
Tuileries, dé.serté par sa clientèle de nourrices et d'enfants. 
C'était hier l'en.li'oit le plus charmant de Paris, un jardin de 
l'Alaska dessiné par Le Notre. Il y avait peu d'amateurs pour 
goûter ce pay.sage ; mais les quelques intr-épides, enfonçant 
jusqu'aux chevilles, qui traçaient un sillon dans la longue 
avenue, n'ont pas eu lieu de regretter leur promenade. 

Les dômes du Louvre, poudrés comme des seigneurs Louis 
XV, composaient autour du Carrousel une ville féerique; les 
fusains des petits squ.ares, chargés de girandoles, étaient 
autant d'arbres de Noèl auxquels il ne manquait que des 
jouets et que les rinceaux des grilles enserraient de dentelles ; 
!e givre, retenu sur les ressauts du palais, accroché aux 
frontons et aux entablements, marcjuait sur les nmrs sombres 
la fuite étincelante des lignes horizontales ; on eût dit une de 
ces vieilles estampes ou l'artiste, avec du noir et du blanc, 






i* 



40 



EN TEMPS DE GUERRE 



s'efforçait de perpétuer la splendeur des illuininatioiiH pour la 
naissance du Dauphin. 

Le petit arc de triomphe, semblait perdu daiia l'espace 
agrandi ; le pardessus de Gambetta oii.it»! comme une fourrure 
et devenu plus lyrique, redoublait la carrure puissante du 
tribun ; le long de la rue qui va' aux Pyramides, la silhouette 
des passants se de'coupait en ombre chinoise; un charmeur, 
les pieds dans la neige, distribuait sa manne quotidienne 
aux moineaux tout noirs sur la blancheur dos pelouses ; un 
croqueraort, revenant du travail, ramenait au pas son carrosse 
funèbre ; son bicorne, emplumë d'argent, avait mont<$ de cinq 
classes depuis le cimetière. 

Les laideurs s'estompent. Lo monument de Ferry et celui 
de Waldeck perdent de leur tristesse; rendus méconnaissables, 
ils font moins disparate dans ce jardia royal peupM de niytho- 
logiea. Enée, portant son père Anchise, s'étonne de le 
trouver plus lourd de tout le poids de la neige ; Borée, 
ravisseur d'Orytliie, tourne vers le ciel une étrange figure qui 
semble couverte d'un mascjue ; ce n'est plus le dieu de la bise ; 
c'est un pompier sauveteur, armé à la moderne contre les gaz 
asphyxiants. 

Par de là le bassin, où le jet d'eau brille comme un cristal 
de roche dans une coupe d'opale, la perspective des statues et 
des vases s'allonge à l'infini sous le filigrane des branches et, 
tout au loin, l'aiguille de l'obélisque, comme une mince fumée 
grise, se dissout dans le brouillard. 

— Jounud dfM DébfjtH^ 27 février, 1916. 

XXXIII 

LA TÉNACITÉ FRANÇAISE 

TJn de nos hommes politiques disait l'autre jour aux 

parlementaires anglais qui nous ont honorés de leur visite 

"qu'il y a aussi une ténacité française." Il n'a dit que la 

'rue qui tr, rue des Tuileries qui mène & la rue des Pyramides. 



EN TEMPS DE f;UERRE 4j 

rr,r;,r„: '■'■""" ---p-^» .ir:„r 

nis, petits-fils ou arruTe-petits-Kls de paysans Tp n,. ^i ■ 7 
croire ,.. „„„, „, „„^„,_ p^^ ^^ efttroH^ne T^^n a 

fiiait„uidonc.s:r„;nho2::r^'^'" "'^■^'"''' - 0"'^- 

L'âme provinciale, chez nous, est tenace *f .h j 

provinces a son caractère ori,^.^71^1^T:^ ^ 

c..ac„n . notre £a,on, tenaces":ri" nl^dTn Zrili 
de notre pa,s. Le Breton est tenace, cornue son grani et L^ 
bruyères que cela n'e„,pùohe pas d'être roses ; le Zlld 
co™,,,e,'„bre de ses falaises, qui rdsist. a„ v nt d^LTe; 

rc:::,rw::::r r"^'^ ''Ho..edei..u4n: , 

>^olent les muscles tendus, le front étroit ou blr :;;'"„': 
t^nac-té souriante et souple qui n'est pas la mo n^ LLIZ 
Le Champenois lui-même est tenace \-n,v„„ nnexiBle. 

Si"dut-iHrE| 
Siatt^-q-un: cfdr:;?™--'' -r - "- -- 

-rsures dulr e^q^nel ^L'^s "" '^'"^ "' ^ • 

Nous sommes tenaces dans nos idées, dans nos sentiments 
dtdÏs'Sîe r"" "'" "^"-"■"■^ P"' - 8™"^ "-te 

de zc::,::: 7: r r::: " ? ™''^' ^> --"«• 

toute notre histoire le nZ ' T ^"™^'"'""- 1^"--- 

".~M..,.,. sir;;:;:™ ::-;--- 



'^ 



42 



EN TE.MI'S DE GUERRE 



et sans faillir les serments juriîs. Nous sommes tenaces 
également diiiis nos antipatliics, dans n os ha ines, et quel- 
quefois dans nos pr(!jug(;s. S'il est ditiieile de nous faire 
revenir d'une id<!e fausse, d'une opinion préc'oiii;ue, qui 
se sont une fois empari'es de nous, il l'est encore plus 
d'extirper, même par la menace ou l'intcrêt, ce qui nous est 
entré dans la tête et dans le cieur et fait partie intégrante de 
nos âmes: les souvenirs de notre histoire, les le(;ons et les 
exemples de nos ancêtre? ;ar, si nous n'avons pas tous des 
aïeux, au sens aristocratique du mot, nous avons tous des 
ancêtres, les mêmes, qui nous ont légué leur âme, qui vit en 
nous, et i hiqucUe nous ne voulons pas renoncer. 

Nous sommes tenaces à l'ouvrage et nous ne nous laissons 
1 u; rebuter par 1.» continuité de l'effort. Uegardez un paysan 
d. ; -icher et laboui'er sa terre, travailler d' arrache-pied sur 
un sol ingrat dont sa ténacité laborieuse finit par avoir 
raison. Nos ouvriers, l'ouvrier parisien lui-même, que l'on 
accuse parfois d'être amateur et intermittent, ne sont pas 
moins tenaces (jue nos paysans. Voyez l'ouvrier frani;ais, 
meimisier, serrurier, petit fabricant, à son établi ou à sa forge, 
ses outils en main. Il chante assez souvent, —même siins être 
peintre, — mais il ne flâne et ne s'endort pas; il prend plaisir 
à son métier et à sa tâche, même rude ; il ne la quitte que 
lorsqu'elle est finie et bien finie, à son gré, à son goiit et, 
comme il dit, "à sim idée" ; il est "enragé" après elle, comme 
il dit encore ; son amour-propre corporatif et individuel est le 
stimulant de sa joyeuse et n'itgre ténacité. 

Tous les jours, depuis plus de dix-huit mois, nous avons 
sous les yeux l'admirable preuve de cette ténacité de l'âme et 
de la race françaises. Et celle-là l'st héroïque ; c'(!St celle de 
nos soldats et de leurs otliciers, dans la tranchée ou dans la 
bataille. Teuir^ tenue, 7naintie7t, iénncité^ .sont des mots de 
même racine et qui participent du même sens. La tenue 
morale de notre nation, que des malveillants (fti des jaloux 



EN TEMPS DE OUEHRK 43 

tiendront, n'en doutez pt' 1' • , '^'"'™"™- C"eux-là 

d^«..itive,,ui ier;:;erde^ r;i :i r"'^ -» ---e 

qui «e,.a I. ju,te ré'.npense d e7r t L, V*":" ""'■'''««■^- «' 
en Hve. vu sans doute quel,,u su,, oT """""• ^•"" 

eux; vou. „ve^ ,u leur' lett • „!' T"'^ "^^ ""•-' -«^^ 

quel» sont leur entrain 1p„. . J""""""< i vous savez 

'.umeur. Je ne v"u"' las ^T"? '""""•'""^' '«"■• '^""- 
qualités ,„attre».,.s de eel T, t"'" ,!'"^''^^"'- ^^ "es 
respect afleCueux que de ^n^fi T""" '"'"' ■""■"'* ^^ 

de "pire" les soldats frat '"'f'''^"'- P-« ■'offre" (ce nom 

des cL,n,andant;'dt:: rd'r il/'^'^ ' '?"--> «' 
cette te'naeitt- sereine oui . "'"'P"' "'^■'" ™ P« 

énergie et au c" .îde sa " '"" "'■■ " ''''"■°^' '^^ '"n 
i.o.nn„.s, moins H: £ X7'""' " """"""''"■'^ ^^ 

îii^ettr-^"-^'^-^-;:— ^ 

no»s reconnaître et qui fai Ït^! Ït '" " ""' '"'" '"'" 
uns, a toujours étf 1 ' "^''"""'"''"t do quelques- 

nous vient de notre sang, de fl I ^^ T^t -^'""^^ '"' 
de notre endurance- elle hit r. , caractère, 

"^•■e de not.outii,age::;:ir,,ï:„ :::-;««.. i^"- 

qui est la loi des i„divi,lus et 1 - ^"" ^^ "'"'" 

'"- soutient dans .^ 'iT^^^ ^ "''' "'- -''« «' 

;;'»^.nesdeia„. ;"!,,::::::;'- '-"'^es 

--e: „ous ne pouvons pas, nous ni:: :~:: 



44 



EN TEMPS DE (îU'^'.KRfi 



défaire, nous dt^barrasser des grandes idëes, des grands prin- 
cipes, auxquels nos cunsciences sa sont attacht^es. I^es causes 
ëtornelles de la vie: l'honneur, le droit, la lîl}erté, nous sont 
plus chères que la vie mûine. Nous avons toujours vécu 
ainsi et nous tenons à continuer. — S. 

— Journal de» DébnUi, 28 février, 1916. 



n\ 



UN CERCLE POUR LE SOLDAT 

Rue Chevert, 15, au fond d'une cour. Tia façade vitrée 
annonce un bâtiment d'usine; mais un drapeau flotte au- 
dessus de la porte : des plantes (pii seraient verLJS sans la 
neige encadrent le perron; d'un ancien atelier de menuiserie 
on a fait le Cercle national pour le soldat de Paris. 

Vers six heures du soir, les nouveaux arrivants ont peine à 
trouver de la place; ils inscrivent leur nom sur un registre et 
l'on constate qu'ils viennent de tous les hôpitaux et de toutes 
les casernes; ils ont traversé toute la ville pour venir chercher 
derrière les Invalides ce local étroit et modeste. Rien ne fait 
mieux l'éloge de la maison. Fondée en 1909 par un officier 
de réserve, le lieutenant Thorel, sous la présidence d'honneur 
du général de Lacroix, patronnée par toutes les notabilités 
militairef», philanthropiques et médicales, elle est vite devenue 
populaire, tant elle répondait & un réel besoin. 

On a créé depuis quelques années des salles de réunion et de 
jeux dans les casernes mêmes; elles sont utiles aux hommes 
que leur service ou l'éloignement de la ville empêchent de 
sortir; mais ceux qui le peuvent aiment mieux prendre l'air 
du dehors et c'est là que le péril commence avec l'ennui. On 
entre au cabaret, on cède aux tentations de la rue ; on ruine 
par désœuvrement sa santé physique et morale. Le cercle hors 
la caserne, le cercle non officiel où chacun peut entrer gratui- 
tement, dispute les militaires à ce double danger. Ils savent 



EN TEMPS DE GtTERBE 45 

qu'ils ont là comme une maison 1 . 

en frères, où ils trouvent d eu" „, .7 " "T""' '"'^'■"""'■' 
de quoi écrire et faire Icrj, let'te^ ' ''r "^™'''''''^^™^"*'' 
causent librement sans a L . ' °" ''' '' divertissent et 
d'alcool et de ne pTs i e d Tu " ''" '" "^ P"' '^'■•- 

tous, respectueux de touL, , •" ""^ P"""''""'' ouvert i 
militairenK,u;ma?n,e„ rTa ^' "P"'--- '« ^'ercle national et 

->-.eu;^isposH;:r:~::rxs:---"e 

képi ou son casque le lavZ .^^ . °'^^'" '"" '"'''•'■ »'^■' 
constamment le cafiri,,!' '" P!"'« «="-"« «ù chauffe 
avec une cigarette A . f ? "^'^ ""* *"»'*« ^ «'"'««» 

correspondanTerLlelt: :'e'i;V""^^ '"'''' """« '"' 
^ilence; on entendrait une mol: voL"'" "° ™"''""'- 

'"St:^.si:i^^^f"°^'^.-o™^esde 

ductions de peintures de'ZvillrtT'n "f"''""' "P^"" 
pnré de m^me, monte à JeZhl ni "'"" ^'''^'"'"-■ 

de salle des fêtes; un thaf! T ^ " '"''' -ï"' P^"' ^«"'^ 
de l'Opéra, a br;ssé n dto p^™'"V ^™''"^' '^ P«'"'™ 
l'occasion de je ne sais quelTaL' pI"; "™^ """"-"« ^ 
est baissé; il n'y a ce soir H >• ""'"™'' '« "''™" 

nichanteura; U Xiels ": "'"^''""'^ "' -onologuistes 
tout le monde y loue aux df Z' '""'''"'' '"'^ ""^ i^^' 
quatre par quit e chale .? ^'"' '^''"^ °" ?'"'<>' 

conseiller U aut; rètj '^'^ '"''' ''""' "''"'i"^ d'un 
prudence et dttt ^t oÏTes"" ""''t™ '""''■""«' ^""^ ^e 
n'entend que le brù de^ 1 on:'"" ""'l''"' '^"^ """?■' ^ - 
de talon d\n amatj . d ^0^1 7t '?" ''' '"^ """^'^ 
«n entrechat en nasillant dXcoi^P^ ' "'"' ""'"^■^^ 

~-;rï:ii:i:^trn-^ r-^- 

et de foyers du soldit nl„ . • ■ craation de cercles 



46 



EN TEMl-S DK Ul'ERliE 



de la classe 1917", la plus jeune qui oit jamais été appelée soua 
les drapeaux. Sa |>an>le a élé enteiiilue ; pour ne parler (|ue 
da Paris, plusieurs cercles nouveaux y ont été ouverts i|ui 
rendent de grands services. M.iis, installés de nianii'r'e pro- 
visoire pour la dun'e de la guerre, la plupart n'y sii, vivront 
point. Le Cercle n . ional de la rue Clievert est leur aîné ; il 
a six années d'existence et compte durer toujours. Il n'a pour 
subsister que les offrandes privées ; il mérite toutes les aides, 
tous les encouragements : sa légitime ambition serait de 
s'agrandir et de constituer une Maison du soldat digne de 
rivaliser avec celle que Ixindres possMe depuis longtemp.s. — Z. 
— Journal ilia Dclialu, 29 fi'vrier, 1910. 

XXXV 

LA PROVENCE-II TORPILLÉE 

Le ministère de la marine communique la note suivante ; 

Le croiseur auxiliaire Provmce-fl, momentanément affecté à 
des transports de troupes pour Saloni<iue, a été coulé, le 26, 
dans la Méditerranée centrale. 

D'après les renseignements parvenus à cette heure, 296 
naufragés ont élé ramenés à Malte et environ 400 à Milo 
par les patrouilleurs français et anglais qui ont rallié un appel 
par T. S. F.2 

Les recherches continuent sur les lieux du naufrage. 

D'après le témoignage de M. Bokanowski, député de la 
Seine, attaché à l'état-raajor de l'armée d'Orient, qui se trou- 
vait à bord, aucun périscope n'a été aperçu, ni avunt, ni après 
l'accident, ni non plus aucun sillage de torpille. 

Aucune gerl* d'eau ne s'est produite au moment de l'explo- 
sion et la veille était très soutenue ; les armements des pièces 
sont restés à leur poste jusqu'au dernier moment. 



Ma classe 1917, les militaires qui auront 20 ans en 1917. 
rr, S. F,, télégraphie sans fil. 



EN TEMI'S DE ra'EHHE 



47 



L«nc™anm»r«, 1305, 1„ /V,,,,,,,., // i ■'.''î,u*''''''''''° "■"'•"«tlant.Vjue. 
dc^place,„e„t de I0,m to„.,e, po,. „„ ::^^ZL 1''; j,"",";"" " -' 

nar,;vr '■' ""^'^ ^"'""•^'' -- --» - -.,■ .gœ atte,g„it oo 

^ pui".nce de ,„ turbine, otait de 30,000 chevaux 

«"•me. "^ '' °""*''' '3-' en .ecn.le, et SOS en troi- 

™!:.f::;t;î;:^^:t;:,r' "- ■"'*^«— , ^odeme. " 

Saprem,ére traversée fut e(reetuéeIo„„,i, ,906 
1« nom du pa.|iiel),)t Pr,m.„c, « .If i-,- 

toute eonfu.io,,avee la />™,.,;l,"'',i,,"^;''''*'''''' ''''' «""■■■•'. P""-- "'iter 

-^"'"•""' ''""''""-, l"mar,,191fi. 
X\X\i 
RÉFLEXIONS D'UN IMMOBILISÉ 

tout le ,non,]e se tais-ut "n T . '"' P"''""''»- «i 

cœur de la Frai L" "'"•'"'''™' '"'"-' J« --«. '« 

-tte,„e„t et nou. jeter Ca„;;;:f IL ,ï'i:':: ::r""'"" 

pouvons être coûtent», ,|a„., eos iour, 1' , ' "°"' 



•iil 



I:| 



'La bataUIe de Verdun a commenliéïï^rïw^ 



48 



KN TEMPS DE GUERRE 



Vou> vous rappelez l'iwimirttWe dessin du maître Forain' sur 
les Civils et sa légende toute Spartiate ; " Tiendrout-ils 1 " Ils 
ont tenu, ils tiennent encore ; ils tientlront, jo pense et j'en ai 
la ferme conviction, jusqu'au bout. Il n'y a pas eu dépression 
dans notre pays, il y a eu anxiété; lu contiance n'a pas été 
ébranlée, le courage n'a pas fléchi, l'espoir non plus. 

C'est une bonne chose que de ne p.is perdre son sang-froid, 
de garder sa tûte dans les jours anxieux. Ils ressemblent aux 
grandes émotions et ils nous en donnent d'ailleurs de fortes et 
de salutaires : ils noua rappellent au sentiment de la réalité, 
o'est-à-diro de l'épreuve,' et, par suite, à celui du devoir; ils 
suspendent les petits propos, les voix inutiles et discordantes. 
Ils mettent aussi en relief et en valeur le caractère et la 
personne de chacun ; ils montrent toute la distance qui sépare 
l'homme énergiiiue et résolu de celui .jui a peur et qui aime 
presque à faire peur aux autres ; le silencieux, qui se tait pour 
se recueillir et pour mieux écouter sa propre pensée, du bavar' 
qui s'évertue en phrases et en gestes, pour laisser fumer 
dehors son agitation ou pour dissiper son inquiétude ,n 
l'exprimant. Les gens de chez nous n'aiment pas les agi.és. 
C'est surtout en temps de crise qu'ils sont indésirables et 
malfaisants, et, s'il est naturel de ne pas les écouter, il est 
souvent difficile de ne pas les entendre : ils font tant de bruit ! 
Or, le bruit ne vaut rien, aux heures tragiques, en dehors du 
champ de bataille et de la ligne ( e feu. 

Paris, vous le savez comme moi, est resté tranquille et calme, 
ces jours derniers, la ; ïnce aussi. Il s'est fait tout à coup un 
grand silence, non pas morne et consterné, mais viril et stoique. 
C'est dans un silence comme celui-là que communient le mieux 
toutes les âmes d'une nation ; que les impressions s'échangent, 
sans se traduire ; que toutes les volontés s'accordent II n'y 
avait qu'à regard er les yeux et les physionomies des gens que 

'Forain (n^ en IMS), i^iitre et 
surtout commo caricaturiste. 



dusainstour, s'eat luit coniuitre 



IV TEMPS DE OUEKHE 49 

l'on rencontrait sur son clifimin n 
journaux avee „„„ av" ,i " ;,;,^'.' "" '«, f -' P»" -r le. 

peu cl.an«.; ; elle, avaient pris „, ' ,■ 7'"" ""'" """' "» 

Civia. 
""""". - "lar». llllB. 

-wxvii 

CEUX QU, NE SONT PAS STRATÈGES 
Lomme on ôtait le potag,. • " Te n„ • 
-on v,.i,i„ de droite, ^ pL; .J: ^ ^ .f- »'™'««e. dit 
me permettre une critinue n,»;. " J° "" ^"dmis 

parer une pareille atul u;"; "r IT" """^ ^°"^ P^"*" 
de*moiade travaux et de „ """"" ''"' »«>»«ine.,, 

^olmpper4„otre.tl It î^^'''''^?"' "" ""--'Point 
-'» P'« strat.,e). i, nj ^S", J '« '^^P^'-. Je ne 
--er notre ar..e entière en a Jnt ie ïwluZ " """"^ "•' 

w bur;7r„u':rSS^':'^ ^^^'^-'-•' •- «- «^^ 

aussitôt en prenant avantage .j;;" '""" ''" S^^''". q-' 
et je son, le ridicule qu'il y1 ''] *" '7 ^"' ''"■""'°"'' ««'■ 

uy^in,ru.e„tded^:::^;;::i'rr:vi::r-- 

J abouchai. n.o,nme de gauche .vec l'I, 
ayant fait ainsi l'agent de'liai ,V leur Ta"" ■] '™'' «'' 



Il 






50 



EN TKMI'S t)K lil KIIHE 



<lo iliiiiimr il.,M foiiHi'iN nu (|imitiiT ff'urrul ; nmis j'f»iimo qu'il 
s'etiiliirl. Qu';itipn<l il |k)iir ilnluiincr In ciiiitir «iiiiiiiift 
I.Vdort (In IViinnini est l.iisr. F(>ih;i,im xur hch Hkii.'s, que 
ilinlile 1 Nous In r<^|)nus».T.ms jusqu'au Itli !-.le ne «iiin 
1)118 «tmUgc, insitiuii d'une voix duuee un vi,Mlli,i<l discret et 
cotirtni, ; ju ne suis pas tilrai;;.'e i ■ i„..m avis compte pour liion 
peu do chose, mais j'indinuraii, plulot vors une offensive, 
diit-elle n'être qu'une feinte, qui, d.^tnurmuit sur un (wint 
éloi^niS une partie des tii)U|ies de l'adversaire, dcrongestion- 
neniit lo seclL'ur de Verdun." 

Nous no.js levions do talile. J'cs[).!rais qu'au salon on 
parlerait f' autre chose, lorsqu'un inconnu me croisa devant la 
l>-rt me saisit par le houton : " Je na suis pas strauye et 
Dieu me garde de paraître jeter le hlAme sur des chefs que 
nous vénérons tous ; mais il n'y a qu'une décisi.m i prendre; 
cela orèvojes_j;eujç : l'offensive, Monsieur, ^offensi^e géo.'rale, 
de la Manche a» Turkestan ! " Je jetai vers la m otresse de 
maison un regard de d.;tresse; elle vint i luun secours, et 
rieuse, m m'offrant une tasse de café: "Je ne suis pas 
stratège, dit-elle, nuiis si j'.^tais généralissime j'allongerais de 
six jours la permission de (ieorges." 

Cependant, par la porte ouverte du fumoir, nous entenilions 
la voix d'un li.mime politique: "Je no suis pas stratège; 
pourtant si J'étais militaire . . ." Ia jeune femme murmura : 
"Soyez plutôt mai;im."'- Z. 

—Jotmuil fhn fh'ftntM, 'J mars, IDIfi, 

x.wvni 

FRANCE ET ITALIE 
Comme l'a dit hier M. Paul Deschanel, la manifestation 
faite par la Chamljre italienne, le jour où elle ouvrait sa 
session, en l'honneur des soldats frani;ai8 et de la France, 



'Soyez, etc. Vers du Tîoileau <laiiH «nn A'-'- puétique {oh. IV, v. 26): 
Soift^z pluti'it viaron, ai c'ixt votre, tait ni. 



KV TK.MI.S r.K .irKRIlE g, 

"«mplit m« û,,,,,, ,|o R,.,.u< " „||,. ,„ 

t'...oti...,p.,,f,„„,,.„^ j,,^ ,,,,^;,^ ;;'" '<"< ""'Pl.t »u,Hi ,1„ e..,.e 

'n.m,,.„t» trH«i,,,„., ,|„ JV.xi,t,.„.-,'"l,.,."" "'"""""'■"'""■x '"ix 
■•y'",„itl,i«, ,|„ „,„ „,„;, ^^ j • '!"".. «1 t,u„: t, l,..s 

U..0 j..io infinie .,., v..ir „„, f^. , " ", "'""''••'' I""— >t-t 
™ti"n, no, ancion, co„,nu„ < '^ ' """« "' I""" '" -^'^ "'" 

-.1 •n,e„t„ux^,::~:f«''''™,'^'''«^».-,i"i".i- 

nos n,.,ru. Il, pcMne ^ ' "* ''"'"'"'"* '' '"" '"^'•- «^ ^ 

-X qu'il, ne ]-.'::":::,! ~-i--i„,„ ...... 

Carso ou de ri,o,l ' "' •"''"" """ '-« ''«"«. du 

Si le, McLiniations françaises ,]m P-j»;. n , 
ainsi aux accl.unation, iulienL do M f '" " '''''""''''"' 
nous aenton, tous n.icux que j' i, i ,f''''*"'''"'''' '^'"^' 'I"" 
nos destin^.e, Inatorinue, sans 1 f ,""■" '"■'""'" ""■''"'•" 
'e>.i«nder,„n„a„i,e ,,:;:: ;,:;f '■''■■" :''-'-"-.e,r<.ur 

dit M.AUrcora, p,,yden de ,f'; """■""■•- f""""'. avait 
notre nouvelle LLrnitelie^ ^ ;";'': '""""■'«• *"' 1"" 
-- et le, autres alli^^ ~ ^ 2: '' "T " '""™' 
«mnnuns le triomnl.e <ies „ ^.P"' 'f ^"^'">'e sur les ennemis 

••■ind^pondanee Ï :«::n:T -^iri"™"""' ;'" "^-'' 
attachons le plus Uut nri. ^-^ ,,^^ '•uina.ne."_..N„u, 

H^p"''-i.«e par ie:::;.:;.irr:i:^-n- delà 

drapeaux sont venus se ioinrir» „ '"' ''""' '''" 

■a civilisation et de Z CÏ e" ""'"' '' "'^'""■'^ "'^ 

':^«ee«wt de, soi.utjtx/Lr:::;. """-^ '"""'™- 



fy.il 



52 



EN TEMPS DE GUERRE 



B ■" 



I 



A Paris, tous les dëputtis se levèrent pour écouter les 
paroles de M. Paul Deschanel ; k Kome, le public des tribunes 
lui-même applaudissait les paroles de M. Marcora. Et c'était 
là, semble-t-il, comme un premier et magnifiiiue symbole de 
l'enthousiasme populaire qui nous soulèvera tous, des deux 
côtés des Alpes, lorsque nous apprendrons, d'une part, que le 
drapeau italien flotte définitivement sur les murs de Triesie, 
et, d'autre part, que le drapeau français a repris sa place sur 
la flèche de Strasbourg. 

— Journal dtM Di'hatA, 4 mars, 1916. 

' X.XXIX 

LE FRANÇAIS TEL QU'ON LE PRONONCE 

Les étrangers tiennent le français pour une langue difficile; 
il faut bien que cela soit, puisqu'à nous, qui le savons de 
naissance, il donne déjà tant de peine. Son orthographe 
capricieuse dresse aux écoliers des embûches que la plupart ne 
surmontent jamais ; sa syntaxe a des détours subtils où les 
plus fins s'égarent et lorsqu'on a appris à peu près à l'écrire, il 
restfl à le parler. 

L'accent varie d'une province à l'autre, au point que le 
français le plus correct, sur les lèvres agiles d'un Gascon ou 
d'un Languedocien, est d'abord incompréhensible pour l'oreille 
lente d'un homme du Nord. Chaque région, naturellement, 
trouve sa voisine ridicule et se croit seule dans le vrai ; Paris 
se flatte d'un langage modèle, sans se douter que l'un des pires 
accents est l'accent parigot. 

TJn des efl'ets de la guerre aura été de nous apprendre un 
peu de géoi'raphie. Tel qui ne s'était jamais demaniié où pose 
Salonique en décrit la banlieue comme il ferait il' Asnières et 
nomme les hauteurs qui bornent ce camp retranché aussi 
familièrement que le M ont Valérien . Nous avons appris 
sii-tout ù connaître la France ; nous savons tous lus noms des 
villages du front ou de l'arrière, m.-.s, chose bizarre, personne 



f ^; 



EV TEMPS DE OUEUBE „ 

sa prononcent. ''" ''"^■'«■r cniment ils 

Non seulement les civils ' i 
communi,iuds, continuent dé''i!..] 7' '!." <='''"^ ^"'^ d<">3 les 
"""•s des „.i,,t,;,,,, „.,„ ; 2 '"V '.'*' '"^^ "'"'■•'■«-te, 
'o»Hte-s n^ont p., ia roi^"; " ,.ne'7^'"-'™' ^'- - 
Des centaines de nnllo h,!, " ^«'''"blo non,. 

Meneho„l.,;iU„,„;;";J'™"- ""^l'-'î P- 8ainte- 
ph.^no,„i.ne «„ «; pet;" ZTT '"' '"''''^"'"S par quel 

i^-"«? Cette v,C,„:S: ^'":," 'J"" '■- "■•'*«' '<^- 
quon découvre; l'art do s^s !7 :"" T' "'"'' P- <J« -lies 

-r ..utes les table^tt:^^t|^^^" '^'"-■t avec hon 
.on langage aut,,nt que de bonn/n "■^"™''n. g"ur,„et do 

exceptionnel; on parlera de n V ""'=" •^" P"^^ est 

P- le moins du n'Jr Z7 1:"'" '^"'^ P""- '--'■ 
prononciation des consonnes fi a es't'.'it ''.""' ''""^""■''' '" 
on ne faisait siffler ni les , „î 1 '^''"'extrêmement rare; 

le rf et le t; p„ur nous 'en tel'' ""'" S''"'^"' de marteler 
Sainte.Me„ehoul,UnatouVu^d,.:7 """^ 1"' ^'""^-^ avec 
compte des deux dernières lettre, ';""' """' *''"''• P'"' à- 

^>'fe, du ^ dans celui d^^^ 7, t:fr '''^""""^ '''' 
ClouJ. "™ «"> «'"'S le nom de Saint- 

T""tlemomledit:7?„//„„.j.Et „. o„ 
quil faut dire: A,„.|'Elane n7 ,'^"P"'"-'"'t pressentir 

n-tpasseuleme„tu„ecoLmede";:7" ^'"° '-"""• ^« 
les substantifs en aon .« ,. ^^""" ""■■dest; tous 

-'"^ « n> a po«;';:i:e'';:pt7:"if "-'r '-"•'-" 

propres qui viennent du -rec T J'"'" 'l"" '^« ""'"-^ 

Tout le monde pronn„.: c;^^''"'""' f '^"''' ^'""-"• 
^".™..econ..rinte:7.,r:'î:;:r 7'^'"'^"'^ ''-- 

= "'-''' /"'""'"■. ""«elle ,lu /«„„. 



3>''ï 



54 



EN TEMl'S DE GLTEURE 



bourgade, mais l'histoire la connaît ; avant dV-tre témoin des 
luttes d'aujourd'hui, elle a vu l'une des dernières victoires des 
années de Napoléon. 

A mesure que l'inatniction s'étend, que la lecture et le 
voyage sont perniia à chacun, le peuple, qui apprenait le 
fran^-aîs par l'oreille, l'apprend aujourd'hui par les yeux ; il 
lit les nouia des ville» dans les journaux et sur les mura 
des gares; il les épèle comme l'enfant en pronon<;ant toutes 
les lettres. Dana nos vieux manuels do géographie, des 
notes avertissaient l'élève: "Prononcez Sainte- M f.non^ ^^l/t 
Lonffhoiif/."^ Pourquoi ne le fait-on plus] Toute tradition 
qui se perd change le caractère et le visage du pays, — Z, 

— Jouniiil d< s Ddbata, 4 mars, 1916. 

AU FIL DE L'EAU 

Comme les eaux de la Seine avaient baissé pendant la nuit, 
une des grosses péniche s qui étaient amarrées depuis plus 
(l'un mois près du pont de Solférino se décida, dimanche, à 
reprendre ses voyages et son travail. Un remorqueur trapu 
s'approcha d'elle et lan^-a un câble; il se dirigea d'abord en 
ligne oblique vera l'autre rive, puis, quand la corde se fut 
tendue, il cracha de la vapeur à droite et à gauche, comme 
ua poney qui s' ébroue , et, à grand effort, piqua droit vers 
l'arche médiane du pont Royal. Et ainsi la péniche repartit 
lentement, dans la brume dorée du matin, pour porter son 
précieux chargement de houille k ceux de l'Est. 

Un peintre, e mmito uflé dans sa barbe et daiis le col de sa 
pelisse, avait installé son clievalet au bout du pont, et jetait 
fiévreusement sur sa toile les premières touches qui devaient 
figurer les quais, le pavillon de Flore et la niasse grisâtre de 
la Cité. Qufilques passants s'étaient arrêtéa au.s.si et regar- 

' Bry, Long^houy. Les noms do lieux Uont ou duiuie iui la pruiioucia- 
tioii sont i)rol)alik'iin;nt liriey et Longwy. 



m 



EN TEMPS I.E (iUEHKE gg 

sont nos amis ! ^"' P^'"™' P'""" l'assurer 

tc^.:tï:;i:r r-'^"^' '^•-^ "''^^ '^""-- '^- 

navis.teu.. 'l.:: llteTZ^Z: '''"'' l'' '"' '- 
dV..rvus d'aventures etie d 1 T"" '^ P"" P'*^ 

mouvantes, sur lesgueLrJ ' 'V "'•■"' '"' ^^'"«' ""^'«^ 

de long, :.iJs7ZT::-r"'7 '"v'""-^"" •^■' '"■■^' -"» 

l'allure résignée des deuf ' ^ P'"lo^"phie dans 

cl.e»indehala.ea.an dV:'":''"1 '''" ^'^ ^"'" ^^ '« 
co»„.edan3„ne°LllNr ' "'^' '""^ '" •«"^^"' 

len.ent im„tr. p rM^Zth P h"" "f ' ™'"'"« 'P'"'-'' 
ponr habitants k '..fr ' ^'"^ ='^'^'"« P''"''^h« avait 

Louveau-ucur d'or «'"""","" ''■"^ '""""■«-''' ■'-™ 
pl- un aide nS^ra ""; ""'"?"-"'' ^^P^^ts L„uveau, 

Pieetunchien Le n.Tn T """ '""'" '*" ^''' -- "»« 
^lève „„ enflât tr, u^ XjorrT '?' '^^^ '■'■^-"'-' 
plus tard) le fils d'un rLe ' t T " \ '™"""" °" '«^ «"' 

"n jour de grande crue In ," "'"'"""^ ^^ •"'''■ Or, 

.•euseinfda:!:ri;:-r:^r?T:t,r:'r"^"^' 
•iui est devertirXr;- 1"^;:: T"^' ^"" ^-' 

Clara, fi„e aîn.e <,e ses bienL 'r ' Ft .'n'Cl '" ^'''' 
leur rc.nian . . Ouie«n„„„ ^^-I^J" »> attendrissais sur 

''e son âge, rhls^r r^r^l^'™^' ' '^ '""'™''- 
point eonsidc^rer tous les ni •"""'' "" P""' P"' '- 
.ens Pleins de ^.ritel^^l^grr:;:::,:!—'"- ''«^ 



1 



:{?:: 



m' 



8ê 



EN TEMPS DE QUERKE 



Aussi, quand les journaux ont annonce, cette semaine, que 
rëtat-major de l'armëe avait ducidë de mettre en sursis d'appel, 
pour les renvoyer à leur bord, lea mariniers auxiliaires ou 
appartenant à la réserve de la territoriale, ainsi que les 
spécialistes territoriaux, je nie suis réjimi de savoir que 
l'activité de la batellerie redoublerait bientôt, pour la défense 
de la nation, sur les voies d'eau de France ; mais je n'ai pas 
eu moins de plaisir & la pensée de la joie que vont éprouver 
une quantité de familles Louvcau tout le lon«^ de nos 
rivières, — U. —jaurvnl rf».-* D>'huu, 9 mars, 1916, 



II 



' XU 

RÉFLEXIONS D'UN IMMOBILISÉ 

Il n'y a plus aujourd'hui chez nous qu'une ligne politique, la 
ligne du front, qu'un parti, la France. Rappelons nous plus 
que jamais la parole admiraVïle de Vergniaud, à la tribune de 
la Législative, quelques jours avant Valmy : ** Oublions tout, 
excepté la Patrie." Toutes les polémiques qui ressemblent à 
celles d'avant la guerre sont vaines et périmées; les pires de 
tontes, les plus stériles et les plus néfastes, sont celles qui ont 
pour but ou pour effet non seulement de nous désunir mais de 
nous énerver et de nous affaiblir en nous divisant. C'est déj^ 
an méfait que de trahir le pacte consenti de V '* Union sacrée ; " 
c*est un attentat que d'exciter des rran(;ais, des concitoyens, 
pendant la canonnade de Verdun, & la haine et au mépris les 
uns des autres. Ne nommons personne: le silence est une 
opinion, le dédain aussi. Tout homme qui préfère son parti à 
son pays, ses idées ou sog rancunes personnelles à son devoir 
présent et urgent, sa petite cocarde particulière au drapeau 
national, est un mauvais cito^'en. 

Cliacun, dans notre pays, a fait son devoir, le fait encore et 
le fera jusqu'à la fin. L(^3 socialistes ont fait bravement leur 
devoir de soldats et ne deni;m<lent qu'à continuer: tel anti- 
militariste notoire d'avant la guerre s*est battu, s'est fait tuer 



EV TEMPS DE GUEBRE gj 

comme un Iiltus. hot instit...» i 

lea rul,,-.ns routes rou-^, ,I« * ''^ ^'"-''■™. 

je ie -:,éte, je Je reci.T.i e„co,; je ;■„;,„; '" ''" ^'^ '"' 
-. qui ne suis rien qu'une v i^ IT Ir^ r^^"" ""■^' 
aux Allemands qui , m, rn j ^ donnons pas 

-'•'f«illance ou de discorde (^IT ' '■'"'"■«™-'. "« 
inesp^r^o de n,„„ voir nous d'I " "'"""> '"'"^ J™« 

mêmes. "' ''"''"■•'"• «' "o"" "iminuor nous- 

-"escHe.,a«vonte„uz:::zr:"ir:r' ^"^ 

soupe, boiventleuM,.PP„f i . '"="^' ""■"gent U rafinie 

c— . u ^:: zr^ :c" ^- -- '--''-'". ,a „.„« 

Croye.vous que CCS deux.. poiu" • V'''^^'''"''- • '' 

fraternellement, qui pertes' .V T '"""" "''« ^ '="'«• 

;;.^-d™peau,;oicrc : r:„vrr"'^""' '^ 

ouvrier et le pa,,., rin.,tituteur et X" t" '• 7"''"- 
•--geois, le riche et le pauvre-,,ue ,« "t 1 T î.' '' '^ 
«Pinion, U nuance do leur espritTt 1 , " ^^ '""' 

-ne opinion î II, eu ont une "' '' ""' "" "^P"' «' 

faut vaincre à tou prix ""'■"""',""■ '™"^""--- «'-"^ q"'" 
"atal, repou^er et r, ,'„:;:: i"'""'". '°"'' ''•^■"•- le sol 
-™epourtou.,.anr Jr:'"' T''" "'•'^''' ^^' '« 

-verra. Mais sWrin, d 'L ni ""'!, ''"™--"- Apre., 
parti. ; se battre . lerÂa,, Ï ' ''"'" ''"' l"^'^"''' d« 
-tour de ce ."i.érable ^et ^ir'".-""^ "' '•"'^'^«-' 
encrier, pour rallumer d'In iens d J"' >" °" ''PP'-'''^ "" 
"anciens différends ou assouvir de 



58 



ES TEMPS DE GUERRE 



vieil1<!H rancunes, cVst la plus triste des campagne» et la plus 
niai-se (les petitoa guorrt'H — oli ! oui, toute petite celle-là . , . 

Ci VIS, 
^Journal il> H M'Vm/-, Il mars, 1916. 



I 



i 4 



XI.U 

LA RUPTURE ENTRE L'ALLEMAGNE ET LE 
PORTUGAL 

I 

Nousi avons dit liier que les relations de rÂllemagne et du 
Portugal étaient devenues tivs ditïiuiles, que les familles allo- 
niamles quittaient en hâte LislKnine et qu'une rupture des 
relations diplomatiques était h. prt'vuir. C'est hier qu'elle a eu 
lieu. 

Voici la dtîpêche officielle «lUc l'rm a rei;uo à (îenèvo, trans- 
mise par l'agence Wolff : 

Berlin, le 9 mars. — (Officiel.)— Le ministre d'Allemagne à Lisbonne 
a été avisé qu'il avait à réclamer aujourd'hui eea pa.«Bep4jrls au gouverne- 
ment portugais en lui remettant une déclaration di'taillée. Le ministre 
du Portugal à Berlin recevra en même temps sus jiasseports. 

Cette décision ne peut pas surprendre. Klle était presque 
fatale après la saisie des navires allemands et !(-' silence 
catégorique par leiiuel le 1 ortugal répondit aux impérieuses 
sommations allemandes. 

D'ailleurs, depuis le début des hostilités, le Portugal était, 
en fait, en état de guerre avec l'Allemagne. I^e gouvernement 
impérial essaya, en efîet, de s'emparer de la colonie de 
l'Angola ; cette tentative échoua piteusement. 

JjOj/icid de Lislxmne publie un décret convocjuant ino- 
médiatemenb les réservistes de la marine. 

A Mailrid, un Conseil des ministres s'est tenu p«iur étudier 
la «ituatiou créée par la rupture îles relations du Portugal 
avec l'Allemagne. 

—Journal iké DébatSt U mars, 1916. 



69 



Manifnution de 



■W TEMl-S DE GUEnRE 

XUII 
fOUR LA BELGIQUE 

française, président do l.fh. ^"'"j"'"'''' -1° l'Aea.iéiBic 

-^sdi,w.,.e.defc.rs:-j::it:s 

3^nce et p^„„„ee .eÎ.l:;":;!:;';*"^ '"''"''■ ^^ "^ 
DiKour, de M. P,ul De«:ha««l 

compatH„te.„ Le nL^ ' .l ^J^L"" 7^^'^ ^^ ^- 
"ne seule Ame, u,. seul c,e„r P , , ^ T' *" ""'^ *^™"^'"' 

olmir est nutre ehai, Z^lr '""'" P""^ ""'™ «"'"'• Ta 
civilisation. Ou'TeJ '■""""'™ "^ ""-'^ ""'^ 



îf^*! 



60 



EX TEMPS DE OUEKKE 



foi, en tea gouvernnnlM, eu ton roi, qui fait peiiHer au mot de 
Kant : " Deux chuses me roiupli.sHviit d'une admiration 
toujours gratuli»siiutu : lo riel éloilë sur ma léte et la lot 
morale tiaiia nmii cu'ur " ; en Ui reine charmante, tout courage, 
elle auNsi, tout intelligence et tout dévouement ; ô Belgique, û 
ma seconde patrie, je vénère en toi la pure cime <Ie l'idéal : 
l'honneur ! 

Et nous Frant;ai.s, en cotte hcui-e do danger et de gloire 
Huprt'ines, renouvelons ici le serment aaeré de iio pas cléj>oMer 
les nnnoB avant d'avuir rétabli cette loyale et fière nation dans 
sa pleine existence ! 

Vive la Belgique libre et glorieuse ! 

L'assistance, très émue, applaudit aveu enthouisiaumc. 

JjQ quatrième discours a été prononcé par M. lo Imron 
Beyens, ministre des affaires étrangères de Belgique. 

Discours de M. le baron Beyens 
L'orateur a rappelé les souvenirs — souvenirs d'élève du 
collège B^llin, 8t>uvenir9 d'étudiant — qui le rattachent k notre 
enseignement; ceux aussi qui le rattachent à la politique de 
la France, car, on ne l'a pas oublié, au moment de Taffaire 
d'Agadir, M. le baron Beyeng était ministre de Belgique à 
Be!'lin. L'éininent liumme d'Ktat a insisté sir les inquiétudes 
et les angoisses que causèrent, chez les amiï^ de la paix, les 
visées politiques de l'Allemagne et ses intrigues. 

M. le baron Beyena a provoiiué lea applaudissements tîo 
l'assistance en faisant uluaion à la fidélité de la Belgique à ses 
engagements, au martyre qui lui fut imposé du fait de cette 
fidélité. 

Nouveaux applaudissement^4, nouvelles acclamations quand 
il rend hommage à l'armée de la Belgique et à son noble roL 

M. le baron Beyens a terminé ainsi : 









A riieure sombre of. „„„, „„„„„„ , „ , . 
muette «e repon.l que pnr u„ 1 ^"'«"1"" "'"Imiiide et 

-n-ne aux in.nult o^ "" "' ''"" ""'P''' ""^ violence, 

»"um.ir elle i„,p,„rât )„ p„,r7u" . ' '""' '"^^ ''o 

jusqu'au Havre . . . '^ ""' P''""'« «ï'» «" Wse sentir 

--p-^...-.«e.up„t..ioti.:£;;t:;ir'^-''-'- 

tressaillant le ca„o„ loi^t^^ ! V ,"""' " """'"■'" «" 
•l":;;ne partie f„r,„ida,,,e so jouait U e,""' ^"° " ^""'P''" 
vaillance f,.an,aiso sort ,1e reCt î T ,? '""""'"'' <"» 1" 
«"■'tre la puissance forcenée a fj", ""'■'" '^'' ""'«>"« 
''-"•••«t ou de l'avance du X. -^'"'^ ''" '"' ''■^''■"•'•-•- De 

'•■'venir de i'Kuro,;:t^sj::''':;;7'° :"^'"^"'^ •^^'p-'^''- 

de vivre, de .'c^paLui, lil.r „!? "''"°'"""«. •'-■«■..se, 

travail et de leurs eflortsau^L ■"'''"'''""• '« '■"»" de leur 
LM-stoirenousenseigneTue;.'!?;'" ""''" "" ''"""'"''^- 
J-«i» qu'un instant^ous' : p ;™r '"P™" - - Replace 

-^-au.oscii,aeionsqueie:::rit£:,:'î:r^'^"'''/ 

r- carte de l'Kurope pJùllZZ: ' ^'^'''"•"'' '''^ ^--• 
P- une teinte uniforL c^L dt ' "'""' "''' "" "^^'■^'•™ 
«-manique, parodie et rkun-ecUo ."d,,"'"' '"'"' ^'"P"" 

'"'""q'-e, qui auront proun ,' " T ' ^'^ '•"-'"'nts 

-constituer et ,,ar reprenZ uT "" ''"''•""^ P^ - 
une atmosphère purifié,, „,, «„„« f ."r'""™ ™""""ne, dans 

r-ite. nations nL..,i:r„:rp:"':ir'"-'"",\f<''''p-- ^« 

f™»ee. Ce sera un de, nîu I ''" '"'' '^"■™''t ^ '» 

Pay«, Messieurs, d'avoir LeU::"" ■ ■'" "" ="■"•- ''<' votre 

««; le p..ne,pal ennemi, comme vient 



62 



tS TEMPS DE nUKRRE 



de rup|>el«r Guillnurne IT, des t>pprrNtieur!« et !«* viitrun-ux 
soldat de rindépendHiiire dos iiuti'i-^ nations. 

1>('.Hiu*clumatMms, des bnivos, des cris dfl "Vivo la liel^i(jue!" 
saluunt cette ëinouvante péruruiHun. 

— Journal lien Jtrfiulg, 1*2 mari, IIHH. 



XUV 

RÉFLEXIONS D UN IMMOBILISÉ 

Nous avons le droit dV'tre fiopH, dV'tro satisfaits et presque 
joy*>ux. L'iiti'n no unuri viendra certaiiieiitciit pus de fttiro len 
vfintunU et les fanfarons: ce n'est pas djins notre miturc ; 
nous sommes, ait fond, plus niiMlestes qu'on no lo croit, qu'on 
ne le croyait du moins, en Allemagne et un peu partout, 
avant cette guerre. No prenons pas à notro ennemi les 
défauts que nous lui avons justement repHtcliés ; la vantardise 
et l'outrecuidance. Nos admirables soldats et les chefs qui les 
commandent n'ont pas besoin d'être fleuris et enguirlandés de 
compliments hyperboliques ; ils savent co qu'ils ont fait et ils 
ont conscien-e do leur etl'ort. No versons pas, d'autre part, 
dans cette modestie éléyantc, nmis exaLit'rt''e. A chacun son 
dû. Nous ne serions pas seulement injustes, noua serions 
ingrats si nous no di'eornions pas tous, d'un nu'Hie cœur, à 
notre artnée glorieuse et h sim haut commandement lo tribut 
d'éloges qu'ils ont si amplement mérité. 

No méprisons pas non plus notre ennemi, sans lo flatter 
par <le3 conqiliments liypocritca et à double fin. L'Allemagntî 
n'est pas b, bout et encore moins h, bas. Klle a jhtcIu, je crois, son 
panache, mais elle a encoio son cascpie— et son armure. Vous 
vous rappelez les anciennes rodomontiules do Oiiillaume IT : 
" I/épéo aiguisée, la poudre sèche." Lo glaivo alleniaml est 
ébréché, mais le poignet qui le tient est enatro valide; la 
poudre alleniantlo a été mouillée par TYser, par la Marne et 
par la Meuse, mais il en reste toujours à, l'Allemagne une 



l>oniio provision. Ses «„l,l,., i 

t-"l«. lou.omeien. u ;," •-"••■M.i.... ; depui, ,.,e,,„„ 

<l"™"tetdis,.,,;ii,„f. „en' '"'""""' ^ *' ost t„„j„,„.s en- 

"" '='"-''■' -n,i„i„ du cobs'rr" ';"' '"™ "•'■'' <''-Pt""i™.e, 

■'"-•Sio et dWtivi " ' No r"'"' ''•' '"''"'"'l-r-l» vigueur. 

«■'t^ du front: la r..,i,;„„ee ;/""""' '"'" ""■"l""!'- d" 

™"™ge plus l,ril,„nt et ,Z,f,:f '"'''' •"' ^^"^ --"-Je 

;;--1-. Nous no seroSit de «""T"' ''" '" "'"-' P'^ 
'arrière, nous montn,,,, n "'« «^''«''h «"Idats ,,„e si, à 

'»">^."oo„ritd;;i::;, ::::;-;• '—-peu. Lesu™. 

«■rrons fidôleuient, étroitement ! ' '' "' """^ "o"» 

-■'■- on disait ;„:t;t7''"'''"^ 

c.-luidetousle.,Fm„«is cl '"■■'" """'""^''' M"! est 

'fo elK«e à cotd de ee .ioe «ont „ ,"'"" '"'""""' ^^' '""" P"" 
f--ns n'est pre,„,ue .n Tu " i T" "''''"''^ ' '" '"'« ""- 
"■"■^l^jour,. Poura Irl I*^ ;" ™ ''"'"'^ .'^.nplis-ent 
»-'>-•-. ci-en être oltlt ;''■'""'":" ''^" ''« """-".'■" 
'>'-Hno,roe„,p,„i ,::,:,'::, ""• :'""="" •■ ""^- P-^e et 
■"■■'ix 'In leur ressembler .^e , l„ ,' ''" "'"" f^"^ P"'"'i''l'-. 

i'"'^ *'M plus. . 

Crvis. 



ii- 



~.lnHr„.,l ,!..^ hrl,„U, 



W iimrK, lîïl^. 



64 EN TEMI'S DE riUeilHG 

Xl.V 

UNE CONFÉRENCE DE L'ABBÉ WETTERLÉ 

Rouen, le l'i mai h. — En pit^aeiico des autoriK'a civiles rt 
militaires et d'un pulilic choisi, I'uIiIh! Wi'tteili', uiiciiii (li'puli' 
nu Reichstag, n dut, nu tlii'iilie des Art«, h, Uiiuen, une confr 
renru nu profit dm iiuvri's île guerre, sur " l't'tnt <r&rue prônent 
et poHstS des Al8ncienH-Ix)rrftinK." 

L'oniteur a in<lii|u^ lo grnnd nombre du généraux, d'oHicinn 
et d'engagés volontaires nisncions-liirrains dans l'iirméo fran- 
i;aise et a montré "l'altaelH'nH'nt de ses conipatriotrn k la 
France, leur patrie, comme l'ont juri Keller et Gnwjcan, & 
l'Assemblée nationale do 1871." 

Pes applaudissements répt'tés oni ai-cmilli les paroles do 
l'abls' Wptterlé. 

-Journal (/<■« Dr^hii/M, 14 inarn, 11H*». 

Xl.VI 

LES DEUX ÉCOLES 

Sur cette ligne île tramways, il y a deux conductrice» ; à 
quelques minutes près on rencontre l'une ou l'autre, la blonde 
si l'on est en avance, la brune si l'on est en retard. 

La blonde a des cheveux lins, des yeux tendres, une douceur 
que le bonnet de police rend plus douce par contraste ; tluetto 
et souple, elle se faufile entre les voyageurs encaqués dans le 
fourgon sans déranger personne, f ait la recette en silence, ne 
se trompe jamais, ne donne point un billet do 10 centimes l'i 
qui en veut un de l.'i, a8.siste patiemment aux fouilles de In 
grosse dame qui cherche son porte-monnaie d'abord dans son 
manchon, puis dans son sac i main et finalement le tire de son 
corsage ; d'un signe imperceptible elle salue l'habitué avec une 
gentillesse de petite souris blanche ; c'est Cendrillon receveuse 
de tramways. 



E.V TEMI'S DR HlIKHnf; ,^, 

'« ton ..u oo „:,::::" ;ir:" '"'"'"-' ' "'" «' 

•lie «st maîtresse A 1»,„1 et n '?" '" ' ''" "">''■-• 
f-" ^u„..., elle Ci ';.l:^/,r''- --io„A,,i 

... .1 ,-v.„ ,«.,„., .,„ ,,,;;,;'■ ■;,"•■ ;;'■ "-*™ 

avec l»a voyngour» " Fll„ „ i "'*>'""''• "•'« smn i.,,lie 

Vent-i, A a'.W,.,.„„,p J'S,:„t^*':!;.;":f ^ ^ ' 

montrant le clavier de hm n, • ,• ''" '^^"'^ ''•" 

P"-.t.leKA,t8. SivoustomUv ,■•?■ ^ ^ " P'""' ■"••-•t ''" 
d"..8 la contr.,verso ■ elle v r/n '"""" ""''■ ^"" ""^•"'l" 

ve".,ur. au. dan^e, iirSi:^"''^^ ''^'"= '"^ '"■ 

Comme les militaires, elle ain.. 1 „ . 
-nt ae, différend» ave; s! e^ i"^^"" l'^ T'^T' •>"' 
-naine dernière, Monsieur. „ . v «„, „^?^ P'"" '"■;"<."« I. 
qu un voyageur .Stait descendu en m! . "'%,""'"''™ P«--'--e 
pa. les retenir par les jan,,:,; 'a '^ '"■"'' P'-""" 

fr-ime poussa «„ cri de détresse' •" I' \ """"""*' ""« 

histoire, avait brûlc^ l'arrêt dTr ; ^ :^ """"'"'' '""'« i son 
Je voulais dosce-Iidi:?--;!' :,,ï;'';'':- ''"-•^ ^'"d-ne, 
je l'Hi dit, Ma.lame; je J " '^'"'' "'"'•"""- Mais 

1 »_ _ _I ' 



Og EN TliMI-S DK (JUKHRE 

"Non, des foi», que je lui <lis Ji ce vieux, vous ne voulez tout 
de mémo pas que je les retienne par les jambes ! . . . Kh 
bien! vous ne savez, pasl à la station suivante, ce vieux-là 
aussi a descen.lu trop vite: il s'a cassé la tête contre le 
trottoir, même qu'il est mort le lendemain à Ueaujon." 

Noua npprocliions du Ix)uvre. La dame au Ixmnet de 
police nous Ixiuscula (Kinr faiie lo ménage, formant la porte de 
droit«, ouvrant elle de gaucbe, sans cesser pour cela son 
iliscours: "Quand }Ion peut descendre en marcl.e, on 
descend; quand Hon peut pas, on fait pas le jeune lioinme." 
Ayant proféré cette maxime, elle retourna sur nos pieds une 
plaiiue de fonte et d'une voix «pd ne stjulïrait point de réplique ; 
"Terminus ! dit-eile, tout le monde descend ! ' Z. 

—J„„rmil '!• - A',„(,. i:. in,ir», lillli 



J-> 



M.VII 

DÉPUTÉS MORTS SUR LE FRCWT 

M. Paul Desclianel a rendu hier à la mémoire de 51. André 
riiomo, député de SeineetOise, tué sous Verdun, l'iiommafie 
énm qui lui était dû, et auquel toute la Chambre sVst 
associée d'un co'ur unanime. C'est le sixième membre do la 
Olianibie qui paye .son tribut à la patrie -n danger. Ix) 
souvenir des collégu.'s .ainsi disparus est glorifié pieusement 
au l'alais-lioHris)n, et leur siège vide, voilé de crêpe, est un 
témoin éloquent de leur héroïsme. Il convient de rappeler 
les noms de ces r<'piésentants du p^uple qui ont mêlé leur 
sang h celui de leurs électeurs, et qu'une plaiiuc «le marbre 
mettra éternellement, nous n'en doutons p.is, sous les yeux 
do leurs sue.-esseurs. Ce sont: Chevillcm (ISoucliesdu-Uhêne), 
(h! la gau(^he railieale; Pierre (Joujon (Ain), do la g.-iuclie 
radicile; Chaigne (fliromh^), des républicains do gauche; 
l'roust (Savoie), du groujw des non in-:erits ; Norlier (Seine), 
dit la Kéilé.v.li. i.blieaine, et Tliome (Scnne-et-Oiso), do la 



EN TEMW DE GUERRE 



er 



g«ucl.e <l,.,„ocmt,.,uo. Uar. c„m,,atnote, et leurs groupes, 
plus ,«rt,cul,...e,„.„t frappés, ne 1,., ouMioront pas et t^n 
dro„t i ,„„„ter U garde d'l,u„,„.ur do leur «-roueil 

—Junrml (/.» D,:ijal.s 10 nmrs, 1(116. 
Xl.VlII 
LE RETOUR DU POILU 
Depuis dix-huit moi, qu'il ne se rasait plus, il avait une 
moustaCe de Gaulois, une l.arbo ,ie sapeur, des favori; ni ," 
masqua,ent les yeux ; c'était le poilu le plus ,K.ih> .le «oute la 
con,pag„,e. Quand il pe„s,vit i son village <le ïouraine, il 
naît de la surprise qu'auraient les gens de là-has. 

Sa première permission de six jours lui arriva si l,rus„ue- 
mon ou .1 „ eut pas le t«„,ps de prévenir ; il „,it une Loule ,1e 
son dans s,i nmsette et sauta dans le train. Il roula deux jours 
et deux nu.ts^ De la gare au village, il y avait un rul.an de 
queue; ,1 le fit au pas do charge et il avait si fi;.re allure .sous 
^capote boueuse et sous sa lK.„rguignott« que les passants 
saluaient avec admiration ce gaillard U tous crins. 

A l'entrée du village, le facteur fi„is.sait sa tourn.'-e, le p^re 
l^ret, un lH.nl,om„,e ,,ui n'avait .l'autre .léfaut que dain.er un 
peu trop la cvusetto chez les n.archands de vins. ■• Tionjour ' 
-lionjour!" Ils échangi.rent quelques paroles .■or.ii.les ■ 
■'.a..-, le poilu vit bien ,,ue le facteur ne le reconnaissait pas' 
Qu.«t-ce ,,u'on dit chez vous !-- Dame, ,m dit que c'es, |,L 
^-Pafence! ^a finira.-(;a fini,,,? , . on dit que .saus les 
<^u,-,.s .;a n'.nra.t peut-être pas commencé ... on .lit aussi 

-lu ds ne se batteut gu.'.re. -Il no faut pas diœ ..a, ■ , l,r.-,ve • 

J.m a, un .k„s ma tranchée; il se b,„ just,. auta.t ,,u.. ...oi.-! 
reut-utre bien 

I>^ voyageur continua sa rouf, .lescen.lil la grau.le rue, passa 

-levant la foutan.e où l..s laveuses sourirent à Ile n.i,,,. ,.t 

tournant près de l'.^glise, frappa au p,e,byt.-.re. Un,. f,.n,„,; 



68 



EN TEMI*S DE (ÏUEIIRE 



entr'ouvrit ; c'était une vieille à papillotes, robe et tableaux 
noirs, moitié domestique, moitié dnme, .l'une amabilité tem- 
pérée de méfiance. A la vue du miUti.irc, son front se 
rembrunit: "Qu'y a-t-il pour votre service 1-Mademoiselle, 
dit l'inconnu, je suis en permission, de passage dans le paya ; 
je viens voua demander pour ce soir le vivre et le couvert.— 
Monsieur le soldat, je regri'tte infiniment; mais ce n'est pas 
possible : monsieur le curé n'est pas là, il est au front.- Je le 
sais. Mademoiselle; nous sommes de la m-'ine compagnie et 
c'est lui qui m'envoie. Il m'a dit " présente-toi de ma part à 
Euphrasie " et il m'a assuré que je serais bien rei;u." 

Eupbrasie leva les bras au ciel. "Voilà bien Monsieur le 
curé ! il sera toujours le même ; il nous enverra toute la troupe. 
Depuis qu'il est parti. Monsieur, ça n'arrête pas. Vn jour l'un, 
un jour l'autre ; c'est à croire que l'armée entière commît 
Monsieur le curé Je m'attends qu'un do ces matins il m'en- 
verra le général J offre ! Au temps d'iiujounl'liui, tout cela 
coût«: nos poules ne pondent pas; le bouclier ne donne i>as sa 
vian.le pour rien ; le Imulanger non plus ne travaille point 
gratis et Morisieur le curé n'est pas riche. C'est l'agnei-u <lu 
l»n Dieu ; nuiis il n'a point de r..is..n. S'il faut que je n.iur- 
risse tout ce monde-là, n'y a pas .le fortune qui y résisterait. 
Telle que vous me voyez, Monsieur le soldat, jVn ai il.'jà trois 
là-baut, et .|ui mandent et qui boivent ! Je n'ai j»...ai.s x u des 
api«-tits pareils. On .lirait qu'ils n'ont rien eu s.,u» la .lont 
depuis le mois .l'août de 1914. Voyons, M .detnoiselle, qu.nd 
il y en a p.>ur trois, il y en a p.iur <|uatre .le ne suis pas 
exigeant: je n.. .len.and.^ ..u'unc pailbissc. une .-Imi^ne et une 
miche ..." 

_'■ All.ins, .-nlrez, dit Kui.lir.isic ; je nv peux pas renvoyer 
un honnne (,ui vient .le si loi... Kt puis un .le niobis, un de 
plu»! Ma.» il n'y a pas de Ixm .s.'ns : I*s militaires ont 
dévoré touU's m.'S rilletU's, tout.-s m.-^ .•<,nfitur.>s ; ils ont bu 



EN TEMI-S DE (ilKHI'.E Qg 

notre Bourgucil,' ils ont l.u iiolrv %iii ,i„ mes»... l^ hien .ie M. 
le curé y passe™. Quand il n'aura plus le sou, c'est-il le 
gouvornenicnt qui voudra lui en rendre .'" 

Le voya^^ur avait di!iH.sé son cas.|uc et sa musette. Assis 

prè.s do la cheminée, il regardait mademoiselle mettre la nappe 

et le couvert ; la brusquerie do ses gestes montrait quelle 

nVtait pas calmée. Du f„„d de la cour on entendait des 

aUnements furieux: "Vilaine bile! nmu-réait la vieille 

bonne; attends, attends, j„ vais chercher le martinet! Mais 

qu'est-ce qu'elle a, à faire un bruit pareil î " A <e m,«,ent, la 

porte ayant cédé, un molosse fit irruption dans la «.lie à 

manger et, renversant les cha,s.s, se rua co.mt.e une trombe 

sur l'inconnu qu'il couvrit de cansses : '• Ah ! m..n vieux Tom, 

dit le militaire, tu me ,;■<■,.{, nne„x que Phr*.ie ! Jésus! 

s'doria mademoiselle, ee serai, il v,.„s Ab.nsieur le curé?"— Z. 

-Juiirml ,M< lUImU, 17 mare, 1916. 

.\l,l.\- 

DIVERS 

Le général Roques 

1x3 nouveau mirustro de la guerre a passé la majeure partie 

de la journée d'hier rue Saint- l),miini,|ue, oi. il a pris contact 

avec ses services et couvc.r.sé notannnent avec les collal)orateurs 

de son prétlécesseur. Il a éj;.al,.,nent re^'u quelques parle- 

mental res. 

Le général Uo,|ues n'a pas encore constitué son cabinet. 
Toutefois, il a amené av,.c lui do .son quartier général un do 
■ses olficiers d'.inloiiimnc-e, U, capitaine Moulin, qui demeurera 
■sans doute parmi ses ci>Ilali.irateuis 

Le général Gallieni 
Le gt^néral C.allieni, ancien ministre de I» guerre, qui, on lo 
sait, est aeluelleme.it à Versailles a revu, jeudi, la visite du 
Président de la liéi)ublic|ue. 






il 



ff 



'Bourgueil, un hoii vin ruugi) «le I:. Timruit. 



70 



EN TEMPS DE GUERRE 



L(! ^unûral (raliîuiii aem op^n! prochainement U l'hôpitai.de 
la rue Maurepas par lo docteur Luis, auMintfS du docteur 
Ma ri on. 

L'incorporation de U classe x888' 

Lo gouvernement a décidé qu'une première fraction de la 
classe 1.SM3 sera convoquée. L'incorporaLioii est fixée au 31 
mars. Seront seulis appelés les célihatjiires et les hoinines 
mariés, veufs et divorcés suiis enfiiut vivant. Seront con- 
sitléré.s comme vivaius ](>-> HU tués à Peiineini uu morts en 
service cointuandé des auiles do blessures. L,\ totJilité du 
contingent sera omployéo dans les usines do guerre ou divers 
services spéciaux du l'intérieur. 

— Jounnil (itM Ihihat-*, 19 mars, lilltî. 



LA LIGUE DES AMES 

L'Allemagne avait déjà des cartes de pain, des cartes de 
beurre, etc. ; elle a miùnteaant des cartes impériales de 
condoléances. Kri Allemagne comme en France, il n'y a plus 
xuére de famille où le deuil no soit entré. On dit que 
l'empereur Guillaume a t'ait imprimer des cartes de condoléances 
qui sont adressées do sa part h. toutes les familles afiligées. 
En voici la formule; '-Je jure que je n'ai pas voulu cette 
guerre et je m'associe à votre eiiagrin.*' il jure! , . . 
L't jnpereur l»'vela main devant lo tribunal de Dieu et lo prend 
à témoin. Est-ce un faux serment, un nienscmge do plus 
ajouté k tant d'autres, une sorte d inconscience, cynique ou 
naïve, ou le commencement du remords? On ne sait. 

On voudrait croire que c'est un i-emords, mais celui là est 
tardif ei. iin-cevable. Si l'empereur n'a pas voulu (a guerre, 
c'est lui qui l'a déclarée. En admettant même que la 
responsabilité en retombe surtout sur son fils, lo primée 



Ma classe i888, les Boldat» qui en 188ïi avaient 'Jl atia. 



E.V TEMI'S DE GUEllIlE 



71 



coupai,!,., pui,.,u' 1 _,,„„ .^ ' r""'- ^"'"""'"e II -st In gr,u„l 

'-^'o; ii .t:^t,. i :rxr "^"■^"''™'^'^""- 
P-.uravoirétél-t.in, C°'"l'""aMt, „■ «uil|,,u„,„ le F„l, 

'i«i...u.s avec lui f •,■„,„' V P""'''** ■"'''■"■" c™" 

for,,™. E,.core i,lu! ^ï ' ""'"*"•""" l"-»»»!"" 1^' re„du. 
■esouvenir eTn„;,;r" ''"" ""-• '^ P---U= e. ,..dera 



I^Ji Kr:ifH't\ 



(loue 






7a 



EN TEMPS DE OUEllRB 






elle verse, tuuH les jour», le plus pur de son suiig, le meilleur, 
le pluH gënt^reux, p<jur la liberttS du tnoiidu, pour la liberté 
même de ceux i|ui se contentent de lui exprimer une admiration 
plHt4>i)î(iue et des Hyrnpathitts inaolivo-s. C'eHt elle ijui pourrait 
dire, à la face du ciel et de la tt^re, sans avoir besoin d'envoyer 
dos cartes pour cola: "Je jure 'lo jo n'ai pas voulu cette 
guerru." Klle a le droit d'ajouter: " Mais jo la mènerai, je 
la soutiendrai jusi{u'au lx)ut, avec l'aide do mes loyaux et 
fîdèies alliés, et de tdle sorte que nous clorons peut-être, pour 
longtemps au moins, l'èi-e de ces boucheries, ndes de l'orffuflil 
meurtrier d'une nation de proie ou de la folie et du caprice 
d'un despote sans entrailles. 

MoD nom sous lo aoleil est Fraiicu : 
Je reviouilrai dmua \i\ ulailé ; 
J'apporterai la di-Uvrance ; 
J'amènerai la liberté. . . 
(Victor TIitoo. Légetule d.:i xith-U-*. I" Bèrie). 

Prenons patience et ne h&tons pas la Destinée ; ne la fati- 
guons pas de vœux inutiles. Chacun des jours qui viennent 
nous apporte la promesse ot l'augure de notre victoire, qui sera 
celle du Droit, do l'Idéal, de l'Humanité, de la Lumière. 
L'Allemagne en a déjîi le pressentiment ; elle en aura bientôt 
la démonstration ; elle s'en inquiète, elle en gémira. Et alors 
elle flétrira, de tout son res.sentimeni, elle maudira de toute 
son âme, enfin réveillée, ceux, quels qu'ils soient: empereur, 
rois, prinres, généraux, ministres, qui l'auront jetée dans cet 
abîme de ht>Dte et de maux où son honneur et sa prcwpérité 
auront péri. Chatjue jour que Dieu fait, elle sent, elle voit se 
resserrer aut<mr d'elle, comme un étau et presque comme un 
carcan, cette Ligue <h;s âmes qui l'empriscmne, qui la gène, et 
qu'elle essiiye vairieineni de briser par des menaces, par des 
habiletés, par des mensuni^es, par des excuses. Elle a l>eau 
plaider : on ne la croit plus ; elle a beau crifr : tm ne la cniint 
plus. \i*>- Prusse a porté maliieur à l'AUemaj^ne; l'Allemagoe 



i:.V TEMPS DE OUERRE 73 

a portd malheur et, jeté un «ort à ses alliA .t 

«;.„, „:;r, r.isrr t zrr - - 

bateaux; Francfort, «e» U.u.ue, ■ . 1"°.»°'" <'«^-""« «es 
Munich et Vienne, leur, diCr ^e-i^^''-^;,;™ J"-''^»^ 
et son panache T'iî,.,o ri , '"""'"• «on cimier 

dénert, où, s elle elnd ""'T''" */"' ''"'"■'- '"'-"'^ "» 

haine, .e r..^::if:Zlr^''"" -'^ "" "^ «^e 

ses victiine, r ^et^tHi"!"'" "'"''•''■"■'^""""«'''''^ 
pirates ont Lss.ssi . ".l' ,•; "'"■" """^"'*-^- ""« - 

-e. brutaie et asse. «iur:;.: Z:'çx:::!^' "" ' T 

ces attentats, qui appellent et mcrite^it k "'"'"'"" •^'' 

v.s.o„ de ce charnier humain ,e .J , .J^r"": ,^ 

lo'-"ie. . . Ici, non, avons , le ,„, en ni ''-("«tion 

notre droit, l„ preuve ,1e notre f 1 .' ''"n»e.."ce de 

unis, la certitude ..„ poui: 1 'I V '".'■""' '"'r' ''« "^"^^ 
P uvoirt.nii eti..^,vrancedovain^■re._S 

-Jo,,r„„/ ,/„ /,«„«., L'O mar,, 1916, ' 

LA PERTE DU 'RENAUDIN- 
Un communique du niinio;,^» 1 1 

-nonce que i^ tor HWr^, ' ^ "V""'"""^' ^"'^' 
<l"ns rA,lna,i,|ue. par „n J, '^""""''" « été coulé 

"-in. Tn.is\,;K ;"p:::7''7'7'.'^l«..,arsau 
'« ^-«.„d, et nuarant^o^, ' '" ^-'''''''n-'-'nt et 

ortieicrs et tren T:^ ^'^ :;„:"'"■'-^°:'' '"-I"-- D--. 



- 

74 






EN TEMI-H nE (lUEKKB 




Le 


h'ettaudin 


qui comptait parmi 


n<« meilleuPH torpilleur* | 


d'escailij 


avait 


tHë lancé à Toulon en 


1913. Son 


déplacement 1 


était 


do 


800 toiiiie»ux. Long de 


78 mitres, 


large de 8 1 



roètrcH, il avait un tirant d'eau arriére de 3 mètn^H, moindre 
que celui de la plupart dos torpilleurs d'escailre, et ce faible 
tirant d'eau semblait le mettre à l'abri des attai|ueB par la 
torpille. L'armement du Rennntiin comprenait deux piècen 
(le dix centimètres, <,. ti'e de 6.'> uilllimùtrea et quatre tulws 
lanco-torpilles. Il v:;'auffa:t au pétrole et sa vitesse avait 
atteint 31 nœud aux es8ais. L'effectif normal était de 
quatre olHeiers et Mtixiinto-dix-^ept marins. Î-Jn rapprochant 
les chiffres du ciiunnunitjué, on eon.Htate (ju'il y avait à bord, 
en réalité, cinq otHoiers et soixante-dix-liuit marins. 

— Juumaî de» DèhitU, 'Jl mar», 1916. 



LE GÉNÉRAL CADORNA A PARIS 
A la gare de Ljan 

Le général Cadorna, commandant en chef de l'armée 
italienne, est arrivé ce matin il Paris & 8 h. 4S. 

Dés 7 h. 50, une foule nombreuse avait envahi la rue de 
Lyon, le ^-and hall d'arrivée et l'intérieur de la gare. De 
nombreuses notabilités françaises et italiennes, non prévenues 
du retard du train — 45 minutes — sont arrivées à 8 heures 
moins cinq. 

Parmi elles : S. Exe. M. Tittoni, ambassadeur d'Italie ; le 
général Joffre, accompagné d'un otlicicr d'ordonnance ; li^ 
général Bailloud, MM. Albert Tiiomas, sous secrétaire d'Ktiit 
aux munitions ; Ijaurent, préfet de police ; Chanot, directeur 
de la fKtlice municipale; le colonel di Breganze, attaclit- 
militaire italien ; le capitaine de corvette Ijeone, attaclit' 
naval ; de nombreux olliciers italiens ; le général OrazianL 

MM. Margot, ingénieur en chef de l'exploitation de lu 
Compagnie P.-L.-M. ; Hadet, ingénieur adjoint ; Dreyfus, 



iiMpectour du iiiouvomeiit Un . ,. 

d»t-u.- et pr,<«i.|.„t ,lu r. 1 , ' ''"'""' "' "»'". '-'"- 

«..^'"'iTrr'' '" «""^™' "•-- -"'- H« u 
-"-î:i;::,:r::t':.ir ----- 

'"■•.-H; il „„,„„ „,„,,,.',„.,,^ ; l'"";" fnun, „'„tt,.,„l p„. 
Dans lo grand l.all do U .-,.r« d,.. , 

(^lorn«,„,,.,,4.^,,,: j;, . -^;'''™ ""-•■'». '■> «.^n.n.l 

S^n^ral en cl.of de, „™,fe f^nvaisor ^" " "'"""^ "'" 

L'cntliou.sia,,„,e dpvienf „1,.... ■ , 

«lue nnlilai„.,no„t et sourit. '-^ K.neral Culorna 

~°-" ur::;;::;::,- :;.?'"" "-"™...-. 
i™-Lî:Sr;;; „?;;■:: :- ,— - - ..™ . 

■'"■c In.nUw,;^^,,,, AI. Tit t.,„i '^"^'■'■"*"' '''"'•« clen,i-l„.uro 



iV"lP 



76 



EK TEMrx DE aUEItUE 



Un grniiil illnor HPrn (luiiniS deiiijiiii wiir l'i rainlmiuuuli; 
l'honnour du gi^iiùral Coilornii. 



Par lo mAine train qui n aniciu', ce matin à Pari», le 
fféniTulliMiino Ciuliirna, sont i<){iiloinont arrivés six oHieiers 
KupvricurH do )'urint''i> w^hu, dont deux cuiniiuindHnlN d'armëe, 
qui viennent en Knince pour visiter les troupes du front. 

—Jourmit dri Délnlê, 21 mars, 1916. 

LUI 
LES SINISTRÉS DES DÉPARTEMENTS ENVAHIS' 

Dans notre compte ren<lu do la réunion tenue au Trocailt'ro 
par la FAlération des Associations des sinistrés dos départe- 
ments onvattis, nous avons mentionné l'allocution émue de M. 
Nicolld, iirésidentdo la Kédératiimet présidentde l'Association 
des .sinisii't's du Noiti. Après avoir évotpié les jours de 
tri.st('KNe et d'angoi»so qui vijent naitie la Fédération, l'onitcur 
a ex|)osé les mesures appropriées oui permettront aux réfugiés 
de retourner chez eux après la victoire. 

A l'i'xilé, a t-il dit, il faudra rendre sa maison, & l'artisan son 
met ier, au mineur sa houilière, au laboureur son ciianip, 

]je lalsjureur de France ! il a abandonné le sillon fécond que 
tra(;:dt sa cliarrue pour creuser lo sillon mortel de l'imniidc 
trancliée. Il n'a connu aucune des lM\soj;nes industrielles de 
la guerre. Cette tiTre, dont il faisait jaillir toute la vie et 
toute la ricliesse, il l'a vue envahie par les armées germaniques 
et, pi)ur la défendre, il s'y est dé-sespérénient accroché. 

Et voici que, sur cctm terre, l'obus ciniemi l'a abattu. 

Au lieu du lit c<»nj'('^al sur lefiucl il aurait dû mourir, il est 
étendu sur le sol, .seroué de tous les chocs monstrueux de la 
bataille, et devant ses yeux que la moit éteint, passent la 

'Les départfmunts cnvaliia «ont ; Aitnt:, Aiiluniies, Maruu, Meurthe- 
et-Moselle. Meuse, Non!, Oise, l'as-de-Calsis, Somme, Vosges. 



ÏV TKMPS LE „„E„„B ^ 

«-«.. ont .u, M,^ ..::::::: ;v;;;';'''^-; 'V.,...,.. eu„ 

Il vou.l„.it o„t..„.l,, ,,, ,. . . ." ''^ 'r'"'^ -"' P"rtk 
douce, p..„Hui ".ur,„„,.eHe<l„n,i;''r ''"' "" ''""'"" P'"" 
VO.X aff„,,e, ,, ,„„„.,^ ^^. ^^ ^'^^ «|.n. « eo ..« «ont pa. ,., 

i!"t dans le cnuclienmf ,I„ 
-««ion... pou:!: :; ,::;„:«7"'^ » - .ien>ande ce ,ne 

l'A:riture chère. """«■ "' '» vimge, ni n.ên.e 

J5t il meurt. 

Ah I Parlement, Parlomenf . • 
souveraine, IWenir et Zlt" "" T '""™ '-" ""•-« 
'nfortun.Hhâu.toid'acJLirr "™'. : """ ''" ^-"'V^'" 
que no, frè„.. expir,».,; £.''" «':""" "■-- """-."1 P-u- 

«T-- «' -i-e l««ran;.™ ■';::'''''•'•'."-■"---''.•» 
pu.»ont «p„«.r en paix dan, la v '", "" ""»' Pl", 

un or.lre .iu j„ur r.VU,„„,.t Ire, ';'^"" ' '■"' "'""""'o. 
«lomn.age, de guerre et in,ist,.„^ '•",''"■'"' ■"'" l"i -^ur les 
suivant, : >n,iHta„t ,p,,,,ale™„„t ,ur le, p„i„ts 

1° Que la rtSparati.in s «iten.le k, i ■ 
ception, pourvu ,„e c .t! r 7'^ '- 'l"m.na«..s , «x- 

;.^°iïiï'::z-r:-ii:r ': -•'•■. 

""^'-tiSnrcrr'"" ^? "— '" ^e, 

■;? '« '--t ne„.e„t de, o ,Î " f""^ '" - l"-ti„„ 

d'Aluité et de c^lériu! """""-"«"' Plus ,ie cupétenee 

-■'""'■'""''"'''"""-. 21 „,„„. ,9,8 



I 



MFOIOCOPY RISOtUTION TEST CHAUT 

(ANSI and ISO lEST CHART No. 2) 



1.0 



l.l 



11.25 



Ë Ii2 II 2.0 



1.4 



1.8 



1.6 



^ APPLIED IIVMGE Inc 

^^ 1653 fast Moin Slreet 

srjs Rocfiesler. Ne* Yori. 14609 USA 

'-as {716) 482 - Û30Û - Phone 

^^ (7'6) 288 - 59B9 - Fai 



78 



EN TEMPS DE OUKRRE 



LE PRINCE RÉGENT DE SERBIE À PARIS 
Pansa fait, cet après-midi, à niéioï<iue prince Alexandre de 
Serbie un accueil entl.ousiaste. Sur le parcours du cortège, 
la foule n'a cessé de pnKliguer à Ihôte de U France, les 
acclamations les plus chaleureuses. 

Bien avant l'heure fix.'a, les abords de la gare de Lyon sont 
noirs de monde, on se bouscule, on étouffé, mais peu importe, 
le public est patient et tient h, voir et à acclamer le prince- 
héros. Du reste tout le long du parcours que doit suivre le 
cortège,— les rues de Lyon, Saint- Antoine et de Bivoli,— la 
foule se presse en rangs .serrés. Les chaises des cafés sont 
prises d'assaut. Aux croisements des rues, des tapissières, des 
voitures à bras, servent de plates-formes aux curieux, sur des 
échelles doubles on voit de véritables pyramides humaines. 
Des gamins se sont hissés sur les arbres et sur les candélabres. 
Et dans cette foule bigarrée on sent passer un souffle 
patriotique. 

Dans l'attente, le public est calme, pas un mot de récrimina- 
tion ne s'élève contre les sévérités d'un important service 
d'ordre. 

Des camelots circulent et vendent avec facilita leurs 
emblèmes: petites photographies du vieux roi Pierre, du 
prince Alexandre, de M. Pachitch, président du Conseil des 
ministres serbe. 

On commente les exploita glorieux et dramatiques de 
l'armée serbe et la conduite héroïque de ce jeune prince de 
vingt-sept ans. 

A la gare de Lyon 
Dès deux heures moins un quart, les notabilités officielles 
arrivent sur le quai de la gare, où doit stopper tout à l'heuri- 
le train princier. Une compagnie d'infanterie, sous les ordres 
d'un colonel, avec drapeau et musique, rend les honneurs. 



EN TEMPS nE aUERRE 



79 



Successivement: MM. Briand, président du Conseil des 
ministres ministre des aflTaires étrangère»; le génénU Roques, 
ministre de la guerre; ra,„i„J J..ca.e, ministre de la marine • 
Bibot, ministre des finances; tous les ministres et sous- 
secrétaires d'EUit; MM. Delanney, préfet de la Seine; 
Went, préfet de police; Paoli, secrétaire général de la 
préfecture de police; Richard, directeur de la Sûreté générale 
au ministère de l'intérieur ; 

Clianot directeur de k police municipale; Guichard, sous- 
directeur; Mithouard, président du Conseil municipal; 
Iswosky, ambassadeur de Russie; les attachés ..ilitaireret 
naval de Russie, de nombreux officiers serbes et fiançais. 

A deux heures moins cihq, M. Raymond Poincai-é, accom- 
pagné du général Duparge, secrétaire général militaire de la 
Présidence de la République, de M. William Martin, chef du 
protocole, et de sa Maison militaire, arrive à la gare de Lyon 
II y est reçu par M. Aristide Briand, président du conseil, et 
les notabilités présentes. Le cortège se dirige ensuite vers le 
quai n» 1 ou le train doit s'arrêter. 

L'arrivée 
A deux heures, le train princier entre en gare. Toutes les 
têtes se découvrent et pendant que la musique militaire joue 
1 Hymne >erhe et la Marseillaise, une immense acclamation se 
fait entendre : ■' Vive la Serbie ! Vive le prince Alexandre i 
V ive le roi Pierre ! " 

S. A. R. le prince Alexandre apparaît en haut de l'escalier 
de son vagou, il est en tenue de général serbe, sur sa poitrine 
la médaille militaire et la croix de guerre. 

Il saute vivement du train, suivi de M. Ptohitch, président 
du Conseil des ministres de Serbie ; M, Jovanovitch, ministre 
plénipotentiaire adjoint au ministre des affaires étrangères; 
M. Jankovitoh, ministre plénipotentiaire, faisant fonctions de' 
chef de Cabinet; le colonel Ostoïtch, maréchal de la Cour, 



i 



80 



EN TEMI'S DE OUEKHE 



ii' 



faisant fonctions de premier aide de camp de S.A.R.'; le 
colonel Michailovitch, le ''eiitonant-colonel Yourichitch, faisant 
fonctions de garde royale; Vosnitcli, ministre de Serbie à 
Paris ; Boppe, ministre de France en Serliie, et (les C()]onels de 
Rieux et Fournier qui étaient allës lui souhaiter la bienvenue 
à Dijon, au nom du PréHiûent de la République. 

Le prince, devant cette ovation, salue niilitairement en 
souriant; on sent sous ce sourire percer l'émotion que lui 
cause cette manifestation. 

A sa descente de vagon, S. A. R. le prince Alexandre est 
reçu par M. Raymond Poiiicaré, entouré des personnalités 
officielles et des membres de la légation de Serbie. 

Conduit dans le bureau des sous-chefs de gare, garni 
d'hortensias, d'azalées et de palmiei's, d'écussons de drapeaux 
aux couleurs alliées et de tentures grenat frangées d'or le 
prince régent s'entretient pendant quelques instants avec les 
personnalités présentes. 

Accompagné de M. Poincaré, S. A. R. gagne la voiture 
automobile présidentielle ; c'est alors, dans le liail de sortie de 
la gare, des acclamations enthousiastes. La foule crie, agite 
chapeaux et mouchoirs. 

Tout le long du parcours, l'enthousiasme est le même et le 
prince est salué partout de vivats chaleureux. 

A l'hôtel Continental, oh le prince résidera pendaïit son 
séjour à Paris, M. Poincaré a pris congé de lui. 

Jje Président, à son retour, a été respectueusement .salué par 
la foule. 

Le prince dînera ce soir, à huit heures, dans la plus stricte 
intimité, au palais de l'Elysée. 

À l'Elysée 

A 4 heures, le prince s'est rendu, avec le cérémonial 
accoutumé, à l'Elysée, où il a rendu visite au Président de la 



EN TEMPS DE GtTKHItE 



81 



J^:*? ™i """"^"™ '^-- •- '■■"■■ -"- P- 'e 

La sarde d'honneur 

La garde d'I.onneur du prince de Serbie, rue de CstiRlione 
seraassur e par ua détacl.e.nent de fusiliers-marins ou, )eâ 
ordres du I.eutenant de vaisseau Contan.in. 

Le go„ver„e„,c„t a pensé qu'il serait agréable au prince de 
Ser.,.,Uvon.aupr.sdeluiles„,arin^ 

-tournai*» /)*«», 22 mars, 1916. 
LV 
HOMMAGE DE LARMÉE ANGLAISE À LARMÉE 
FRANÇAISE 

Le générnl commandant en chef a ri.,-ii A„ „a ■ i 

chef a. f„™, br,.„„i,„« .n Fran:»^:,!::":^:::""'"'""' ™ 

L'armée britannique déplore les pertes subies par les nobles 

indomptables soldats de la Franc. " ""'''"' '*" 

Signé: Haio. 
En réponse à ce message le i,:,„éral en chef a répondu : 
L'armée française remercie l'arn.ée britannique des senti 
ments de profonde sympathie qu'elle veut bien l!; . 
pendant que se livre la ^andelataille de ^^ '^Cs"u 
lu te ardente qu'elle soutient, l'armée française sait qu'e, t 
obfendra des résulats dont bénéficieront t^us les Alll, 
elle sa. auss. que, lorsque récenm>ent il a été fait apt^ I L 
camaradone de l'armée britannique, celle-ci a répTn du en 
offrant son concours le plus complet et le plus rapide 

Signé : JorpRK. 
—rotmial. rir. Débats, 22 „,,.g_ j^jg^ 



i 



82 



EN TEMPS DE GUERRE 



I w; 



LVI 

LE CARDINAL MERCIER ET LES MENACES 
ALLEMANDES 

Le prestige mondial qui s'attache au nom du cardinal 
Mercier, l'autorité que lui a valu auprès de ses compatriotes 
la dignité et la fermeté de son attitude et qui fait de lui le 
symbole de l'irréductible patriotisme lielge sont depuis long- 
temps pour les Allemands une source d'inquiétudes et un 
motif d'irritation. Le voyage à Rome du primat de Belgique 
devait porter cette irritation à son combla L'entiiousiasme 
dont l'illustre prélat recueillait partout les témoignages, les 
entretiens fréquents qui allaient lui permettre d'éclairer 
complètement le Saint-Siège sur les crimes abominables dont 
les armées germaniques se sont rendues coupables, la publi- 
cation de la lettre de l'épiscopat belge aux évêques allemands, 
d'autres entrevues, enfin, que le respect et l'admiration 
suffisent à expliquer, mais où la susceptibilité d'un ennemi 
défiant devait trouver un iiujet d'anxiété, tout cela suscita en 
Allemagne de vives colères. A ce moment déjà, des menaces 
plus ou moins déguisies furent proférées dans une partie de la 
presse d'outre-Rhin contre 'e cai-dinal. II est clair qu'on 
tentait par là de l'intimide ; et peut-être même, avec cette 
courte psychologie dont ils ont donné si souvent la preuve, les 
Allemands se flattaient-ils de le détourner de rentrer en 
Belgique. Leur espoir fut déçu : le cardinal regagna Malinea 
et, à peine de retour, reprit l'exercice de son ministère par la 
publication d'un mandement de carême où le prélat s'attachait 
à réconforter ses diocésains et à leur rappeler leurs communes 
et indéfectibles espérances. 

On sait l'effet de cette lettre pastorale. Elle a déchaîné 
contre le vaillant prélat une nouvelle campagne d'excitations 
dans laquelle, à son tour, allait intervenir le gouverneur 
général de Belgique, von Bissing. Nous avons publié la 
lettre dans laquelle ce dernier, affectant de ne voir dans le 



EN TEMPS DE nUERRE ^S 

pou.™.; lWuca„t ■•?"':"' '"""" ="""•" '■""'""'<' «^ I" 

-ion." «v^:r';rL^::''M:r '^s;"^: '''--t 

toute aotivit,! politique" a, „■,„'"' ^ '"""'"«■'• * 
hostiles, il ÎvonBin.\"'"' """"""'"■''" ^"^ "S'—nents 

On voi't bL:^î::lT,^:I;",: 7,7"'™" 

prësent-e de cette <r™n^<. ■ ' Allemagne en 

droit et la ust ie mI™" ""' P^'"'*"'« '"f""eable,„e„t ,« 
offusque? iTs eUl ^ '''""°' ^"""^ ^""' ^^ <'"■«"« 

d.eeii„e J: m- e;"o~i.r,: ïr^ -— >" 

par la force et comptent ils n IT " *" '"*""'« 

que ri„trig„e nCZ ob eillV- V'""""'"" ''•"'^"•''•'' <"> 

pur Mu, j. 3Ver^:;:r;iLto: rr 'inr:.-: 

pas le cardinal seulement c'e-t font i'^ • ""^^ 

clergé qu'il faudrait frapper e tlut LTTI I"'' *""' '" 

~Hdai™ de. .venuioat.! ;tir:;irc:rn\S:,r "' 

-Jounial ,1e» Débat», 24 mars, 1916. 
I.VII 
LES LIQUIDES ENFLAMMÉS 
Yf^r^':":' '"^'"'^ '-^ --">-«,„««* de «ette bataille de 



84 



KN TEMPS FIE OUEKRE 



On les voit s'obstiner à perfectionner l'emploi de eo |irooéd(î 
Imrbare, plus Imrhnre encore, .sHinble-t-il, que celui des giiz 
asphyxiants. Toutefois, les liijuiiliw en feu, en raison do leur 
faible portée, ont iiu moins l'avnntage de ne pas risquer d'at- 
teindre les populations pacifiques en arrière du front. Nous 
en voyons deux formes : tantôt une pompe cachëe dans une 
tranchi'e allemande projette au loin du pi-trole ou du goudron, 
tantôt une équipe d'assiiut s'avance, cliaque homme portant 
sur le dos un appareil individuel. Lo jet s'étend jusqu'à trente 
mètres; peut-être est-il poussé par une force accumulée 
comme celle d'un réservoir d'air. On coni;oit quelle supériorité 
cette arme terrible posséilera sur la baïonnette. Si elle a des 
inconvénients, si elle expose l'homme qui s'en sert à périr 
victime lui-même des flammes qu'il porte, au cas par exemple 
où son appareil est crevé par un éclat d'obus, elle donne pour- 
tant à l'attacjue une puis.saiice et une cruauté dont nos commu- 
niqués montrent les conséquences. No nous les exagérons pas, 
mais saolions les mesurer et faire notre profit de nos constata- 
tions. Il ne semble malheureusement exister aucune pro- 
tection contre ce feu grégeois d'un nouveau genre. Rien ne 
nous empêche d'en faire usage de notre côté, et la commission 
sénatoriale de l'armée vient, comme on l'a vu, de s'en inquiéter. 
Il serait déplorable que les mêmes naïvetés humanitaires qu'on 
a opposées à l'emploi des gaz aspliyxiants interviennent encore 
pour paralyser nos combattants. On peut tarder & comprendre 
certaines nécessité.s, mais l'aveuglement qui résisterait à tant 
d'évidences devieii liait criminel. Sans aucun doute nous 
avons tous les moyens de payer nos ennemis avec leur propre 
monnaie, peut-être pas au même point, car les coininodités de 
la défensive ne sont pas toujours celles de l'offensive, mais à 
notre heure et sur notre terrain. Usons-en donc u.ne bonne 
fois avec toute l'énergie qu'il faut. Nous devons bien cela aux 
héroïques soldats qui alTrontent pour nous les atrocités de la 
bataille, pires que la mort. 

—Jouraal des Débat», 24 m»r«, 1916. 



E'V TE.M|-,S DE .iUEHUE 



I.'III 



85 



Venlu,, : !«"■ '" g««.r«l ,Juir,„ au, .„l,|.t, ,,„ 

Sol.lHts ,1e r«n„,!„ ,1« Verdun ' 

"5:e-::;r::n.rj:^^^^^ - 

ot ™ plu, puissante anlriè. " """ """"""■■- "-P«-^ 

Elle espérait <iiie 1,,, „,.;„„ ,|„ ^ , 
'le so, allié, et eônvai .é , t t y*""'"" ™"«™"™it K, curage 
alIen>«„,Je. '"' I"'^'' "«' "•™ -le la supérinriL 

Elle avait con.pté ,an, vou, r 

J:-». lutte iiVst Das „n . """"tenu v„., p,„a.on.s. 

-î::r;::rrLi5.i:;::r----ot. 

Le pays a les yeux sur vous V 

'•i-:"ii.o„twéa„.Aiie;„an;:L::r;Lv::i;n™ 

— Journal il,„ J),:i„,,. .„. ' ""''*• 
"'"' -I' murs, 1916. 

LIX 
LA VENTE DU LAIT ÉCRÉMÉ À PARIS 

De tous les pr,>bl6„.es soulevés p.r 1. . 

cl.ère, I'ali,„e,.tatiu„ .le Paris euUit e,t ''"î" " ''" ^'^ ^^' 
des plus pres,sa„ts. Il est d-uH r "" ''"'' P'"'' «""«s et 

est p.u feuMerement difficile à résoudre 



86 



EW TEMPS DE IJITEHKE 



'Ut; 
I'.; 



lie ce fait que In» grande» Ix-urroriet i.u fronmKcries, H<)IIicit.<es 
par r<!lëvation .les prix qu'atl^i.{nei>t aujcunllmi leH beurrr» 
VI lo8 froiimjîHH, tendent à dtivelopper plutôt qu'à restreindre 
leur ftthricition. 

LrfCmpagniod'Orliîans," ,|ue la iiuostioii de l'approvisionne- 
ment de Paris on lait pr.'w!cupo depuis lo.iKteinps, a poimé 
qu'on p<.urri.it peut-être trouver un reniWe partiel et efficace 
en introiluisant dans l'alimentation lmn,i ine le lait ferémiS 
nwtant après la ful.rioation du beurre et du fromn-e et qui 
pourrait «tre CiSdc! à très bas prix par les beurrera et les 
fromageries. 

La Compagnie a d'ailleurs fait dans ce sens une communica- 
tion à l'Académie d'agriculture, et la solution qu'elle prop<xso 
y a ét«S liautoment appronvcie par ^,1. Moussu, le distingud 
professeur à l'Ecole v<!tiTinaire d'Alfort sous la réserve de ne 
pas utiliser le Kit écrémé pour les enfants en Iws Age, et par 
M. Cliauveau, membre de l'Académie des Sciences, qui a 
insisté sur la haute valeur nutritive de la caséine restant dans 
le lait écrémé. 

Enfin, le 7 mars, saisi de la question, le Comité consultatif 
permanent de l'agricultu e a émis l'avis d'autoriser la n.ise en 
vente do ce produit, après pasteurisation, en le livrant dans 
des récipients spéciaux portant en caractères apparents: 
"Lait écrémé (à ne pas donner aux nouirisaonf)." 
^ U route étant ainsi ouverte pour l'introdiction dans 
l'alimentation humaine de ce produit nourrissant, sain et bon 
marché, il appartient maintenant à nos grandes Sociét<îs 
laiMères, aux coopératives de consommation, aux grands 
écononmts, aux industriels, aux coopératives produisant le 
beurre et le fromage de poursuivre l'effort ainsi commencé. 
—Jouriiul ilea Délmtn, 28 mars, 1910. 

' Compagnie d'Orléans, conipaguio de chemin de fer. 



«N TEMPS DE ouBHKB 



81 



I.X 



'••uteur e,t M. Jean Ba,ti»^ '■^«^«yu^ que voiei, dont 

"'">,l'^t,bI..oùilvit«ut.ire 
S^' Pareila, même ,e, atnti., 
Ontpourde,be«.i„,„,i),.t,,.^, 
ûtérëiiULsitionn^,; 

I«s vache» furent aUttuea 
-U guerre a, le cruelle, loi,_ 
I« vachère, qui ,e«>„t tues 
Pleurent .ur elles quelquefoi,. 

DansI'étableilvitWntable, 
H pense ..ux copains ,ij„^.eu,; 

Ô,a„^ ■'.,'""™P''"'«'^'»•''e!" 
^Qar^' t?•'"''''"'<'«'''•'"- 
, "»"lez, a dit le militaire. 

Pour le, besogne, de la terre, 
"ni a laisse dans le pays. 

Mais quand on sut que pour la guerre 

I*a autres étaient partis loin, 
^«poules au caquet vulgaire, 
Et le, canards dans .^urcoinJoin, 
^' porcs grossier, en leur langage 
I«« dindons, pleins d'autorité, ^' 
Senior èrent dans -e village 
^^^ ^^Dubœuf, qui ,eul éUit resté. 

'Marmite, =obui. 



In 



W KN TCMI>S I)K iJIIEItllE 

Kt pourtant, ]Kiur le IttlxinriiKi', 
Pimr nidiT ,i rcpiliiT lo fiiiii, 
1)6 lut foiiHi l't (l« M>ii cviiirnge, 
la (uiysuiiijd a gniiiil liesi'in, 
Miii.H |iiiiL'o (|ii(', HiMil, il demeure, 
Tdux li'n autri'8 T'iiit critiiiuû 
Kt lii pintttdu, tiiut i llmure, 
L'a traitiS, tout Iiiiut, d'KinWusinie. 

—JuliriliU r/c» Ihinta, 'Jip iniir», llllll. 

UN CALOMNIATEUR CONDAMNÉ 

Nous avons d<<jii pnrl<5 do cette runieui, pluH stupide peut-être 
encore que criminelle, (lui Kemlije s'infillrcr pou ii peu b, travers 
tout lo territoire fi-mie.iis et ipu consiste îi rendre responsnliles 
de la guerre européenne non pas lo gouvernement et les panger- 
manistcs d'Allemagne, mais . . . lea curés et les Iwurgeois 
de France. 

Parfois même, les calomniateur» qui propagent cette ineptie, 
quand ils sont doués d'un peu d'imagination, lirodent sur co 
thème et y ajoutent des commentaires ingénieux ; si le clergé 
a voulu déclencher la tragi''die actui'lle, c'est qu'il cherchait il 
se venger de la loi de Séparation ; si les bourgeois ont suivi le 
clergé, c'est que, après les élections do 19U, ils ont compris 
que le partage des biens était proclie, et qu'il importait de 
faire diversijn au payement de cette pénible échéance ; du 
reste, ccclé8iasti(pios et capitalistes envoient tous ensemble 
leur argent de l'autre côté <la Rhin,— probablement pour qu'il 
se transforme en balles et en obus qui serviront ensuite à les 
tuer sur la ligne de feu. 

On ne peut assurément penser sans tristesse qu'il existe 
assez de piuvres c.Mvelles en notre pays pour que des histoires 
do ce genre aient fini par preiulre une cerUiiie consistance. 
Au moment, néanmoins, où lo bon sens public et le sentiment 



'le l'honnCteU! n'ont m, -,,,i: ... . 

humaine il est ',,.,. i.V™ ? ^''^ ""'' "^■'-» ^^ '" "-^'i- 

de pnson et 1,000 f,-. ,V,L„.U „ , "'"'''"""'"•''' '--"i» un, 
d"nt I,,,, vues ot 1.., p,.,;:" " «"'-a-t,, ,,e ««int-CcW, 

plus l>?t« nue „,.V(,„nt • , ""''"'K""'' "«t. o,„„me on dit 

oondan.„„Ln,,: fX;" "" "«"""""^ '•»"""' P- la 

•'""'— t «l ettrileit" '"""'""" "''"'•'»■ —« 

_'^^ «on exemple, et puisZ ''"" ™ '''"'•-■'"'•««. d'i™i- 
•^fanger. i, i„p„,,, J^^ ,-^^,^7 l.onneun d„ p,,, ,,,„„^ 

l'air de cu^ir d'une indu !!„"" ,"""»"'u^o, n'aient pa, 

LXII 
LA CONFÉRENCE DES ALLIÉ- 

con;::;^::^::""""""' ^"^'^^ "»- « ''emi.™ ..„„. .,„ ,. 

pa;Mfr;/:rîrr,s;«"r^"'«""''"'' ■^^^■^'- ---isà 

de vues et 1. «olidarit^l' itli", "' ''""''''■'' -"-unauté 

Ils confirment toutes U, .„„ 
d'action sur lunitd dll!:,; ""'"" "-'"^ '^""- ^-"- ''unitc< 

Ils entendent par là A I. * ■ ,. 
assuré p„r l'entente co'ndue em™ ""f ''""'"" ™""«'- 
d'action dconoudque dont L ' '^"«'-"'ajora ; l'unité 

'•«■•ganisation, et lunUrd'acT ^'TT '^""'"^^^"''« " -^«l^ 
leur inébranlable vllté det" ''P'""""'-!- lue garant 
"ctoi« de la cause coH ''""'■"""•'' '^ ■»"« Jusqu'à la 






90 



EN TEMPS DE (JUEUllE 



II.— Les gouveinemeiits alliés décident de mettre en pratique 
dans le do.nai..,, fe.no,„i.|uo leur .soli.la,-it.! do vue, et .ri.itérêts 
Ils chargent U Conférence &>mo.ni.iue, .,ui se tien.lra pro- 
cha.ne.uent à Paris, de leur proposer l.s mesures propres à 
-réaliser cette solidarité. 

III. -En vue <Ie renforcer, de coordonner et d'unifier l'action 
économique à exercer pour e.npêcher les ravitaillements de 
I ennemi, la Conférence décide oe constituer à Paris un 
Comité permanent, dans lequel tous les Alliés seront 
représentés. 

IV. — La Conférence décide : 

1° De poursuivre l'organisation entreprise à Londre- d'un 
bureau central international des atlrétements. 

2° De procéder en commun et dans le plus bref Vlai à la 
recherche des moyens pratiques à employer pour répartir 
équitablement entre les nations alliées les charges résultant 
des transports maritimes et pour enrayer la hausse des frets. 
—Journal des Débats, 30 mars, 1916. 

LE CINÉMA SCOLAIRE 
_ Les écoliers d'aujourd'hui sont bien heureux : tout le monde 
s ingénie à leur rendre le travail facile et doux. Leurs livres 
classiques sont, pour la plupart, des chefs-d'œuvre de simplicité 
et de clarté; leurs manuels d'histoire ou de littérature repro- 
duisent les plus beaux tableaux ou les plus curieuses estampes 
des musées d'Europe ; bref, il faut, à l'heure actuelle, une dose 
peu commune de résistance et d'énergie pour arriver à ne pas 
prendre d'intérêt aux études scolaires. Mais ce n'était pas 
assez pour la pé<lagogie moderne; le ministère de l'instruction 
publique a décidé d'adjoindre le cinématographe aux moyens 
traditionnels d'enseignement, et nous allons avoir le cinéma 
ad usum scolariim. 



EN TEMI-S DE UL'EHHE 



91 



Pour préciser le., dt'tatU J. i. 

-on ton n l,reu.e vio,t r-r ''""■="<^'-"'. »- con.mi.. 

d'aboni quatre sénatourj-u uf de,"':"'""'- """ ""'"?-"'' 
n>"'.ici,«ux: ainsi l'^ '",^ '^T'"' <" "■'"» conseillers 

o-.traireauxinstitutionr„o serT fX''""":"'" P^P^'-^e 
à nos citoyens en Wrbe 0,.^ ' P"' '^ '""^™ ''^ «!■„, 

professeurs de sciences et de, teZr'"""r '''■'■"' ''"^'»''^- 
«»t donc prol,al.le q„e le, t, n ■'" ''' """^ ^'"■'«- H 

l'^eran les n,éta,„orpr,e du t^tf "^^T"-^'*^ «"--t sur 
'- dispensera de survei r eë, .n "" '," ^"' ' ^°''«-™ q- 
et les <ié.„o„stration de "t .^^'''""""^ ''->' ■«"■•■^ P«pit,usL 
difficiles. PourlescuLntsÎ:/"-'' '^ ^'"""■« '- P'- 
■■es-urce infini,,,,,,, j,^^^ ^^^i^" P--es, ce sera une 
g-pl.i.5 une expérience de tl ""! '"""ï" ™ ""^ -némato- 

-s frais dans to'ites ,:.',:;:";::? ^'p "" ^^■p^°'""'« 

a«.-a I'avan.,,,e de montrer lut i^d "^™'"'''"'"°" 
r.!uss,ssent-ph&o,„ènesiraredan!l «^P<5"«nees qui 

et c,ui ne conaportent aucund I tl' "t •""" t ^^'"^^^ '- 
odeurs. => "^ ° explosion m de mauvaisea 

-■: - lac,;e re;:::tS"^^ï;:^£^7'"- c'est peu. 

cinëma procure, avant to,.f '" spectateurs le 

C'est ,1'ailleurs une fort a °"a'l,l ™^''°' '^'"'^ "" ^'''''euil. 

bagages ég.rés, pas de tr It ""r '''' ^"y"""- P- de 

dV,tels, pas de cuisine o : r":'" •" '" '?"""'' P» «^e-uis 
b'able,nent bleus ou roserrr" "^'^ ?'"'^ '""-^em- 
'le-^ laes chargés de reflet de™"''","""''"''''"""" ^-'e^. et 

petits Franvai: prennent dptr::, ' ' ^^'l ''"' "^ '- 
nennespraplus efficace que de l" 'r ^""' ^ ''* '^"'''"'»"™. 
pays étrknges, surtout si IWnlV '"'"' "" ^'"'^""' '«' 

œ-mne il faut. 'opérateur sait les "présenter" 

Et que faitKin des profps>ip„„ j-k- • 



92 



EN TEMPS DE GUERRE 



n'apprend plus d'anecdotes aux enfants, parce qu'elles ne sont 
pas positivement "historiques," ils ne savent plus rien du 
tout. Un petit garçon de dix & onze ans, dont la tête a étA 
bourrée, pendant les quarante semaines de l'année scolaire, 
avec l'histoire des Egyptiens, des Assyriens et des Chaliléens, 
des Phéniciens, des Hébreux, des Perses, des Grecs et des 
Romains (car tel est le modeste programme de la sixième!) 
a tant appris qu'il n'en retient pas grand'ohoso; que l'on 
renforce donc, au moyen du lîlm, les idées dites générales des 
pauvres mioches par des scènes bien comprises. 

Il y a quelques années, on voyait au cinéma l'assassinat du 
duc de Guise mimé par des acteurs en renom dans le décor du 
château de Blois, et c'était un spectacle paj^sionnant. De 
même, le soldat de Marathon, Huratius Coclès, le Vase de 
Boissons, la Culotte du roi Dagobert, les Cages de Louis XI et 
tant d'autres laisseraient aux élèves un souvenir précis; ils 
apprendraient un peu de chronologie par les costumes s'ils 
ne l'apprennent pas par les dates. 

Que l'on n'aille pas trop loin cependant dans cette voie et 
que l'on n'applique point le cinématographe à la littérature ! 
XiOilyssée a été déjà mise en film et c'était une des choses les 
plus tristes qu'on pût imaginer. Grâce donc, grâce pour 
Homère, pour Virgile et pour Racine ! . . . On permettra 
seulement aux cinérnatograpiiistes de " tourner," pour les 
classes"do grammaire, le fameux quadrille des Participes, dont 
un phonographe chantera les paroles mnémoniques : ** Le 
particip' passé s' conjugue avec avoir ... !" 

Mais la commission du oinéma scolaire a-t-elle songé, dans 
son zèle spéculatif, au sort des malheureux professeurs qui 
présideront à ces séances? Il faudra faire l'obscurité dans 
les classes. L'obscurité ? . . . Cris (i'aniiuaux, taches d'encre, 
boulettes de papier mâché, vestes déchirées, yeux pochés . , . 
O pédagogie, voilà bien de tes coups ! — U. 

— Jtmmai des Débats, 2 avril, 1916. 






EN TEMPS DE OUEKRE gg 

LXIV 
LES RÔLES INGRATS 

rait les âmes contemplativel 'sitn n """"^"'«"■'•■-^ ""ohante- 
d" plaisir bucoli.,„e'de voir plr,!! !" '"^'''' "« '-'• ■"«-« 
«are off™ plu, de vanétc^ enll eue , """' "'"' ''" "''"' ''' 
monotone par des cl.ants qu'urcj^^ " '°'"'"''"" '^ ■•^"''-' 
«ans ennui. Le métier de contre ? ^"^ ""''' ^"'«"'l™ 

revers comme les autres; H «"t '17 " '" '''''"' " -" 
.A- He.re, calmes, .Ind Irv^T ""^ '^'"^^■ 
pimpantes dans leur costume n„ ■'^""^' '""""«'. 

brassard, découper clesTcd^lls T' T r'""^^" '■<^^''''' <J" 
elles ont rair d'exercer ZlfÏ ^""""'^ multicolores, 

strapontin, les pieds su" u„":'.rr""''" ^-sises sur un 
longueur du jour en causant Tri '"; """ '™"'P<'"' "^ 
'^-nno gaiement de leurrlrta"! " "'"'' '" ''*''°" 

propagent le long des voûtes elliptiufV^."""-"' "' " 
autre, ont-elles une courte dise! • '^'"''' '''' '«"^P' ^ 

allant 4 yi„ee„„es, est desc „du"r" T" '" ™^''«^"- ^'"■. 
remonte, vexé. com,„e sic'était I J ''"" '" *^'""°' «* 
■5me„ve„tp..;,eurdialorue ;l,": ''"""' ^"^ »« «'«n 
gare de son murn.u.e '^ "'^ '' ''" """™-' remplit la 

-St:^t;:î--;-^coHuedesge„s,uivont 

Tous en retard, ^ous fiévreux m '''" "'""'™' P""'' ^^î'-r. 

toutes les deux minutes leur L;,!"""'' "" "''°™' -»"' P-^" 
que c'est le dernier ; il. Te\T'' T «"'"«'rophe ; on dirait 

Métro, ahrériation de JI,Hr„»Iit n,.~l ^ " — 



.% i 



94 



EN TEMPS DE rilJERRE 



ij-: 



avec un bruit sec. Le convoi roule encore ; ils auraient tout 
le temps de passer et île gagner len voitures ; mais la consigne 
est là, la porte doit se fermer dès que le train entre en gare ; 
la contrôleuse est sans pitié. Ils voient de vieux messieurs 
et d<i vieilles dames descendre, ils voient de vieilles dames et de 
vieux messieurs monter: "Je serais parti vingt fois!" 
La contrôleuse laisse dire ; on corne, on sitHe, le train s eluanle 
lentement ; la porte de fer se rouvre : " Non, Madame, vous 
y avez mis de la mauvaise volonté ! " 

Ceux-là sont relativement commodes ; il y a les subversifs, 
pires que les grincheux. Indociles aux écriteaux, ils se 
faufilent par 1' " Entrée interdite " et l'on doit courir après eux, 
le sécateur à la main, pour leur percer le petit trou. Les plus 
hardis escaladent les barrières et se ruent dans la gare avec 
une sauvagerie de taureaux échappés; il faut s'élancer sur 
leurs pas, rattraper ces furieux. L'un jure, l'autre crie, tandis 
que la foule des arrivants murmure et tambourine sur la porte 
de fer. " Vous ne feriez pas ça si j'étais un homme ! " déclare 
la contrôleuse. Et elle a bien raison ; les plus enragés mon- 
trent subitement une douceur d'agneaux quand par hasard au 
bas de l'escalier, au lieu de la contrôleuse, ils trouvent un 
sergent de ville. — Z. 

—Journal lïfi/i DéUtta, ,*> avril, 1916. 



ÏÏ 

i 



LXV 
LES CHEVAUX 

On rapporte qu'un cheval s'est emballé . Ce fait-divers, 
banal il y a deux ans, n'aurait pas mérité une " nouvelle en 
deux lignes," c'est aujourd'hui un événement et qui vaudrait 
un long article. C'est mtMne une sorte de prodige qu'on aurait 
peine à croire si des témoins dignes de foi ne l'avaient vu de 
leurs yeux. 

Depuis août, 1914, le cheval avait disparu de la faune 
parisienne ; soumis comme le citoyen au devoir militaire. 



EN TKMCS nE 



'il'KKHE 



85 



docile aux t.aditions d'un atav,\,n» 
P"'^.' le front aux prom,l\ ? ^""""' " '^''''' V^'^i 

oou,se.deeoup.<,17a": „;" " '" '"""P^""' «''o™' '^^ 
an.stoc.™toou'p;.ol.:"rt u r''""'^''"''""=""P2-il£™! 
-'le "u le hanaiH av^^; 2 7 ' "? '"'""'" 'J*'?^^^^^» 

™"'^'-.p.e.u,j;:-i-:r^H;!:r""-"-^' 
•-i::<ï:ritr: -;:--"--- par. 

contracté, dan. le travail , ''0"orables, n,«i. obscurs, 

--. De, oct;S;:; ~^ '•^ '" «'"'^ <^- 

clesgnimbaniesdtyaignée par l r*^ f '""''' ""^''''«'" * 
bo«ci;^n5STppopha.Lu;, M 1 -! ■'™ ''"' S"'"" '« '■"'^"t des 

on se demandait devant 1?^ ""''""''"•'"'-»«; 

n'ieux. de faire t,av m 1, ''"'''''",,'^'' ''"' «°'>™"-' '« 
on ne savait pi.s où :^ll iX °" «^ «^P-^"- '« ehevai ; 

M^^-^'eine e heure ^n^JT^f^^;; «T^re rOp.ra de ,a 

permettaient d'y atteindre liT ''"'""' "'^^ f'"'™^ '"' 

nom et le «ombre T^'C " ""m ''"^ "" ^'"^^'" """ '« 

'apocalyptique, son espjp;;,;;„::irr '""^''"'' P'"' ' 
au coin de la Concorde nrl^ '""•^'in,, «able lorsqu'elle passait, 

"'■'"^'"'' P-^es dos coursiers de Marly 

lousain à qui vou» ST \ '""'""■ '^''"'"''"^ ««u- 

r^pondait d'un air entendu. 'o •"" '"''"'' "" I— 

G«n,bettâ ! ". Vous lui it^l' ' """' '" ""'' ^ ^'^^ '^'^ '» ™e 



'lanieGambetU. L(.i„,.i.„„ , ■ — -__ 



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■fr' 



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EN TEMPS DE GUERRE 



du Carrousel, de le voir regarder ce paysage inconnu avec' une 
admiration qui flatte toujours un Parisien. 

Ensuite les chevaux firent comme les cochers : ils rajeunirent 
leurs cadres. Il en est venu d'Améri(|ue, il en est venu de par- 
tout, lies voitures de maître ont suivi l'exemple des fiucres ; 
on rencontre maintenant des équipages corrects, des carrossiers 
fringants. Ou n'y prenait pas garde : mais cet original qai 
vient Je s'emporter fait constater le progrès. Pareille fantaisie 
ne se serait pas vue l'année dernière ; encore quelques semaines 
et le cheval pourra s'ofl^rir le luxe d'écraser l'homme comme au 
bon temps. L'air s'emplit d'un parfum mêlé de lilas et d'écurie : 
le moineau sautille sur la chaus.séo et salue i . pépiant le retour 
du grand frère si longtemps disparu. — Z. 

—Journal du DétmU, 8 avril, 1918. 
LXVI 
LA FÊTE DU ROI ALBERT I'" 
Au Havre 
(Dt notre corre»pmidaiu) 
Le Havre, le 8 avril.— Ls.^ Belges du Havre ont fêté 
aujourd'hui la fête de leur roi par une manifestation émou- 
vante qui a eu lieu au ministère de la guerre. 

Le général Jungbiuth, représentant le roi, a remis des 
décorations & 21i0 grands blessés. La fête a débuté pm 
l'impre-'-ionnant "Salut au drapeau," qui a permis aux Belges 
d'acclamer leur pays, leur armée et leur roi. 

Tous les ministres à portefeuille, à l'exception de M. de 
Broqueville, président du Conseil, assistaient à cette céré- 
monie, ainsi que le corps diplomatique accrédité auprès du 
gouvernement belge. M. KIobukowsky représentait le gou- 
vernement français, ayant auprès de lui le préfet de la Seine- 
Infériewre, le sous -préfet et le maire du Havre; l'amiral 
'Né le 8 avril. 1875. 



EN TEMPS DE GUERRE ^7 

atteinte. ^ ^°™" '"' »°""'» ""i"» grièven>ent 

A Paris 

L'église ^taifc cfer^e de drapeaux aux couleurs alliées 
d'Orléans.i Vendôme et la, princesse Geneviève 

dont nous avons ^:^^\::: ::::z!T""'' -'-' 

-Journal des Delmis, 9 avril, 19I6. 

'Mme la duchesse de VendOiiirOiée ISToTZTl '■ 

d'Orléans (née 1901), mère et fil '7 1 . V I"-'ncesse Geneviève 
duchesse est ,„ur u IT des tll '1" "'"'""'■ P'"" ''--• ^^ 
d'Orléans, .,„c,Ie Ven,l«,n„, a ,.:^^:t'''7^'' »-"•■""-'. Pm.oe 
1S50), ro, d s Français ( KS.W- lî<is ) I^-s- Philippe (1773- 



98 



EN TEMPS DE UUERKE 



pM àam 



LA HAUSSE DES BEURRES 

En vue d'enrayer la hausse du prix du beurre, M. Mëline, 
ministre de l'agriculture, Haisi de la question par le ministre 
de l'intérieur, vient do décider, après consultation et avis con- 
forme du comité consultatif permanent institué auprès de son 
département, qu'il y avait lieu d'autoriser par mesure de tolé- 
rance, ù, titre provisoire et seulement pour la durée de la 
guerre, la vente de la margarine dans les établissements où U 
ae débite déjà du beurre. 

Il reste toutefois entendu que le débit se fer» dans les con- 
ditions prévues par l'article 9 de la loi du 16 avril, 1897, c'e t- 
à-diroquela margarine sera seulement livrée en pains cubiques 
avec une empreinte portant sur une des faces, en caractères 
apparents et indélébiles, k mot " margaiine,' ainsi (,ue le nom 
et l'adresse du fabricant ; ces mômes indications devront être 
répétées sur les enveloppa ,, accompagnées de l'indication <lo la 
composition du produit. Les pains dont il s'agit ne devront 
pas être détaillés. , , , „ „ 

—Jom-md dit Déliais, 10 avril, Wu. 

I.XVIII 

A LA FOIRE AU PAIN D'ÉPICE 

Cette année, à la foire au pain d'épice, un droit de priorit-S 
sera attribué aux femmes, veuves, pères et mères des mobilisés 
et autres forains blessés et mutilés au cours de la guerre, qui 
concourront entre eux avant les autres forains pour l'attribu- 
tion des places. Poui' bénéficier de ce pr , ilège, les intéressés 
devront présenter, sous peine de déchéanu,., aux membres de la 
commission .spéciale de placement, avant le 12 avril, toutes 
pièces établissant leurs droits : actes ou avis de décès, avis de 
disparition, certificats de réforme ou de présence au corps, 
lettres de mobilisés ou de prisonniers revêtus du timbre dé 
l'autorité militaire ou de celui du secteur postal, etc. 

—Jiiunmt des Dthitt/i, 10 avril, 1916. 



J^ 



KN TEMI-S I.K ai:K,tHK 



99 



i.xrx 



UN GRAKO BLESSÉ A TRAVERS LA SU.SSE 



D.„. I. /> •""»oK» LA SUISSE 
»>"• le Com,,„n,lant, M. Charles H.n„ , ■ 
m^."e. r.„v„.v..,, France co,,,,„„^:,,":::'7- '-' - «„ Aile- 

-n..™ A «„„ départ ,fe Con" 1 r;;':".::": "'"■"■"• "- "« "■■' 

^;;^^. pouv...,. .„„„., n....„^.r.^--~:t:;:: 

wagonsdueonvcTi/Ter; :r r "'" '"'" "-<'«'•"■■'■" 
q-'- Deux lieutenants pr. . t„s "'^''''J'""'^'^^ -^ ^^^-^-■'-» 

'«--.....rir^eï^;:^--,-;::;^™. 

tenant, vous .sere^ à Y.^r " "'"""*''• ™'°- 

coutSer "ï:? ""' "'"^'"'^•' • ■ • ^»-'-' U« 

-un Dieu! La' ^T" "^"T" "*"""■ ^""'"^ '-'--. 

et, tout à coup, ,lu bruH r , :' "'"■ ''"i^ ''e curieux, 
c'en NoussoLnl: en W , '""'"'~-'^' • ■ • Juste 

■'^,ie°:r;;;i,5^t-r'-~ du convoi. 
De clique c.-.t.; de la voie Ss cH- "'"^•T'I'^"-^' "* ^'-' ^u •' 
ho>«mes un peu moin it ''' "' "'"*'""'''' ''«^ 

^!!îi!î^!::!J!!L^^^ ^'et^e. p;;;::i 

*Sea artidoa vientu-nf- .Vt ~ — 



100 



EN TEMHf) DE OUEHUE 



petit, oolia sont tendu» ; des bouteille» de vin, dea Imites 

ir^7'\. ^« ""'"■'' ""'^'"^ "" "^""•""he. A1.I l'accueil 
nSclmuffant ! Nou, somme» là pend,.!,, n>ayant plu, assez de 
nos mams pour saisir le, «curs tricolores, p„s assez de nos veux 
pour vo.r la fo.lo sympathique. Et le train .'^lanceavec bruit 
Sa course lialetoute nous emporte ver, le bonheur ! . . . 

Ah I de telles minutes ne sont pa, trop payrfeg par de, moi. 
de souffrance. V.ve, vivo la Suisse qui nous jette au viwp, 
Mn ,alut fraternel et tout lo parfum de s.!s Heurs I 

Wint..rthoar, La foule est immense. Le train ne , 'arrête 
pas, mais ,1 ,lo.t ralentir. Kt que d'ovations retentissent I 
Et tous ces billets dans nos mains ; leurs expressions na.ve, de 
tendresse, damoar; ces fleurs qui nous submergent, tout cela 
c est pour la France. 

Et le train continue sa marche. D^jà I» n iiit est proche. 
Lombre va prêter son mystère au lent défilé des plaine,. 
Cest a nuit morveilleaso, l'unique, la plus belle, où, tout 

'■« t^""!». nous vibrons follement. U cœur peut-il subir, 
sansjtre br.sé, comme verre, des chocs plu, violente et plui 

M .... R . de la F ... , moi-même les aidant, dëpouillent 
le courrier. Chère, lettre, naïves, cartes nobles et fortes, 
expression émue et sincère de tendresse et de foi ! Tout cela 
jomt aux petits sacs aux couleurs tricolores, glissé avec la 
p.pe qui forcera le, nôtres à se souvenir plus longtemps, les 
cigares et le briquet, le tabac et les cigarettes. 

^ Des cUmeurs à chaque moment nous jettent aux portières • 
r .st le passage d'une gare d'importance moyenne, bondée de 

.rieux cependant. Et toujours les mêmes appels, le même 
«lut à la France ! J'ai la gorge arrachée; je ne peux plus 
cner. Lo long de la voie même, aux pentes de talus, sur les 
ponts, .lans les prés, par groupe, de dix, vingt, tous les 
cinquante mètres, des hommes et d,s femmes nous tendent 






EN TEMPS DE OLEIIIIE 



101 



leur lwu,,urt: «uirUn.le» a,.x f|„„r, f„,iol,.., 

tro-.„.<e. avec 1., ,„„,;„.. „„„,„„ , ' ^i^'r""" 

vainqueurs. ' 'lostinoit aux 

Nous sommofi jt Zuricli \T,..\. i- 

LWc, de, ,uai, e,t .":;:ldit. ' ' ••""" '■" "•^-^'«' 

où 86 lit un salut ... ^ ^ ™"' '"*' '™"'P''™nt8 

On nous distribue un roniis • rIo= „».•» 

notre joie est celle d'enfants! D'une ml r^r """' 
partiments sont bondé,,. Des fleursT ' f ■' ' ™ '""'■ 

donné en partent un sac de toile bise JTT' " 

cela. Et des r„„,eurs toujou , 2 P°" / «""««g-er tout 
l}p„t„^- j ■ . ^""Jours! Se couche-t^,n en Puissp' 
11 est prus de mmuit. Des feux do be- •-"'«»«. 

inscriptions lumineuses. °®'™' *' °*" 



lOS 



EN TEMI>S DE OIKIIKE 



1 



Bo.-.>n. L ., ,.rr.-t tnV, court. U .li«lril.,i.i„„ r.^.mi„H„,™. 
I^ fMulo ..»t t....j.„„-, tri., c..iii,Mi,a 1^., iicH,»,mti.,.H »o 
»ua Kl,.i,t. I, ,m .IViitrc ii„us, «..uclain, lu l,u»t« t„ut fnticr 
ti.ii.lu von cottu foule, |n„e« un apiwl vil.iiint: "Vivo |,i 
lil«Mtt'!" Uni) i-luMi.Mir snn» tin, nmnifostation fore.M..V .1rs 
aspimtions int.Ti..uivs lui n:,»,n.l «ussitftt. U minute est 
«.n,.tionn..nt,.. Des al»,r,ls ,lo 1,. «„re, lo n..-.ni« cri «Vl.'.vo 
IK,ussj5 par de, milliers ,l„ l»,ucl,es. I^ da.neur roule sous 
le hall, puis, avec un hreitcie tonnerre, répercute nu loin son 
oclio ... Fxi tr.iin s'éloigne rapidement, 

FriLourg, l.aus„„no enfin, (^uols mots employer pour 
dépcuMlre un enthousiasme .roissant ? . . .• fli„„t6t nous 
«erons à (Jenùvo . . . Hél«s ! „„els mots ne p.vs trouver 
pour ne pas redire sans trêve, de la même fa^on, un accueil 
Identique î Do Constance à Genève, la marche triomphale 
aux étaj)e8 diverses f,.l mar<iué(! partout par la joie, Lausanne 
et Genève, co fut aussi vihrant .l'aillcurs, mais déjà plus 
inlnno, plus fiançais de ton -t d'allure, le couronnement de 
la joie, lo l)ou<iuet d'amour lo plus Ixjau . . . Et c'e ' aussi 
pour nous, la dernière étape, l'ultime, celle après 1 , le nos' 
yeux pourront caresser tiotm sol . . . 

-Journal île Ofitén, 10 avril, 116. 
LXX 
POUR LES SOLDATS AVEUGLES 
Au n» 93 de l'avenue des Champs-Elysées, un modeste 
étalage contraste avec le luxe des boutiques et «les palaces 
voisins : brosses de crin ou de chiendent, balais d'appartement 
ou de cuisine, on n'y trouve guè.e autre chose ; cependant 
cette boutique devrait être conn,.e de tous les Parisiens car 
elle ne vend que des articles fabriqués par les soldats aveugles. 
Entre les mutilé» innombrables de cette guerre, les aveu^-lcs 
méritent deux fois de lete. ir l'intérêt: non seulement leur 
infirmité est une des plus cruelles, puisqu'elle les rend à peu 



prè» iiicaiMiblos du «,. ,„,„i„i... 

devinnt i,„„il,. tout COU oTt ^^'^^ t"''',""'''''"'':''"' '""■• 

appa.-eil construit L" «ut ,u f *"'"•'*'"'; «"-'''>' qu'«n 
^crir.seatoutàfaU:uili,r ' ""' ' "'" """""- ^ 

Mai, tous les aveugles n'ont ni le, qualit,!, „; ,„ f .• 
™'l«i»e.- pour devenir sténogranl.es nuf '"""^tum 

— ur. Il , f„„„ ehoisir*;^^ t p ^r:" """""^"' 
n.et,er,,uipûtêtreapprisp.r!:„e, £ ::,^; ™ -x un 
dont le, p,„luit, f„,,,„, j, '''«<" «''-ué partout, 

caprices de U mode T^ l ' """ "">"« ""« 

ditions. Dus le p,u,Yoint "":, '''""' ^'^^ '"^«"^ «- 

fe-ler ses il a ! e se h "'"' ''"""«'" '™"^'^™ '' 

^ oiiiais et ses brosses, une fois „i,<. i„ 

revenu de sa d.^fianeetra.litionnelle aura d A . '^P''^»"• 
0, brosse, d'aveu.les sont tout LuT bien Tir''" T' 
brosses de voyants. "*" 1"« '«s 

lia double difficulté! e. r .!■,.„ • • 

de matières preu les e JeTeT'd"" " """^ '"""«"•' 

devenus ra,^s depuis la guerre et il faut dt , " "'"" 

Pour.cr.eru„eclient.l^.,uel,ue:'uSes;lC:ÏÏ:X 



ilil 



ri 



104 



EN TEMra DE OUEIIRE 



: 



II 

Si 

n 



rentrés dans leurs foyers ont céd>! un peu vite au décourage- 
ment, perdant ainsi le Wnéflee de leur apprentissage, qui 
coûte un millier de francs aux œuvrea qui s'en occupent, sans 
compter la valeur des outils, environ 400 francs. 

Il faut donc, à tout prix, rester en relations avec ce fabricant 
aveugle, aplanir pour lui les obstacles, encourager son travail 
en assurer la vente. C'est l'objet de la boutique .les Champs- 
Elysées et des personnes qui la dirigent. On fournit à 
l'aveugle le crin, la soie et le bois néces.saires ; on prend 
livraison de ses produits ; on les vend jiour .son compte sans 
intermédiare et sans majoration, le loyer du magasin et les 
frais de mCme nature étant entièrement couverts par les 
libéralités. 

De cette manière, balais et brosses peuvent être vendus 
exactement aux mêmes prix que dans les grands magasins 
D'ordmaire, quand on achète des ouvr.ige.- de mutilés, on les 
paye plus che- lu'ils ne valen. ; on y consent de grand cœur 
car on fait i ant tout acte de charité ; mais pour qu'une 
œuvre dure, il faut rendre au public la charité facile. Le 
magasin des Charnps-Elysées a la ferme volonté de s., .vivre à 
1» guerre et c'est pourquoi il a tenu à ce que ses prix fussent 
ceux du commerce. En achetant ses produits, la ménagè.e 
la plus écono.ne n'augmente pas d'un sou sa .lépense, mais elle 
épargne à nos soldats aveugles le danger de ne rien faire et la 
honte de mendier. 

Le dimanche, quan.l la somptueuse avenue est remplie de 
promeneurs, il n'est guère de fe.nme ou de jeune fille du 
peuple qui n'e.itre dans la boutique et n'y prenne un objet 
fût-ce de (nielqucs centimes. Tout Pa.-is devrait fai.-e comm.' 
ellea.et n'acheter de brosserie qu'aux aveugles de la guerre.— Z. 
—Journal des Déhirlg, 1.3 avril, 1916. 



EN TEMPS DE GUERRE 



105 



LXXI 
LA SEMAINE DE SHAKESPEARE 

Le 300» anniversaire de la mort dp «!l. i 
4 l'envi par L„„,|res et par ôxTri ^'''''''^'"' -' <'«'<^bré 

A Londres, les comint'moration, et le, .' ^ • 
succéder durant toute «ne sen.ainê r T """"'' ^""^ ^« 

........ rr":r:irr:"Srr"'~'i" 

autres interprète» illustre, Hn «1 7 '^"'"''■5' "' '^^'^ 

^- ^es 4.nentstr:.^;;S:'^::;i^;-' -r 

Heu an Royal ViotorL H.M TP""""!'"'™ ^e gala aura 
(Blackfriars>, la Wil ^f^ '' "" »"" ''- Apothicaires 
/--^«...r, comédie d! Ben S?"" """'""^ ''''P'--'^™ '« 

première fois au Bla kfrhr's P T'" ''"' '"' '"""^ ^^^ '- 
'«Ktriars Playl.ouse en ICOl. 

Oxforil est avec Londres la vil» i t 
shakespeariens. .Aucune bibîi Tl ^ " "'^'" "" ^""^«"'-^ 

Muséum, ne possède ZÏ'na,!:"''"!' '"7'" "<"'« ^" «^'"^h 
g-nd ho,nn.: qu'on Ï'e vonT todl " """/'''^"•^^ ^" 
gueillit d'avoir le seul exemnl • ^°'"""'"'"". Elle s'enor- 

de la première .ditlo^de Tw .HT '■'"' '" '"""'"' -«- 
exemplaires parvenusjusqu'àZlI^^'Tf.î''!;-'- 
des poésies de Shako.peare Elln " ' ' • '0" et 11" élitions 
plus qu'unique du Pèln-in n„! I'" f'"""?'»'™ unique et 

contient deux pages de it e 7' r"''- ^"""™ ''" ""2)' -• " 
et l'autre qui ne fe porte ^t Fle'ri"'"'' '" ""^ '''''''^'"- 
LHorèce (on n'en connaît 1 > ' '"'"""^■'•''^ <''''"■'"'« <1" 

de ^o4 du .ir«.cC <^' ; • ritiT'-ri "''' -'— - 

Elle pas,ède, en outre „„e fo 1 , "''' ''• 

— iq„eset.i.i,:;-:t—rZX 



!• 



106 



EN TEMI-S DE OHEllHE 



dont Shakespeuro est le sujet. Le journal tenu par lea 
adram.strat«urs do la Bodl.iienne atteste qu'au dix-septième 
siècle l,.s pièces de l'écrivain «itaient en gran.l honneur parmi 
les étudiants d'Oxfor,!, qui se plaisaient i. les jouer, et l'on 
constate que celles qu'il, aimaient le plus étaient d'abord 
Uoniéo, ensuite Jules César. 

Toutes ces richesses sont exposées pour deux ou trois mois 
dans la grande salle de la Bibliothèque. On y a joint des 
gravures et des photographies, des spécimens d'éditions étran- 
geras et une relique precieu.se entre toutes, un Ovide ayant 
appartenu à Sl,.;kespeare ; du moins ce volume des Mélamor- 
p/wses, porte-t-il sur son feuillet de titre l'abréviation Wm 
&hre~ou les experts en écriture reconnaissent la main du 
poète_et la mention suivante: "Ce petit livre d'Ovide m'a 
été donné par W. Hall, qui m'a dit qu'il venait de Shakespeare. 
Signé T. N. 1682." 

Enfin, dernier hommage au priète, l'Université d'Oiford 
a demandé leur concours à quelques écrivains étrangers 
pour composer un livre d'or à la gloire ,Ie Shakespeare. 
Notre excellent collaborateur et an« M. Henri Chantavoine 
a envoyé ce sonnet, que nous so.nmes heureux de pouvoir 
publier ; '^ 



A Shakespeare 
Poète, noble fils de la grande Angleterre, 
Fier et charmant génie, au long rayonnement, 
Dont l'œuvre de beauté vit éternellement, 
Comme le soleil luit pour réjouir la terre ; 

Pour mieux commémorer ton nouveau centenaire 
Que ton peuple et le mien fêtent en ce moment, 
Kogarde : tous les deux s'entr'aident fièrement ' 
i)ans l'etiort fraternel de cette rude guerre. 



EN TEMPS DE OUERRE 



107 



~'^'"""''' *"«<''"•'.', 26 avril, 1916. 
LXXII 

LES POMMES DE TERRE SCOLAIRES 

. Après deux années do guerre on n. "'''^® 

vie devienne plu, coûteuse • ui "'"™" '''^'"""<'>- que 1» 

- fon eo„,pare les prix de ^os „:!?/:' """" ''"'" '"-'-^ 
mais enfin elle exLe efc 1^ ' t"'"^ '''' ''^''«'-«"e; 
Wr .neVitent iWoud '''^ 1^"'^'"' '""'' P™" 
de ' Un.ver.sité, a eu l'heureuse îde dW. "''■'""'• "«''^«^ 
"a cr,se agricole et, ,lans la mesure Jn^'*"' "'' '^''"^'"^ ^ 
permis, de les convier à la résou Z T f °" ^'"'■•' '"""■ «»' 
est professeur, occupe danVh cal" ''"" -^anal,. „ù i, 

de l'ancien do.„,une'de Cout T"V''' '""" "- P-tie 
fer de TEtat la ,li.s,,ositio- >■„„« n èce H !"" ''''' "'"""'"' ''o 
f ves cultivent à leurs ! ,41 I t"" '"''"■"" <ï"^ '-' 

>'» ont ensemence trois a e t oT ''V'"''''"''^ J"""' 

»-~iami.eenvale,,r:ei, :e7:,etcr^ et ils 

Un professeur 4 ri„stit,.t „ .■ ',"'*" «•"""?■ 
«en voulu les aider, su e t "Î" "-"---'lue, qui a 
haute compétence, a vivelelT " "TT; ''"^ ™"'"'"^ de sa 
velopper cet emploi de la I^;„ ,' ^'"'^ ^^ I^varenne à dc=- 
|es jeunes l.cJs set it^ "^rr """''"• "' "'^ ^''^■ 
—•-X. D.a,„,d i,, sonrfil'";;^^^"'-^"-'' de se livrer à ces 

--saupa,s.depi::t;i:-:î'--- 



108 



EN TEMPS DE GUERRE 



exercice en profitant d'excellentes leçons de choses. Enfin jls 
ont le plaisir de faire en même temps a^uvre de charité, car 
leur intention est de partai^er la récolte, une fois les fn'-is 
couverts (le maître s'est ciiargë des avances), avec l'icuvre des 
Soupes populaires de Sceaux qu'ils subventionnent depuis la 
guerre. 

Encouragé par ce premier essai, M. Ijivarenne désirerait 
associer à sa tàilie le plus grand nombre possible de lycéens ; 
mais, pour cela, il lui faudrait trouver des outils et des cadres. 
"Je suis certain, nous écrit-il, que beaucoup de personnes 
possèdent des outils de jaidinge (bûches plates ou à dents, 
binettes, râteaux, crocs, fourches recourbées, brouettes, etc.), 
qui iie leur servent point, et qu'elles pourraient me pu ter. 
J'en aurais naturellement le plus granil soin, et je les. leur 
rendrais en parfait état, réparés au besoin. A Paris ou à 
Sceaux, je rae ferais un plaisir de les faire prendre et, plus 
tard, de les rapporter, à domicile." 

" De même, je suis persuadé qu'il y a un certain nombre de 
personnes désintéressées et sans occupation fixe (oHiciers, 
professeurs ou instituteurs, rentiers, etc.) qui pourraient 
disposer de leur après-midi du jeudi pour venir diriger chacune 
une équipe de mes petits travailleurs. La direction technique 
étant assurée, il ne s'agirait pour elles que d'un service de 
surveillance à la portée des moins habituées à ces travaux ; 
elles rendraient ainsi au pays un service qui, pour n'être pas 
auréolé de gloire, n'en serait pas moins réel ... Si l'après- 
midi entière paraissait trop longue, des roulements pourraient 
s'établir. U« peu d'organisation viendrait à bout de toutes 
ces difficultés." 

Les jeunes ouvridc de Lakanal ne se flattent pas de 
résoudre à eux seuls le gros problème de la vie chère; mais, 
comme le dit leur professeur, ils donnent un exemple, et cet 
exemple a chance d'être suivi. Sauf les lycées parisiens, 



tiste, 



IN TEMPS DE OUEKRE ]09 

^ranoe ont des jarchns ou des maisons de cunnagne Si 
chacune d'elles ense-ne,,™ une parcelle de tene la "éecHe 
comme„ce,.a à devenir séneuse, sans con,,„ ' !„ ^ „ 
m t.ac.ve suscitera partout d'autres Ix-nnes v, lo„ J aThsT 
-ou e vœu de M. Lava-enne, la jeunesse scolaire aura ta 
Jo.e et le u.ér.te "de porter re.nède à la crise a-Ze 1. 
en même ,.,up. ,„•«„« eause la cherté de la IfeohuTt 
augmente les importations alimentaires et con.ril „; pa II Î 
a. sortir l'or de France, i affaiblir notre change, à ^eÎ 
la crise des transports. "—Z. s-joraver 

-Journal ,1,, l),l„,», is ,„ai, jgig 

L.xxni 

LA SOCIÉTÉ GAMBETTA AUX JARDIES- 

La cérémonie qui riunit annuellement les, ami, de Gaml..H 1 , 
pieux pùlerinajje aux Jardies emnruntait «,„ <"">'''etta .Uns leur 

exceptionnelle imnortan™ ,"''"""■"" »" c„c..n,ta„<.e, actuelles une 

M. L Freyciner';::rr:a?£:;fr"^''^"'"''''"" '"" ""'^^-'"« P« 
Discours de M. de Freycinet 
Messieurs, 
Les temps présents évoquent l'Annco terrible et, avec elle 
la grande hgure dont nous venons ici saluer la mémoire Que 

depenseess'éveillentennous! O',stledran,edel8^0 lui-ml 
qu. rev. dans nos esprits : la France envahie jus,,u'à al"" 

a.ms Par, et ne comm„„,.,ua„t ,,lus avec le dehors ; la province 
désemparée, hvrée à toutes les entreprises de l'enn^ui 

A Tcurs. une délégation du pouvoir central essa^-e d'or^-aniser 
la .^.stance. Mais ses elforts sont frappés de stéribtr L 
e™ha^ice_m;^^ ^^^ 

'La villa des lardies k Viiu jm . — — 

Ga,nbetta. le 3. ic. " 4 lï^^^ a^" '"^' "" "'' °""* 



i1i 



110 



EN TEMPS DE OUERRE 



accabli'e par les revers, doute d'elle-nn"me et, ne voyant pas 
d'où pourrait venir lo salut, elle attend, dans une morne 
inaction. 

Un homme paraît. Quel est-il 1 II appartient au gouveme- 
luent de Paris. Sa personne est encore peu connue, quoique, 
depuis deux ans, son nom soit fvîqueminent prononcé. I! a eu 
naguèrt des débuts retentissants. Il a osé, dans un prétoire, 
faire le procès de l'Empire et, au corps législatif, présenter 
l'apologie de la République : miracle de l'éloquence, il a été 
écouté. Il est jeune, il est ardent, il remue les foules. On le 
dit habile. Certains assurent qu'il est sage et que, sous des 
dehors impétueux, il garde toujours la maîtrise de soi-même. 

Les conditions de son voyage frappent les imaginations : il 
est venu à travera les airs, sur un de ces appareils, si rares 
alors, où s'aventuraient seuls les aéronautes do profession. Les 
balles prussiennes l'ont assailli, effleuré même, tandis qu'il 
devisait tranquillement avec son ami SpuUor.' Il a le doul>le 
titre do ministre de l'intérieur et de la guerre. Il prétend 
lever des armées et délivrer Paris. 

C'est ainsi que Gambetta fit son entrée à Tours, le 9 octobre, 
1870, au milieu d'une agitation indescriptible, bientôt propagée 
jusqu'aux confins du territoire. Alors se produisit un phéno- 
mène extraordinaire, à peine croyable : en quelques heures, la 
disposition de tout un peuple fut changée. Ceux qui, la veille 
encore, déclaraient la résistance impossible, relevèrent la tête 
et dirent fièrement: "Pourquoi pasV Lo. foi éteinte se 
ranima, comme allumée par une traînée de poudre. 

Que va tenter le jeune tribun, en possession d'un pareil 
crédit? Quel sera l'emploi de son éloquence? Il s'agit 
d'étreinare les réalités, de créer, d'organiser. Dès ce moment, 
Gambetta se révéla sous un jour que nul ne soupçonnait. Cet 



^SpuUer (18.^5-1896), grand ami de Gambetta, journaliste, 
homme politique. 



E.V TEMI'S DE OUEKRE 



ni 



habitu.! du forum «e renferma dans mn cabinet de travail II 
scruta attentivement la situation. Il interrogea les rares 
personnes qui pouvaient le bien renseigner. Il mesura les 
dithoult^s, calcula les ressources. Sa rdsolution fut prompte. 
A l'étonneraent de ceux qui croyaient le connaître, il appela 
h lu, non des hon.mes exercés i parler ou à écrire, mais 
des admm,strateurs, des savants, des ingénieurs, des chefs 
d.ndustr.e Ses cl.oix arrêtés, il voulut s'assurer la liberté 
despr.t et I, «dépendance d'allures dont il allait avoir besoin 
pour effectuer à travers la France cet a,lrairable apostolat qui 
suscita tant d énergies, n constitua lo n,inistère de l'intérieur 
de manière i pouvoir le diriger de haut, il préposa au ministère 
de la guerre un délégué investi de sa confiance. 

tJne semaine avait suffi. Gaml«tta entreprit alors une 
série de voyages, coupés par des séjours i Tours et destinés à 
e mettre en contact avec les régions les plus menacc-es par 
1 ennemi. Cest là qu'il donna toute sa mesure de patriote et 
d homme d action. C'est là qu'il montra un courage, un sang- 
froid, une persévérance que rien no put lasser. 

Relisez ses harangues aux camps et dans nos cités Ah < 
vous n y trouverez pas les recherches de langage et le souci des 
applaudissements. Vous y trouv.re^ les fortes objurgations 
les appels émouvants, les cris arrachés par les douleu.-s de 
Imvasion. Vous y venez l'orateur tout entier à sa cause 
soubhant lui-même et d'autant plus entraînant qu'il est dé- 
sintéressé et qu'il se confond avec la chose publique Sa 
parole dépasse sa personne, elle est nationale. 

Ainsi s'explique l'ascendant profligieux qu'il a exercé sur 
lésâmes. Ceux qui l'entendaient ne disaient pas: "Comme 
Il a bien parlé!" mais ils disaient: "Suivons-le!" Et en 
effet, ses auditeurs devenaient .ses partisan.s, ils lui 'ap- 
partenaient, ils ne le quittaient plus. S'adressant à un peuple 
généreux et clairvoyant, qui n'est pas dupe longtemps des 



'M 



us 



IK TEMPS DE aUEUKE 



llij 



calculs égoïates, il employait, peut-on dire, d'instinct— car c'était 
le fond de Ha naturo — le moyen lu plus piiipie À no rattacliiT ; 
il se donnait i lui et se faisait son serviteur en niùine temps 
que son guide ; entre eux se scellait l'union délinitive. 

L't'loqiience de Ottml>etta itiùt toute d'action. Elle ne se 
proposait jamais d'établir une thèse abstniite (sauf peut-être 
au Corjis législatif, quand il démontra la supériorité de la 
Répul)liiiuc) ; elle avait toujours pour but de préparer et de 
faciliter quelque importante démarche. Non seulement pen- 
dant l'Anne» terri'jle, mais depuis, ses di-seours tendant à 
l'action, ils en sont pénétrés, ils la respirent. Chacun d'eux, 
au cours de la guérie, fut un gain pour la défense nationale; 
ils créaient do l'énergie, dont bénéficièrent les champs de 
bataille. Eloquence qui ne ressemble à aucune autre et qui 
défie toute comparaison. 

Comment s'étonner que sous l'impulsion d'un tel chef la 
résistance de la province, durant les cent jours de sa soi- 
disant diotatu ■<", ait dépassé les prévisions les plus audacieuses? 
Connnent s'étonner que dans ce court délai, malgré les pertes 
déjà subies, huit cent mille hommes, qu.itorze cents pièces 
d'artillerie aient été envoyés aux années, (|ue des services nou- 
veaux aient pris place, que des établissements soient sortis de 
terre, que des généraux improvisés aient fait figure de grands 
capitaines, que, en un mot, l'etfort de la France, réduite de 
moitié par l'invasion, ait cependant tenu l'ennemi en respect 
et même ait attiré un moment sur nci armes le sourire de la 
fortune ? 

L'épopée eut une fin tragique. Mais le sang répandu ne le 
fut pas en vain. Nous prîmes conscience de nous-mêmes. 
Cette défense, dans des conditions désespérées, a montré ce que 
nous pourrions acconiplir un jour, si, mieux préparés, nous 
rencontrions le même adversaire. Dès lors, à l'amer sentiment 
de la défaite s'est mêlée la ppnsée que cette défaite n'ét.'xib 



EN TEMPS DE (iUEKHE 



113 

, les 



p autre pirt, nous avons distin.Mu! :, ,|,., .; , 
qu'une p.roille déf.n^e. W.n^raire ôn'I " " """"""'' 

avait valu J-e.tin.e du n.Ile I . /^"''''"''-^ """' "•'"'■ 

-prè» Sedan eût perdu son rang. ' ""'" '"^ "™'"' 

Quelle reconnaissance no devons-nou» „„. 
quiasudi.cer„eretos^,uiv,.e.rvôr T f"'"^ "'°y"" 
trouvait lo relcv,.,ue„ti O „ "" "' ^° ''"1"^"" »« 

aux vertus au Tnrl;- ^^ "'^-'O'- """^ rende fi,161es 

.-.ïclinent. Ivl eo, ueTl ?'" '""'"^""^ '"^ P^P'» 
u« patriotisme Z^ZZ:: Ï^T''"" '"'" '"' '""•^"- = 
on.bn.«eux, Avons la II :, ^ I^ 7 LT^f "^ ^'^''::"' 
initiatives fécondes la confi,, • liardiesse et des 

eeq..tern.inel^c^;:--— tlXr-^ 

acSr;:;:::;^: tr^"'"^ '-''- p°- '■--. - «ne 
-voulue, ,uis;srT::;:r,"''^"°"""^ 

Que chacun de nous se' dise ou J ,/—'--/-'-• 

grands <!ve„e,nents de l'histoL O, T '^ "" '^"' P'"" 

w oa..ttanousaii::„r;x:s:îsr 

action, changer la vo,o„t/d\n ':„';.; '"' "" ''' ^^"'^ 
flan>,„e et l'entraîner au. dernier ^ri 1 T"""'"" '^ 
tournent d'autant plus vers ee r,n„rjr .v^ ^'""'' '" 

avons à soutenir la',™, lutte erorde'n""'"' """ """" 
énergies sont tendues contre le .nlre.t::'"" "'"''' "°^ 

Quel surcroît de force fÎMmhoft-» 
-t. par,„i nous 1 .T'entTndt:: rreTrlu^r" '" f" 

refrène I.. ..npa.ences et nous annonce la lun,ière au delà des 



114 



T.S TEMPS DE OtTERRE 



ni 



ombre. pmiMgArM. Ello crie la vicU.ire (Uîflnitiv.,. Je le voi» 
contempler d'un regard cliariii^ un Kinn.e, telle qu'il l'avRit 
tt'vée, avec Bi^snllianee» naturelIcH et ses amitié», entoura du 
respect univemel. . . . 

Cette joie ne lui a pas ëuj donnée. Il n'e.t pas témoin de 
ce« merveilles : la nation tout entière debout, nos divisions 
oubliées, les clasKcs confondue^ tous ces liéros fraternellement 
unis, allant au péril le front liaut et le visage souriant ; ces 
mères et ces épouses qui, dan» leur résignation sublime, 
sèchent leuis larmes et offrent leur deuil i» la cause saci-ée. 

Nous, qui traversons ces journées douloureuses et magnifi- 
ques, n'oublions pas que fiamlietta les a préparées. C'est lui, 
c'est sa résistance obstinée qui a laissé dans l'âme du pays la 
croyance que l'arrêt du destin n'était pas irrévocable et que 
l'avenir nous ménageait de justes retours. Il nous avait 
appris i^ ne pas devancer l'heure du conflit sanglant, à le consi- 
dérer toutefois comme inévitable. Il voi lait que l'agression 
nous trouvât calmes et forts. 

Les temps sont révolus ; l'agression est venue plus brutale, 
plus inique, plus inhumaine qu'il ne l'avait sans doute prévue. 
Pénétrés de ses leçons, opposons à l'envahisseur une invincible 
constance. Déji son élan fléchit. A travers le fracas des 
armes apparaissent les signes <le sa lassitude. Le règne du 
<lroit s'approche. A la France l'honneur d'avoir combattu au 
premier rang pour en assurer le triomphe ! 

— Journal de» D^Jmt», 22 mai, 1916. 
LXXIV 
EXPOSITION DE RUINES 

On vient d'inaugurer au A'nnslgetverbemuaeum de Francfort 
une exposition d'art. Elle rassemble les vues de villfes et 
villages du front occidental. Pour les pays occupés par les 
troupes germaniques, les clichés ont été commandés par le 
ministère des cultes ii la Société géographique de Berlin ou 



EN TEMI'S DE OUERIIK 



116 



^irt-^J" P''T«™P'"-' '"'"'"'■)•-. t<.n-.i„.s impartiaux- 
pour le, région, demeurée, aux main, ,1,.,, Alli.^, on .1» 

recours ù niM illuatration» Pt 1« f....f i , 

n... I«« «Il j ^™wons. «,t jo t„„t ^ ,,,||. i^^i^ ^ ^ prouver 

que les Allemand, ne ,ont pa» de. Vandale,. 

Une première section contient les ville, ,<p«rgn.!es- en 
Belgique, Bruxelles, Anvor,, Gand, Bruge, ^ounm!'. 1 
France, Sai„t.Que„tin, Laon, No,;„, OU 1^; 8ed„r 
au^nt de c,t.s que l'Allemagne pouvait détruire et quVl e ""a" 
pas dtru.tc,, autant de preuves vivantes ,!o sa uluZ"on 
Dan, la seconde, figurent le, villes mutilées. Celles ,aur' 
b.en entendu, plai.lent e„ faveur de l'Allemagne, au emeT; 
elle, ne serau,nt pas là; mai.,, pour cou.pren.lrTle r pW wë 
on a l«s„.n de quelques explications. Un cer-ain .1, «teur W 
Sel., les donne dans la ffoîe«« rfe /Va»c/or«.' 

Voici I^uvftln. L'église Saint-Pierre a été incendiée • elle 
aperdu son toit gothique, son orgue de la Re,.ai.s.,ance: A 

tlt T ■/ '* '"'"'■''"''" •""'«• «l"'- - *■•""' -'ur del 
tmupe, régu hères, avait mérité des représailles. Les o/Hcier 
allemand, n'en ont pas moins sauvé, au péril de la Le 
trésor de ^ghse, le, peintures célèbres de Dirok Bouts t de 
Van der Weyden. S'il n'avait tenu qu'à eux, la bibliotl, „e 
m._allee dans les anciennes halles, existerait encore; mai, ell^ 
^Uitentouréedebaraquesqui brûlaient; ses fenêtre; n'avaient 
point de Persiennes et les conservateurs n'étaient pas l'i 

A Maline,, S,int-Rombaud et Notre Dame-au-delà-cle-la-Dyle 

de la bataille, recevaient à la foi, le» coups de l'artillerie 
allemande et ceux de l'artillerie belge. Sn ne peut I 
injustice en faire plus de reproches à une armée qu^ l'aut" 
L« destin le plus tri.,te est celui de la ville d'Ypres; se. 
Ha les fameuses ne sont plus q.un lamentable .squelette- 
mais ,ci l'Allemagne e.t hors de cause. Si, au début, ZZl 



'Gazette rrancfort= Frankfurter Zeitung. 



116 



EN TEMI'S DE nURRKE 



vue obligite, à non corps ili'feiidimt, <Iu IjoihIhihIlt l'tnliAce, elle 
ne l'a fuit que diiii!i In iiiiwuio 8iii.:toiiu>iit iKicessiiiip, tandis 
que le» Aiifjliiii n'iicliiiini'iit uni» excMi»» k ciinsoiiiiiirr «a ruine ; 
les Allemands asuistent, la mort dans l'irae, ii cette sauvagerie. 

I« doctfur W. Soh. passe sans s'nrn'ter devant les ruines 
d'Arroa. Il convient que la ville a rtiS iSprouvtio, qu'elle a 
perdu doux <!glisus, son uiusl'i', non ancien palais ëpiseopal, les 
vieilles maisons de ses places, et qun l'hôtel de ville n'est plus 
qu'un tas do di-coinlires ; mais la tour qui lo surmontait 
dominait au loin toute la plaine. C'était pour l'artillerie 
allemanile un devoir de' la détruire. "Tandis que la cathé- 
drale de Soissons n'ay mt pas été employée à une ilestination 
militaire, a été respectée par nous et est demeurée indemne." 

Il faut que les collections photographiques de Francfort 
soient bien incomplètes ou que l'auluur du boniment ait un 
fameux aplomb pour soutenir pareil m'-'isoiijrfl. Ti>us les 
Parisiens ont vu au Trocadéro ha clichés ;eprésentant la nef 
de l'église de Soissons encombrée dos assises d'un pilier rompu 
et de deux voûtes entraînées dans sa chute. Ces clichés ont 
été reproduits dans nos illustrations ; il ost impossible qu'en 
Allemagne on ne les connaisse point. 

" La plus grande émotion, continue le docteur, a été causée 
par le bombardement de la cathé<liale de lleims. Bien à tort I 
La responsabilité en revient aux Fraii<;.iia qui ont mésu.sé de 
cet édifice eu l'employant i des fins militaires. Un poste 
d'observation ayant été placé dans la tour le 19 septembre, 
1914, nous avons dû ordonner, à midi vin^'t, un tir qui a 
atteint cette tour à l'angle externH et supérinur. Depuis lors 
aucun tir méthodique n'a été dirigé contre la cathédrale. Il 
se peut qu'elle ait été touchée par des projectiles égarés que 
nous destinions aux batteries placées dans son voisinage 
immédiat, à droite et en arrière ; mai.s li cncoje il ne faut 
accuser que le commandement fran(;ai3 qui, par sa tactique, 



K.V TEMI'S l)K OUEHIIE 



117 



HOU, , contr».nU ,lo l..,ml«t,-,l,.r li,„.<ri,.„r .le l,i v.ll,. Le, 
I. cath .Irai,.. . ,„.t p„, c<t.i .l.^truitc. pnr ,„« l.„„,„.,. .„ 

v,no e,nl. H,„,. U h,m„. t,.,np.M-,.t„re » fuit »e M„.l«ver et «, 
ddUchcr la c„ucl,„ superHcielle do la pi.Tro calcaire " 

Il y a dans es alKrmallona autant ,Ie ,„on,o„„o, n„o de 

J.n«^ '"- Elle la .,.5 ....s ,e 4 se,.,,.,,,,,,..,, Iors,,uW 1 

en n.e. .,„., p,,,,..,, d„ p.,.|,.,„..n,ai,...., po.du, ou ret...,,., l", 

dans le, env,ro,., ,„„„,Miat, de la eatl„^drale, .,ui fut ,m 

«rat.,„.. ,„r leurs .dalK.u.ure, ; trois aitoi -, iront S 

Renn. p usu-urs „,„res Saint-A„,Ird L-s ol„cî:,.r, de, t™U 

pnncpales dgl.es avaient donc été vol,.„tair,.,nent vi J 

Ja,na,.s, a. avant ni ,1opuis le 1!) ,ept i.,.,, „„„„„« I«tterie 

dans sa l.gne, a quH.jue .J.st.nce ,,uo ce soit. J^, bI„, 
vo,s,neseasonttelle„,„„t dloi,n.U-s, q,.„ rar.ilN.rie alCande 
Heraa b,en „,al,,.lro|.e s'il fallait attril-uer à de, erreurs de 
es cent c^ur, ou eut .y,* obus ,,ui ont atteint la cathedra ^ 
(Nous parlons dos obus et non <los .in.ples éclats ) 

Enfin le docteur alle.nand assure que le fou a été com 
mun„„.d à IVc .afaudage par les fla„„„es de la ville iln ,X 
Le quart,erqu. brûlait, le 19 septon.l.re, est au sud-e" dit 
cathclrale; son foyer le plus rapprocl.c, l„ p.Uais arcbicp sjpar 
^ta,t séparé de l'échafaudage p,r toute la longueur et Z ri 
argeur de r.nnnense église ; co„„„cnt aurait -d pu tr, n^lttL 
le feu aux charpentes de la tour nord.uest ? Une fou^ 
de én,o,ns affirment au contraire et prouvent p,^ d's 
^hoU,.raph,e, q„e l'inecndie s'e,t déclaré »ur trois Jon.ts t 



118 



EK TEMPS DE CUlSlillE 



"Les nécessités de la guérie, conclut le docteur, ont des 
'Uires cruelles. Mais jamais, du côltS allemand, une œuvre 
d'art n'a été dûtiuite par malice. La haine aveugle, l'envie 
exaspérée ont seules pu imaginer une si o<iieuse calomnie." 
Pour faii'e justice de cette prétendue calomnie, les arguments 
de la Gazutte <le Fram-fort manquent vraiment trop de force 
et de sincérité. Mais il reste h, nos ennemis un moyen 
autrement etKcace de prouver leur respect pour les chefs- 
d'œuvre de l'art. Ils en ont quelques-uns encore au bout 
de leurs canons. Qu'ils réduisent le nombre des obus 
"égarés." — Z. 

, — Jouniitl dt'j* Itiihaia, 2.3 mai, 1916. 



LXXV 

A LA SAINTE-CHAPELLE 

La messe à la mémoire des avocats morts pour la Patrie 

La Sainte-Chapelle, où, depuis la suppression de la messe du 
Saint-Esprit, dite messe rouge, en VMS, n'avait été célébré 
aucun service religieux, a été ouverte, ce matin, à dix heures, 
pour une céi-émonie émouvante k laquelle s'est associé le Palais 
de Justice tout entier. Une messe solennelle y a été dite i la 
mémoire des membres du barreau morts pour la Patrie. 

Le président de la Répidjlique, se souvenant qu'il avait été 
membre du Conseil de l'Ordre, avait tenu à assister à cette 
cérémonie avec Mme Poincaré. Ils étaient accompagnés du 
général Duparge. 

M. Raymond Poincaré a été reçu par M. le bâtonnier 
Henrl-ltol>ert, ainsi que par M. Brunet, député de Cliarleroi, 
délégué par M. Tlieodor, bâtonnier du barreau de Bruxelles, et 
Ini-méuie ancien bâtonnier. 

La messe a été dite par M. le chanoine Delaage. L'absoute 
a été donnée par S. Em. le cardinal-archevt.jcte de Paris. 



EN TEMPS DE GUEKRE Jjg 

f,.J^.'* f° ''- '^ '='^^"''"'"''' Mgr Ainette a prononce l'élo™ 
funèbre des u, ; „„U -. -fe, .««r ,e Présùlct de la UrubU 
que, Mo„,,e„ ,. ba.,n„i, -, a-t-il dit en substance JsS 
he„re„x de sa,,, da... .^te Sainte-Chapelle où tôuf noû 
rappelle les gloires de la patrie et les efforts ae olnH 

qu. par son abnégation et son diivouement a,ix plus sainte, 

ause, honore „otrepa,3. Les avocats ,„i ont 00,2" 

a France éta,ent avant la guerre les cl Jnpions d„ dro t l" 

ont restes. Aujourd'hui cent quatre d'entre eux ont Irii 

le, r v,e à ,^e grande cause, et soixante de leurs fins glorieuses 

ont fa,t l'objet d'une citation à l'ordre de l'armée." 

"Que d'actes hëroïques ils ont accomplis .' que de mots 
subhmes ,1, ont prononcé. ! L'un d'eux dl,,it .- '"Mon D^eu 

Sécnait. 'Je SUIS heureux! Je meurs pour ma natriei" Pf 
n'éta.t.elle belle entre toutes, ,lans le sacrifi et' djsinfé 
ressèment qu'elle révélait, cette parole d'un mourant ' Je 
su. perdu mu.s qu'importe si nous avons la victoire." il 
V. to,re, ou, nous l'aurons par le courage de nos soldats U 
force de nos armements, la science de nos gé„é.-aux Ma 

-Jonrnal ,/,., /J^7„„,,, il ^^i^ ,,,,5 

L.KXVI 

Extrait ,l'„„e Conférence faite dimanche 21 mai à la Li,,,., A. 
lan.e.g„e,„eut p.r M. Ca,„iIlo Jullian. ,ne„.b,.e ,1a îl.fstÎLt ' 
Le passé vous montre d'abord que, de l'autre côté du Rhin 

a e l-r: rrr""'''"'^' ^'^"'^"■^^ "°" P- desadversai^s 
que Ion co,Mbat d,vns un moment de dispute et avec lesquels 
dema,n. la réconchation ou l'oubli seront possibles, malde 
ennem,sà„nd, de toute du,.ée et de toute mauièr; nat^^ 
et mev.tables-je d.s de leur côté et non pas du nôtre,^ 



120 



KV TEMPS DE GUERRE 



nous, nou9 sommes la race qui ignore la haine, qui ne sait pas 
être une enneinie implacalile, qui veut plaire à toui. Eux 
depuis vingt siècles, ont toujours eu la jalousie, la convoitise 
de la Gaule, de la France. Tels ils sont maintenant, tels ila 
étaient au début de l'Iiistoire connue. 

Il y a vingt siècles, le plus ancien chef germain dont il soit 
fait mention, Arioviste, se glorifiait un jour de ce que ses 
soldats et lui étaient demeurés quatorze ans sans s'être reposés 
sous un toit. Vcnl.'i, Me^ieurs, la première parole germani(jue 
qui ait été lancée dans le monde. Ainsi, le repos auprès du 
foyer, la causerie do ceux que l'on aime, le labeur pacifique et 
fécond (le la campagne, la jouissimce normale des bienfaits de 
la vie, Arioviste le (iermain se vantait do les avoir ignorés. 
Ce qu'il avait fait durant ces quatorze années, c'était la guerre 
rien que la guerre, et c'était en Gaule qu'il l'avait faite et 
contre nos aïeux. 

Plus d'un sie,:lo se passe, et voici que de nouveau des 
Germains francliissent le Rhin et pénètrent sur nos terres. 
" Vous vous en étonnez ? " disait aux Gaulois le général romain 
qui les défendait. "Mais c'est là une histoire éternelle. Ils 
ont de mauvaises terres, hérissées de forêts et salies de 
marécages ; et vous en avez d'excellentes. Tant que vous ne 
serez pas les plus forts, vous ne jouirez pas en sécurité de vos 
maisons et de vos vendanges." 

Le Romain avait raison : c'est "l'éternelle histoire." Cette 
fois, d'ailleurs, les Germains furent les plus faibles. 

Deux siècles plus tard, il y a de cela seize cent cinquante 
ans, ils furent les plus forts, et les bandes germaniques cou- 
rurent par toute la Gaule, depuis le Rliin jusqu'aux Pyrénées. 
Ce fut la fin d'un monde : et jamais plus notre paya ne devait 
voir désastre pareil. Toutes nos villes furent détruites, ces 
aimables et joyeuses villes bâties par Rome, étincelantes de 
marbres et parées de statues, où depuis trois siècles on 



EN TEMPS DE GUERRE jjj 

^^:«S"L:Ï:rr^-^---"- «ave. 
pourquoi ,e,A.™es de rr„e Mon "^ "' """ '>"'""« '"""" 
muâmes disHue-s, ;t l'^l^rt:"' ""'^ '^t ^""' "« 

des empereurs), oZnler '""'^ <''" "'•'-"' '^'^i^ 

Mais,. uven:r:::t:r;-tr7"'''" "'''"■ 

qu'il put trouver, tous leslouTJs', /?"" '"^ '"' "''"""-«^ 
chanter un Alléluia si fornu Kh^ °7' ™'"' '' '' '^- B' 
Paris en tremblèrent "St3•^:^*<""- '^ --ns de 
poitrines. Puis,aprè.cerros^//; "f"™' "' """ P^' '«^ 
déguerpit, se fi ^tte f on T "'™^''"="''' ''""'?<'-"'• 
que 4/„>-;our ifetf^ 'L " ,"'• """"" P'"^" ^'™^ voyez 
valaient ce„;£S;:.r"^ ''"'"' '"'^ ^"^"^-^^ <^« J''^'^ 

•■aSr^;riS:';:^^f^^'-HveduHM„. 

aurions do„„^ ,a „,-,trë Mlin •',' "' '"^''''^' "'"'^ '-"• 

toujours. Les ^^ s du^' f"" ' '' "' '™P '''^'^' "=' P"- 
longues. Ilyav,™^",'^ n°' '=""°''«^' ^' «"«' ^«"t 

o y a v.ngt siècles qu'elles se sont formées 

,.*i~;r' .lier'" *"- - "•■• — 



122 



EN TEMPS DE OUERKE 



courroux ni rancune. Kt cVst l)ion uno altitiuln de s.iMiat 
français, 1 yal et généreux. 

Mais nous, hi.storiens, ce que hdus voyons contre nous, 
contre la Frai.oe de tous les temps, c'est l'ennemi qui, depuis 
vingt siècles, n'a jamais désarmé, qui nous a enlevé tant 
d'êtres et tant de joies, à qui nous devons toutes les ruines de 
nos édifices, qui guette sans répit nos instants de défaillance 
pour prendre conti-e nous son élan do bête do proie. S'il nous 
inspire de ia colère, je vous assure que c'est une colère juste, 
oli s'accumulent vingt siècles de périls fran<;ais. Et, comme 
cette colère, la guerre qui l'accornpaiîne est une guerre juste 
oii tous nos héros morts, oii tois nos monuments mutilés, oii 
tous les souvenirs do notre histoire se rangent h côté de nous. 
—JourtaJ th» n'halM, 24 miii, 1916. 

L.WVir 
UM CONCOURS DE "MINTEUX" 

Un journal de réfugiés nous apprend que, parmi les réfugiés 
du Nord qui ont trouvé un asile à Caen, on ouvre un grand 
concours de .}finteux, autrement dit de hâbleurs. 'Tous les 
gens du Nord résidant dans le chef lieu du Calvados sont 
invités à comparaître devant un jury et h lui raconter les plus 
énormes mentiriea qu'ils auront pu imaginer. Le concours se 
poursuivra pendant cinq séances et sera doté de nombreux prix. 

On s'étonnera peut-être, au premier abord, que des septen- 
trionaux puissent avoir le goût de prendre part à un tel 
concours et le talent d'y réussir : la gak-jade passe pour être 
essentiellement du Midi, et l'on imaginerait volontiers qu'elle 
ne pi it fleurir loin de la Cannebière ou do la patrie de 
Tartarin. Mais il se peut justement que des gens, qui sont à 
l'ordinaire d'esprit positif et d'imagination calme, goûtent à ce 
jeu b plaisir de la difficulté vaincue : le fait est que, nonobstant 
les théories sur la psychologie de.s races, le concours de Miuteux 
est un ancien jei. des Flandres. 



EN TEMPS DE GUERRE 123 

L'histoire de nos ancêtres nous offre du restp rt. „ . 
exemples de mentiriez: Q„a„d ,;• °" ™^'«' d« nombreux 
voyageurs au mssa^» r. "^ >and les Gaulois arrêtaient les 

p.ai.ir des a^ditZlr;; f" vif'; 'î ^^•"r*'' ^r ^-'^ 

généreuse. L'homme nui f„i • ''o-'P'talité plus 

à arranger un p riTvé rit 1' "' P°"'" "«'"rellement 

-^u:evoi:îi;.r1^:::;^7^---««= 

sarrôter. 4"<"io u est dithcile de 

ai"/Sô:s~;!::,ru: ;''" 'r ^""^ -'-"^«-nt 

histoires de ce ge^e ne t "l In" '"'f "''"'"''"'^ ' •"'<"'- 
geste ! Lune d'el L mont,l Ph ,""' ''•''"' ""' ^'"'"^""^ ^e 
par l'empereur de ConTa ^^'•'«'"''S"« «' ^e' pairs reçus 

L.e.drnsu:elmit :rvî^^^ rr' '^ ""■'• "-"'- 

Pour charmer la lonZeur de 7.u ' °"' P""'' ' ''°™''-- 

chacun racontera so^hllil 1; T""""' "' '^''«'''«°* q»' 
•■empereur de Constmtiotr '"T ''""• "" ^°" «"''■ ^'' 
les Lentions de es h te sT /" 7"""^^ '^'^ P^"^-« «' 
creuse; il ne périt rien h "' '''"' ""' ""'"""^ 

a«>u.;^.s,u'a^:tl"ï 1 Z!:^vt^it-' ^' " «■- 

dans ce gab, il e'tait „„ "'^"'^^'''^ «''b d'Ohvier. Mais, 
vengeance'l'em; Leur de'cotr . ^ P™"" '"^- «^"""^ 
et comment le gab diierTetërJ "" '"^ ""^ '"^'"'^ 
ce qu'on appre,fd à ,a «: rCh™ ''" "" '"^^"'«^' ■='»' 

dit-il à son é^^ je conr '"7"' °'"''""''''- «^''■'^ ^ 'oi- 

u^ait„ne.„i^;r: ^^LVeTdr :-^' " '^' r ^ «' 

q..e le lecteur est tout ébaubi cl7u,^" , " " P'-'^'^'^"- 



124 



IN TEMPS DE OUERBE 



il était déjà sous les ombres de la mort ! . . . Et Roland, 
d'ailleurs, avait le droit d' " exagérer " I 

Que les réfugiés du Nord, autorisés par de si glorieux 
exemples, ouvrent donc leur concours de Minteux. Ce jeu a 
l'avantage de n'être ni sanguinaire, ni coûteux, puisqu'il ne 
demande que des frais d'imagination j en outre, il emportera 
ceux qui y prendront part loin des tristes réalités présentes et 
leur fera oublier pour un moment leur exil dans la patrie. 
Qu'ils inventent donc les plus beaux, les plus surprenants 
mensonges, qu'ils imaginent la joie débordante et les fêtes du 
retour dans leurs villes ou dans leurs hameaux : le mensonge 
d'aujourd'hui sera la vérité de domain. — U. 

— Jùwnvd de» BélmtB, 3 juin, 1916. 



LXXVIII 

LA VICTOIRE NAVALE 

Les vrais succès ne perdent rien en vieillissant. Au con- 
traire, iU sont encore plus vrais le lendemain. Ce n'est pas le 
cas pour la grande " victoire navale " des Allemands, célébrée 
au Reichstag. Sauf pour les écoliers qui ont eu leur jour de 
congé, et pour ie vice-amiral Scherr qui gardera ses galons 
d'amiral, la vict<iire allemande se termine par une déception. 
Il faut rendre les lauriers. La flotte anglaise n'a rien perdu 
de plus que le premier communiqué de l'Amirauté ne l'an- 
nonçait, tandis que la liste des pertes allemandes s'allonge 
indéfiniment. La loyauté du communiqué anglais fait 
cruellement ressortir la duplicité du radio allemand. Les 
pertes allemandes dépasseikt dès maintenant les pei-tes an- 
glaises, et le dernier mot n'est peut-être pas dit, car ceux qui 
pourraient dire toute la vérité ne sont pas pressés de le faire. 
L'empereur est allé saluer à Wilhelmshaven les éclopés de sa 
flotte, mais il n'est pas probable qu'il confie au public le fruit 
de ses constatations. En tout cas les dithyrambes de la presse 



EN TEMPS DE GUERRE ]25 

consiste à trompeter dWnco un l ''«' Allemagne q„i 
Verd„„, ladestrLti ndeTa:':,,':!? ^ 'r.""" "'' 
ne ja,uui, avoue- les d^faitr . ^'™^ ^''S'''''^- «' ^^ 

la Marne. Le svsT'.nat ' T"" " '"' *"''°™ '« «"^ P™^ 

début, mais n r t :i"'n7 " '"""" ''""'• ''" --- - 

magnl Même les ". '^ 1' '"'""""' "" '''^'"•" "^^ >'A1"6- 
quand il sWt Z T "'■'' ^'"^ '"^'''«"'les ,', critique 
beaucoup rauL d s"'"T' ^ ^'' .""^"""'^^ con.menoen^ à 

contre-véiit<! perd donc i I'. """'"«'• Le système de la 

faits finissentlujot:;:; X "^cTir ^ ^"" ^.'^^■'- ^ 
avons remarqué que le v„i„ ^ """'■■■ J""- """» 

Allemagne, cltee'l i II f^;,:" "^ '' '^; """^ «" 

et non celui qui e.tn.is'en f u 1 D !, ' '""''' "'"'' 

la victoire anglaise est inillblî" 1^1^:' '' "■'■ 

cations. Ce but est total» ™'^'' '^^ précieuses commuai- 

an,waise.enea-ir:':ïï:;;Lrorisr.t^'r"" 

he™.queme.t':acrifi:;;:Vr„„e:"rte ^"''^-^"''^ ^'^"' 
flotte d'accourir, mais so'n sacrfieë I L^T " ''"' '" '" 

a été rccompensd puisque 



126 



EN TEMPS DE OUERRE 



le verrou s'est refermé Kiir la flotte allciiiuiiile. Aiio"n 
raisonneinent no prëvautlrti contre ce niiocès final, ni n'',n 
amoindrira la portée. 

C'est pourquoi on commence 6. dire partout " la victoire " du 
Jutland, comme les Allemands l'avaient dit les premiers, 
seulement ce n'est plus d'une victoire allemande qu'il s'agit, 
mais d'une victoire anglaise. Les Allemands ont eu le tort de 
" chanter victoire " avant de l'avoir remportée ; les Anglais, 
sans d'ailleurs avoir plus d'envie de chanter que nous-mêmes 
en pareille occasion, ont réellement gagné la bataille. C'est 
là ce qui importe, le reste n'est que fumée, — fumée asphyxiante 
pour ceux qui se la laissent monter à la trte. — A. A. -P. 

— JountftI thu Dt'ImfHf 7 juin, lîUtî. 



L.X.XI.K 

LE MARÉCHAL KITCHENER 

Le deuil qui frappe aujourd'hui l'Angleterre sera douloureu- 
sement ressenti dans tous les pays alliés, et particulièrement 
en France où le souvenir du jeune volontaire de l'armée de la 
Loire est toujours resté populaire. Il avait à peine vingt 
ans, et n'avait pas encore passé par l'Ecole militaire de 
Woolwich, quand il fit ainsi ses premières armes sous un chef 
dont le contact était k lui seul un glorieux enseignement : le 
général Chanzy. Kitchener avait d'ailleurs la vocation. Il 
était d'une lignée de soldats. Il était né en Irlande, mais de 
souche anglaise par son père et de souche française par sa 
mère, descendante d'une famille de réfugiés après la Révo- 
cation. Elevé en partie en France et en Suisse, voué k la 
carrière coloniale, Kitchener était de ces grands Anglais qu'on 
voit rarement dans leur pays, mais qui le servent avec un 
égal bonheur sur tous les points du globe. Une santé de fer, 
une carrure vigoureuse lui ont permis de mener pendant 
quarante ans, sous toutes les latitudes, cette vie d'actioD 



K.V TKMl'S DE < if ERRE 



127 



~:'S::.::,;;r^r ■■" - 

Kitoliener était de cps deinipr^ T „ „i 
son exist..n,.„ =• f "»"einiers. I* plus grande part e de 

qui a t,.,Ll ■ ^''■•««"'^teur. C'est lui fi„al..,„ent 

eS ."/r 'T """"''"■ ^" ^'"^'"" ""' -'•— "ts, en 
prête dé a.l, "'""'" "'' '" P''^™^""'™ '"""-»« ^"t 

K.tcl,enerœm,„oGallieni,co,ni„e ton, les „rtn,I .T 
fo.ce qu. 1 l,eu..e et dans les lindtes où il convient ,ie lui faire 

sut fl- ? : " ^ f"'^'"""'- ^^"^ ««t -^Pi-de de Facl.o.la, il 

ultuirT- " '"''"'^ •l""'''^'- "' ^"«^ "« furent ^a 
."Uhlos i la solut.o„ a,„ial.Ie d'une difficulté qu'il no faudraî^ 

ri^Xi^^V'*' "^^ "''T"^'^"^" ''"^ "-■''- ^"■■i; 

Hot rf ^""f"'",™-"'»''*"' 'le 1870 ne demanda pas 
f °°"« d'-apeau de ^'incliner devant la n.onace il nknL 
a s.en à eût. du nOtre, et c'est pourquoi tou deix pe'S 

Kitchener, élevé à la pairie et 'au titre de sir^lar ou 
^^^..^une é,,ptie. paraissait appelé . Jouir d'u^^;: 

valu r " ^:-'S"^-''-1"e 'ag,„.rreduTransvaal^i 

valut une autre nnss.on de confiance, .lont il s'acquitta avec le 



188 



KN TEMPS DE GUERRE 



mime diwage d'opërotiona striittîgiiiues et d's'inc-es diplo- 
matiques. I^Kiid Kitclieiier résolut lo problème de .viumettre 
les Biiera mua porter atteinte ni i, leur ]i()iineur ni à leur 
ItSgitinie fiertt!. Il aplanissait Us voit» pour Ica réconcilia- 
tions loyales et pnwhes, et c'est ansurément une de ses gloires 
les plus enviables que d'avoir vu accoui ir £i son npjiel et servir 
volontaireniint sous ses onlres les cliefs njèniea qui avaient 
héroiqueuient combattu onire lui. Co brillant succès le 
désigna pour le comniandenient <lo l'armée des Indea, qu'il 
garda de 1903 à 1909, et qui lui permit do so rendre compte 
de la valeur du c(mcour8 militaiie que l'Inde pourrait, le cas 
échéant, fournir à la méli-opole. 11 s'en est souvenu plus 
tard. Nommé maréchal et renvoyé en K^'ypte comme agent 
diplomatique, c'est-à-dire en réalité connue chef du gouverne- 
mti ' il n'a quitté ces hautes fonctions, qui paraissaient 
devc. être lo couronnement naturel d'une niagniliquo carrière, 
que pour assumer des responsabilités plus redoutables lors- 
qu'éclata la conflagration actuelle. 

La confiance unanime de ses compatriotes le désignait pour 
le poste de ministre de la guerre à l'heuie du supr.'me danger. 
H ne songea pas à se dérober. Ce n'est pas qu'il eût des 
illusions sur l'immensité .le la tâche i aco.miplir. KItehener, 
dès le premier jour, a compris que la guerre serait longue et 
terrible. Il a compris que tout l'organisme militaire anglais 
était h refaire sur un nuxlèle démesurément agrandi, si l'Angle- 
terre entendait jouer dans la lette un rôle digne d'elle et de 
son passé. Il a compris que l'cvcellente petite armée alors 
existante, en dépit de toutes ses vertus, resterait " méprisable " 
aux yeux de ceux qui ne tiennent compte que des éléments 
matériels si elle n'acquérait d'abord le nombre. Les volontaires 
ont surgi du sol par millions. JLiis & ces millions de recrues 



«îf TEMFS DE OUKRKE 



il f'illait des 



129 



(JeH 



"unitiotiH, 



arniuB, 

.V..P ~r;::,.:,:,,r:r:.",r:"-'"" ■'" ■" ' 

:""r7"'"'''"'''""*'-™ ""•"«" ."■",," 

piocttclits. P ' '"' '"' ""'fes 

Et c-..,t aujo„r.I-l.ui, à l'heure où la macl,ine, forcée et 

qu'il aiTve, les siens Ti., .j» , """"»«■ ont, quoi 

,ic3 8i,ns. Ij Angleterre n'e^t pas oiil)liei,„n iwi 

A. Albert-Pitit. 



-JoilrmiJ des Wlnti, S 



juin, 1016. 



i;i'i! 



i:w 



EN TK.Ml'S IIK (Jl'EIlUr, 



I.XXX 
LE DERNIER DISCOURS D'EMILE FAGUET 

Emile Fugma' n exprima le vmx qu'iiiicun discours ne fût 
prononce sur su t(.iiil«.. Ce n'c»t pus diTogiT à si.ii d.'-»ir que 
lin riipiwItT ici, in mniun-ium, l„ d.Tiiiur cliscouis qu'il pr<>- 
uuii(;a(|evantuiigtumlpulilio, auTrocadéro, le lijuillot, 1013. 
C'tîtait à la distiiliution des prix du lyc^e Janson, qui, 
cotte annéi'là, lev.Hit un air de f.-tc inaccoutuiiic. Emile 
Fagupt, qui avait jadis (|uiltii ce lyc.!c {«.ur la .SorlKuiiic, 
r.-vciiait, apri's vingt ans et plus ilo travaux et dli.iiincurs, 
visiter ses anciens collcgucs et cduninncr les lils de ses anciens 
élèves. Quoique académicien, il no voulut venir qu'en uni- 
versitaire. Ursque, appuyiS au brfts du proviseur (il Iniitait 
depuis nn accident récent), il parut dans sa toge de professeur 
de SorlMinne, une longue et cordiale aeclnniation le salua. Il 
se sentait li en famille. Le piof -seur cliargé du discours 
d'u.sage— un ancien de la maison— avait pris pour tlièine ses 
souvenirs d'écolier durant la guerre de \X70. Il avait quinze 
ans k cette <late. Emile Faguet, son ain<j de plusieurs années, 
et qui avait été mêlé de plus près aux mêmes événements, 
donna à ce premier propos une suite, et (|uelle suite ! Nous 
no savons si jamais, parmi tant do discours patriotiiiues et 
adnurables que la jeunesse a entendus depuis le 2 août, 1914, 
il en est cjui. aient dépassé l'émotion, la pénétration, la not)les3e 
de ce discours " d'avant-guerre." Et l'on ne saurait peindre la 
ferveur <iuasi religieuse avec laquelle il fut écouté. 

" De tous les sentiments libres, disait Emile Faguet, l'amour 
de la patrie est le plus pur et le plus fort ([u'il y ait. Il nous 
associe k tous ceux qui, sur notre sol, parlent notre langue, 
vivent de nos coutumes, vivent de nos mœurs, vivent de notre 



■Emile Faguet, l'éminent critique, né en 1847, mort à Paris lo 
8 juin, 1916. 



K.V n.Ml-H liK .:i;KltKE 



l.'ll 



ftinn, vivent lie ii.,frn vit. ri ,.,, ,,„„ , . . . , 

«st lK.a,. „„.„„„ „„ ,,,„ „^ ^,„,^.^._,^ ^____ _ 

cumiiiH un rrvo l'ur il n... . '' ' *" 

au Mi,ii. /r,;;: r ; '^^"'7;;'; "^ '"'"• "■'"'"• "" """"'' 

, ' ^"^ -'' ' I^' "urtoiit— vers Ils Cr,.!-,.. 

■11 . """''■. ""I la belle clKiso ouo d'iirnu.i- •!,« 

in.ll.ons ot ,lc.« niilli,,,,, ,l „„„.^ . !«« cl.i.na. ,l,.s 

,„ ,„„;, """""|U"" ne ciinimit i,Hs, ,,ni,i, 

' , '"^'" J"""'H. ..t ,,„i ,.,„t „,„ ,,.i,i„„ ^^ • ' 

m....p_,,„i,.„,„,^„, ^ ,„„„„„„,.„...,- 

ou L: 'JT" "'"'-■"^'r "■'-""■^"-■»' '!"''' '" -"iition ,iï.t,.„ 

"Z '"7'"''"""' •''*"■" '""^ "'"^' t...v.ilde,..u, 

■;« J..U s eo,n.„e .Uns notre «>éditation Ue ton, les soi™ 

- un n.t un v.ulo.r continu: /„ /....,■,, ,v,, ;,. „,„„,,,,, 

^ette belle fonuulo s'ép«nc,„is,ait a,.s,itnt .lans un développe 
"-• ....gn.fl,,ue d„„tv..i..i un de, pas,a«e, essentiel. " 

'•On aiipelait a„tref„i., les grands hommes père., de la patrie 
Lexpre.,.o„est belle; mai» j'ai .euvent ,iit Jue ,Z^2 
tous père., de la patrie et que „„u, dev„n IV,™ N , 
M.n„,es de, enfant.,, „,ai, nous sounnes au„i de. pè.^s pa 
q e cest de notre a.nour p„„r elle ,,u'elle naît t„„, ,e ,m !" 
parce ,,u >l est de notre volonté qu'elle ,oit. Cest la erl il' 

iTcréer) """.^^ '''■•- "^^ -'- 1'^ P-trie, je contribue 
■>, jeu SUIS le deunurKe pour ma part; elle 



132 



EN TEMPS DE OUGRRE 



m'attend, et mes camarades, et mes amis, et mes compagnons) 
de labeur, et mes compagnons de pensée, et mes associés de 
conscience, pour naître, une cent millième fois, puisque sans 
moi, sans nous, elle se dissoudrait dans le néant. 

" Se dire ces choses, cela crée une responsabilité magnifique 
et une force: car la force est toujours en raison de la responsa- 
bilité dont on a conscience ; cela donne des raisons de vivre. 
Il faut se donner cette raison de vivre, surtout, que par nous 
est appelé à la vie quelque chose de plus grand que nous." 

Telle fut la dernière leçon d'Emile Faguet à la jeunesse de 
France. Comment celle-ci a réalisé la parole suprême du 
maître, on l'a vu depuis. Et ceci est sans doute sa plus belle 
oraison funèbre. 

S. ROCMEBLAVE. 
— Jwirtud diH J)rf:atit, 12 juin, 1916. 



LXX.KI 
RÉFLEXIONS D'UN IMMOBILISÉ 
Mon cher Directeur, 

Vous estimez avec juste raison que le "facteur moral" a 
une extrême importance dans les heures graves et anxieuses 
que nous traversons. "Vous m'avez demandé de dire ici 
brièvement ce que je sais, ce que je pense, ce que j'espère de 
l'état moral et de la capacité de résistance de notre pays. Je 
vais essayer de vous satisfaire sans me proposer d'autre but 
dans ces notes brèves que de fuir l'illusion, de parler clairement 
et de consigner ce que je crois être la vérité. Je me suis 
renseigné en province auprès de mes amis ; ils se sont éclairés 
eux-mêmes, cliacun dans son coin. Voici leur réponse. 

Les gens de chez nous— à trois pas de la frontière et qui ont 
vu l'ennemi en 1914, avant la victoire de la Marne, lorsqu'il 



EN TEMPS DE GUERRE 



138 



marchait sur Paris, où il comptait arriver à la fin de sep- 
tembre._o„t une plnlo.upl.ie très simple et qui leur suffit 
Ils ne se payent pas de mots. Mais, avec leur bon sens, 
fruste et logique, ils se mettent on face des réalités Ils ne 
font pas de beaux discours, ils ne sauraient pas, et ils 
n aiment pas beaucoup à en lire, sur la guerre, le patriotisme, 
le courage, l'espnt de sacrifice, etc. Ils savent et ils voient 
que cette guerre est longue, dure et sanglante; ils aimeraient 
mieux, évidemment, qu'elle fût finie, bien finie. Mais ils se 
disant, tous, et cette idée est entrée en eux par instinct et par 
raisonnement: "La guerre! Ce n'est pas nous qui vSns 
voulue ; nous ne rêvions ni d'agressions ni de conquêtes. On 
nous la déclara, imposée. Il faut, de toute nécessité, la 
subir, tenir jusqu'au bout, résister et vaincs, si nous ne 
voulons pas être écrasés." J'ai entendu, de mes oreillles, ce 
mot dun pay.san, acharné à sa tâche, qui n'est pas devenue 
commode, et plein de confiance, oui, de confiance, dans l'avenir- 
Un ne meurt pas tant qu'on veut vivre." 
Ils savent mieux que nous ce qu'ils pensent et ils le disent 
m^ux parce qu'ils le disent plus librement. Ils disent donc : 
Il faut recond. ire les Allemands chez eux de manière k leur 
Ôter lenvie de revenir chez nous. Ils y sont aujouni'hui 
provisoirement et prétendent nous dicter des lois. Nous ne 
sommes pas faits pour leur obéir, pour devenir leurs sujeU 
leurs valets de charrue. D'ailleurs, s'ils étaient les plus forts 
nous serions bientôt dépouillés; ils nous prendraient nos 
maisons, nos champs, nos vignes, notre avoir et nous chasse- 
raient de nos villages, comme ces pauvres émigrés du Nord et 
de la Lorraine, que nous avons vus passer ici et qui n'avaient 
plus n. foyer ni asile ni rien à se mettre sur le corps Où 
irions-nous î Nous n'avons qu'un moyen de rester ici et d'y 
vivre, counne nos pères y ont vécu, en pauvres gens, mais en 
hommes libres, cest de défendre notre terre et de la reprendre 
a ces étrangers." 



134 



EN TEMPS DE GUERRE 



II» ne lèvent pas les bras au ciel ; ils no parlent ni rfe Du 
Guesclin, ni do Jeanne d'Arc, ni même de la Convention natio- 
nale; ils ne disent, ordinairement, ni les Barbares, ni les 
Boches, ils se bornent à dire les ennemis, les Allemand», les 
Prussiens surtout, mais ils ne veulent pas vivre soua la botte 
allemande et labourer pour le roi de Prusse, parce qu'ils sont 
Français. Tout est là pour eux. 

Civis. 
— Journal det DéhaU, 13 juin, 1916. 






L.XX.KII 
LA GUERRE EN HEXAMÈTRES 

Le renouveau de poësie latine que nous avons signaM le mois 
dernier continue et nous apporte une floraison nouvelle. Il ne 
s'agit plus seulement aujourd'hui de versiculets macaroniques 
tels que ceux qui composent la complainte du Poilu : la muse 
de nos latinistes s'élève sans eflbrt jusqu'à des cimes plus 
hautes, et c'est ainsi que la Jietnie universitaire du mois de juin 
oflrira à ses lecteurs des fragments importants d'une œuvre de 
longue haleine, dans laquelle un professeur du lycée d'Agen 
chante, tantôt sur le mode épique et tantôt sur le mode 
satirique, la guerre actuelle, ses gloires et ses horreurs. 

Le poète célèbre d'abord ' victoire de la Marne ; il peint 
l'irrésistible invasion de l'ennemi, puis sa déroute soudaine : 

. . . Undique diffugiunt ; vanoque elata triumpho 
Barbara turba tiriiet quem nuper terruil hoatem. 
Tune patuit terris quid Gallica dextera po'aset I . . . 

Ce sont là, on le voit, des vers d'une forme parfaitement 
clas.sique, et qui ne détonneraient pas chez un contemporain 
de Virgile. Mais d'autres passages sont d'une inspiration plus 
moderne; car notre auteur, jouant la difficulté, s'est essayé à 



EN TEMPS DE GCEBRE 



185 



dëcnre es procédés les plus scientifiques de cette guerre On 
«connaît .c. ,a coquetterie traditionnelle des poé^s en latin : 
louer e pnn emps ou les plaisirs du jardinage dans la langue 
de Catulle, ccst un exercice à la portée de tous les él.ves de 
seconde, pourvu qu ils soient munis d'un bon Thésaurus ; mais 
donner une ,dée de la loi de Mariotte ou de la T S F voilà 
un sport autrement n.alaisé! Notre poète accomplit' cette 
tache en se jouant. L'ennemi, dit.il, ajoute le forfait au 
forfait, et comn>e si, par ses artifices, il arrachait de nouvelles 
armes aux demeures du Styx, 

. . . Corrumpie laie putridis nfflatihia aura,: 
Agminapersequitur tabès; infnueihus haeret 
Spirilus. Armati Galli, aed aient inermes, 
Protinus interennt, compressa in pectore vîta. 
In/e/ix miles, grarulis qnem jmgna decebat, 
Cni non concessum praec/aro Marte perirel 

On no saurait être plus clair, ni plus précis; on ne saurait 
exprimer avec plus d'éloquence l'indignité d'un tel moyen de 
combat! Auss,, pour un auteur aussi rompu à tous les 
procédés de son art, la description de. zeppelins n'est qu'une 
bagatelle. La terre sen.ble trop petite aux Teutons, dit-il 
encore, pour y dépl„yer leur infamie ; ils s'élèvent, au moyen 
de navires aériens, dans les hauteurs célestes : de cette n.anière 
leur fureur fait rage plus largement. Et voici la comparaison 
obligée, mais saisissante, avec un oiseau de nuit : 

Ut volucris noclurna, pavens sub lumine solia, 
Conditnr in trnneo, densa ,ed nocte vagatur, 
Atto/Ht seae navia, secat aéra eurau, 
Disquirena/acUemper vaata aUentia praedam . . 

Les latinistes apprécieront le nombre et l'ampleur de ce 
dernier vers. Ils goûteront le pittoresque de ceux qui suivent. 



H; 



186 



EN TEMPS DE GUERRE 



dans le texte, et qui peignent l'effet effroyable dea bombes 
lanoées par les zeppelins ; le l>rus<iue réveil des citoyens, sans 
défense, Tincendie, la dévastation, les morts, le deuil et les 
larmes de la cité, rien n'eut oublié. 

Le poète n'oublie même pas les neutres, et comme le latia 
dans les mots brave la neutralité, il ne se fait pas faute de leur 
adresser les plus pressantes adjurations. "Jje sort des P<îlges 
ne t'a donc pas ému, Batave ?" Et il reproche aux Hollandais 
d'appeler Vulcain et Cérès au secours de l'ennemi de toute 
civilisation. Mais c'est aux Etats-Unis et à leur premier 
magistrat «^u'il s'en prend avec le plus de véhémence: 

Surge igitur, Wilao I Gcrmani» desine, 

Parcere f Nam periil ina " Lusitimia," civia jiraeaes, 

Nain i>eriere tui ! Vefenaor surge tuornm^ 

Wilao I . . . NequicqiMm . . . Tanta non caede mmetur ! 

Si le président Wilson n'est pas flatté de voir son nom 
latinisé et mis en belle place dans ce poème, et s'il ne prend 
pas immédiatement l'attitude qui lui est si fortement prescrite 
par la muse agenaise, il faudra désespérer de l'avenir des vers 
latins !— XJ. 

— Jfntmat des DéfxUa, 1.5 juin, 1916, 



f 



LX.XXITI 

LA PROLIFÉRATION DES BOUILLEURS 

Le Bulletin de Statiatique, organe du ministère des finances, 
publie un tableau impressionnant de l'extension des bouilleurs 
de cru depuis un demi-siècle. Des cartes permettent de suivre 
le progrès de cette industrie mortelle. En 1869, la moitié 
des départements ne comptaient aucun bouilleur de cru. Nul 
n'en comptait 10,000. Le Jura venait en tête avec 9,440; 



EN TEMPS DE OUERRE 



137 



des régions entières «Staient indemnes, et particulièrement 
tout le centre de la France. En 1880, l'ennemi a progressé. 
Le chiffre des dc^parteinents non envahis tomljo de 42 à 24. 
L'Yonne vient en tête avec 43,839 bouilleurs (con ,re 5,015 en 
1869). Le nombre total de.s bouilleurs a pas.çë de 90,869 & 
443,930. Jamais sa-it plus formidable dans l'iibîme n'a été 
constate. Pourquoi I C'est que l'impôt sur l'alcool, qui était 
de 90 fr. par hectolitre en 1869, est de 156 fr. depuis 1873. 
En 1890, la progression est moins fo.-tc, parce qu'aucune 
majoration de l'impôt n'a eu lieu. Toutefois, le nombre des 
départements indemnes n'est plus que de 16. Mais en 1900 
le bond est formidable, à cause de la loi du 29 décembre, 1900 
élc .ant à 220 fr. les droits par hectolitre. Chacun a pris ses 
précautions. Il n'y a plus que 12 départements dénués de 
bouilleurs de cru, et lo chiffre total des bénéficiaires du 
privilège est de 925,910. On nous pardonnera ces chiffres 
dont l'éloquence s'impose. L'Yonne tient toujours la tête 
avec 51,486 bouilleurs. Enfin, en 1913, nous dépassons le 
million, exactement 1,070,451. Le numéro 1 appartient 
maintenant à la Sarthe, avec l'effroyable record de 58,040 
bouilleurs. On comprend que la lutte ne soit pas aisée contre 
une pareille masse électorale. 

On remarque, en suivant la série des cartes et des tableaui, 
une transformation radicale dans le recrutement des bouilleurs 
de cru. Au début, ce sont surtout des producteurs d'eaux-de- 
vie de vin, destinées à la vente ouverte. Aujourd'hui, ce n'est 
plus cela. La majorité des bouilleurs distillent des cidres, 
poirés, marcs, lies, fruits, pour leur propre consommation et 
celle de leurs voisins et amis. I,'eau-de-vie de vin ne figure 
plus que pour un vingtième. On fait bouillir pour profiter 
de la franchise d'impôt, et plus l'impôt moute, plus monte 
parallèlement.lc chiffre de ceux qui s'arrangent pour y échapper. 
On jette à l'alauibio des résidus qu'..ri jetait naguère au 
ruisseau ou au fumier. C'est pourquoi toute réforme de l'impôt 



138 



EN TEMPS DE QUEIIRE 



«ur alcool qui respectera mÉmo partiellement le privilège des 
bouilleurs n'alwutira qu'à eu accroître le nombre. Il- n'y 
a plus qu'un département sans Iwuilleurs de cru, c'est le 
f*r.'*f "'"'"• "" *" """"P'» l^'n^e qui en comprennent plus 
de 2o,000 ; Us forment à l'Ouest un groupe imposant de pays 
nohes (Normandie, Maine, Anjou, Touraine) qui échappent 
ainsi à 1 impôt. Au moment même où va s'ouvrir le dëbat 
sur cette question, les tableaux et les cartes publiés par le 
ministère des finances devraient être affichés sur tous les murs, 
et spécialement sur ceux du Palais-Bourbon.— A. A.-P. 

—Jounial des Débals, 16 juin, I9I6. 



L.XX.XIV 
RÉFLEXIONS D'UN IMMOBILISÉ 
Mon cher Directeur, 

Pourquoi les jeunes Alsaciens, nés après 1870 dans l'Alsace 
annexée, ont-ils gardé pour la France un attachement si fidèle? 
La raison en est simple. Les pères, qui nous aimaient et que 
nous aimions, l'ont transmis à leurs enfants. Ils leur ont parlé 
avec émotion de notre " douce France ; " ils leur ont dit notre 
esprit de liberté, d'égalité, de fraternité, la douceur de nos 
habitudes, et de nos manières, la courtoisie bienveillante de 
notre administration, notre cordialité qui s'ajustait si naturelle- 
ment à leur bonhomie, notre simplicité, familière et gaie. Il y 
avait entre l'Alsace et nous des souvenirs et des liens, des 
sympathies et des affinités que l'annexion même ne pouvait 
détruire. Les jeunes Alsaciens, dans les villes et plus encore 
peut-être dans les villages, savaient qu'il faisait bon vivre avec 
nous et comme nous. 

Ces jeunes Alsaciens, dont quelques-uns ont servi dans l'armée 
allemande, ont découvert avec antipathie et subi avec répulsion 



KN TEMPS DE OUERBE 



139 



uno autre race, un autre caractère, un autre r.îgime. L'adminU- 
tra .onal emandepeut avoir ses qualité», mai'ellead<rfrrZ 
déplaisante,, elle est vexatoire, arrogante et brutale- eïe ni 
pas grand souci dea petites gens, du pauvr, monde il disci 
P n,e m.hta.re allemande est plus brutale encore. LeT^ei Z 

4 des geôles; des années de service ou plutôt de servitude très 
pénible, des omciers hautains et pleins d'un mépris arÏo^t 
t.que pour leurs subalternes, des sous^-Hiciers grl errTt 
eTx ûl rr ' '* '""°''« «" '« PO'-S '-"• I^~h 
ou al attache comme des insoumis que leurs maîtres préten- 
faute de pouvoir les apprivoiser. Alors la fierté alsacienne 
sest révoltée contre la tyrannie allemande. Il suffisait du 
moindre incident pour réveiller les anciens souvent cÎ 
souvenirs se changeaient en regrets dans les c<eurs"Lie„" 
qui se refusaient aux Allemands. a'saoïens 

aidîrromr'r' ^r'""" '""'"^ ^^^^ '■-"--' -- 

aide à comprendre celui qui exalte aujourd'hui les gens de 
chez nous dans cette guerre contre l'illemagne doft leu 
vie même individuelle et civique, est l'enjeu. La victoire 

crai'„dT::'r ""--^-J"'. «^ace à I^ieu, n'est pluH 
craindre, eût ét^ pour eux la fin de tout, de leur liberté de 
eur bleuâtre, de leur dignité, de tout ce qui fait, en Fra^^ 

dépossédés et asservis par .'emi-ire allemand, dépendre de l,d 
en quoi que ce soit, sentir constamment pesefsur eux â 
m nace d'une agression, la honte d'un outrage, l'injure dWe 
att nte a leurs droits, d'une limitation et d'un amoindri,,,^ 
ment de leur existence. Voilà pourquoi ils sont tenaces et 
n Wpides. Ce n'est pas seulement l'ennemi héré,litaire qu'i 
refoulent, pour rester maîtres che. eux. c'est un régime odTeux 
et insupportable, qu'ils repoussent, avec toutes lesCterÏ 1 



140 



EN TEMPS DE OUERRB 



race, toutes les colères <le l'instinct et tout l'élan de cette !'bA 
nationale," qui est l'&iue et le ressort du peuple français, 

Crvia. 
—Journal de» Dibatt, 18 juin, 1916. 



LXXXV 

LE FILON 

Le filon, c'est le dernier nom de la chance, le synonyme de 
la veine, tiré comme elle du langage minier, mais plus moderne, 
plus technique et partant plus précis. Le mot veine a d'autres 
significations ; le mot filon n'on a qu'une ; il ne désigne rien 
d'autre que le fleuve d'or souterrain, cherché au prix de tant 
d'efforts, espéré parmi tant de déboires et qui soudain jaillit 
sous le pic de l'ouvrier. Par là, il évoque mieux l'idée de la 
fortune ; ou peut être seulement semble-t-il plus pittoresque 
parce qu'il est moins connu. 

Il y a deux manières de trouver ou d'avoir le filon (ne 
parlons pas de ceux qui ne le trouvent jamais). On a le filon 
une fois pour toutes, le Ixin, le seul, le vrai ; on le tient, on 
ne le lâche plus; il vous lâche moins encore et verse intaris- 
sablement son pactole dans vos coffres. C'est le filon chronique 
des personnes conçues sous une heureuse étoile, de ces favoris 
du hasard dont on dit qu'ils sont nés coiffés, car l'idée de la 
coiffure, celle de la chance vont souvent de compagnie. Ou 
bien on a le filon intermittent. Il faudrait n'avoir possédé 
jamais une seule action de mine d'or pour ignorer que cette 
seconde manière est de beaucoup la plus fréquente; que le 
filon s'annonce et se dérobe tour à tour, apparaît, disparaît, 
reparaît, monte, descend, tourne à droite, puis à gauclie, se 
perd et se retrouve jusqu'au moment oii on ne le revoit 
plus. Heureux encore quand l'actionnaire a eu le temps de 
l'entrevoir. 



«N TEMPS DE GUERRE 141 

Un de no, confrère, de la tranchée, YEcko d.> Marmit» 
oon»cre au filon militaire une spirituelle chronique du cZ^Ii 
Henn de Forge. Elle d.!bute par une .han»n : '^ 

AuUnt de fllom par U guerre. 
Do grands et de petits filon». 
Autant de ooina qui «emljlent bon», 
Qnand pourtant ils ne le aont guéri. 
Mais la peine devient g»ft4 
Si la peine est pire à cOtë. 

deÏltV'^'r°'"r''"'*'™ ^^ '" '^'"'P'»* philosophique et 
de la parole d Hervé': "Ici-ba. tout est relatif." u\}on 
en campagne, c'est de boire au café de la gare où hTpetÎ^ 
bonne a encore quatre dents sur le devant de la b^uc,^ 
tand,, que le, copain, doivent boire au café du cÔmmër e 
où la pet.te bonne n'a plu, qu'une dent ... Le «107'' 
de pouvo.r étendre sa jambe dans le boyau pour éw'ter la 
cran,pe. tandis que les camarade, sont obligé, dH^ tir 
^croquevUés dans la position du poulet 1 la^^pt 

tz:^ de,'i:^qr: e l::!:"!;!" "' ^'-"^~'"^'' "" 

1, j , . ^ creusent de, entonnoir, où s'accumule 

point ... C est aussi, avant d'être tué, d'avoir pu embrasser 
sa mère, consolation que d'autres n'auront pas eue 

A ces seul, exemples, on verra que nos héros prennent le 
filon comme .1 vient, avec vaillance et bonne humeur. Il faut 
.e méfier pourtant des faux filons. Un poilu se présente à la 
visite avec une blessure a„ petit doigt. C'est se Ler ,2 ri 

_Ehb^n ! dit le major, je pense que tu l'as, lefilon ■ " An 



I îl 



'Hervé (1825-1892), inventeur du genre de l'opérette. 



14a 



KN TEMPS DE GUERRE 



Z t™ n ?•.""• " *"' "*'"•' •• l'Amérique ■' ,y„thé,i de 
toute, le, C«l,forni., et ,1e t,m, le, «)„„,. .. p„. d„ 
tout, répond le jeune ble,«!. Monsieur le major, je ,uU 

—Journal det MbatH, 20 Juin, l»ie. 



UCXXVI 

APPEL AUX INFIRMIÈRES 

Il n'y a p« d'effort plus admirable que celui de nos 
infirmière., qu.. depuis le début des hostilités, s'imposent une 
tâche sans rép.t, souvent trop lourde pour leurs forces. Par 
quel instinct secret le soin des blessés a-t-il été mi, à la mode 
plusieurs années avant la guerre! Toujoun. est-il qu'aux 
premiers jours, pour recevoir le flot sanglant dont s'emplisLent. 
au delà de toute attente, les hôpitaux, toute la phalange dei^ 
emmes et de, jeunes filles instruite, ,>ar la Croix-Rouge et par 
le, dispensaires s'est trouvée prête. On s'attendait à quelque, 
moi, de ce service volontaire, où le dévouement se surpasse et 
se dépense chaque jour sans compter ; mais voici deux ans que 
la guerre dure et nul ne sait combien elle . durer encoVe. 
Nous faisons appel aux infirmière, volo ires pour venir 
remplacer celle, que la fatigue ar.,«>he .ournellement aux 
hôpitaux. Dans cette armée aussi il faut de, réserves On 
«aurait jamais attendu de tant de corps frêles un service 
continu de vingt-trois moi,, parfois »ns un jour d'interruption • 
.ervice dur, d autant plus fatigant qu'on est plus tendi;ment 
apitoyé sur ces do-leurs qu'on .soulage, service où l'on ne sent 
pas sa fatigue mais où on la multiphe sans mesure. Celle, 
qui av ,„t 1 habitude de se faire servir ont pris l'habitude de 
servir; «lies se sont fait une vraie occupation professionneUe 
de leur mission de charité. Nul métier n'est plus absorbant 
On ne change pas ainsi brusquement d'existence sans en porter 
le poids, et bien de, «nté, ont fléchi. Beaucoup d'^t™. 



«N TEMPS DE OUEBRB 143 

fléchiraient encore »i la charge re,Ult tout .-ntiè™ indéfiniment 

derciHtJTti '*""P\''.™ ""' <'-'"' ''■-'ive^ qui cherchent 

honte ^r ■""fT"'- '''"' ' ™"''""' •>"'" '*"' '»- 
honte Elles avaient l'excune de croire le» cho«, arr^nu^s 

défin,t.vement. Détrompo„,-les ; fai.son,-laur «voir quW 

«^o,„ d'elles. Rév.lon».leur encore qu'aucune voc.ation'nW 

doï::: V r: "■!' '^ *""'-' '^^ ^^-'- ''-""^■' 

à Ta vue H n"' "" P'"' '""""''''' «'-coutument très vite 
utdo . ,1 ny faut qu'un peu de volonté. Le moment est venu 

Elles auront le rûle le plus facile, celui de soigner des 
vainqueurs. Et quand elles auront commencé à accomplir le„ 
cœurs avides d'emofons. Ellee y trouveront leur récompen«,! 
—Journal ,l,.i mimt», 21 juiii, 1910. 

LXXXVU 
DISCOURS DE M. ANATOLE FRANCE 

A une réunion à la Sorbonne aujourd'hui M Lo„,. B.rfl, 
président duCn„.eil, s. Exo M T tto.H .Lh ' Â m ? "°'"' 
An>tol« lîr.n«. VA ■ Z^t • •"'••«««deur d'Ital e, et M. 

Anatol. France, lëmment homme de lettre», ont parlé. 

M. Anatole France a prononcé l'alloentiou .uivante: 
Mesdames, Messieurs, 

Réunis ici pour apporter, devant la jeunesse des école., nn 
hommage solennel à l'Iulie, nous devons tout d'abord saluer 
avec une sympathie rcpectueuse 8. Exe. M. l'ambassadeur 
qu., présent parmi nous, nous rend présente l'Italie elle-même 
Qui la pouvait mieux incarner i nos yeux que l'illustre homme 

IW T"^ '""'"''"'' " P^'P'""^ P""^ "»« S™«de part 

union aujouni hui consommée de son pays avec l'Angleterre 

la Russie et lu France? Nous l'accis «ujourdw! Z 



Il& 



144 



KK TEMPS DE (lUERRE 



■ ifffl 
p I 



cette .ugu.u, Sorbonne, comme il fut acclamé d.„. 1. tribune 
d.pl„m.t.quo de notre Ch-mbre de, .lépuui, «ux j„,.r» J,ii,t<^ 

luniver. que J'iulie panait le, arme, pour une juste c«u«. 
Dan. cette réunion, conter., à m.tre ao,ur latine, je me 
réjouis de me trouver aux côt.i, do mon ami I>,ui, Barthou en 
communion avec !.; ,ou, deux ayant la „,é,„e foi et pourtant 
chacun demeurant .omhiable à lui-même, toua deux yXu. dun 
même cœur, San, rien sacrifier dos cmvictions anciennes, cequi 
.era>t nous diminuer, mais étroitement unis en face de l'ennemi. 
Je ne rappellerai pa, le sacrifice que, douloureusement et san. 
plainte, Ix.,„s Barthou a fait à la patrie. Il ne me le permet- 
tmit pas, alors que, ,.o.„me lui, tant de pè,es de famille, tant 
de mère, ont obscurément donné le plu, cher, lo plus pur de 
leur sang II „e me lai.,,era pas dire non plus avec quel zèle 
enflaminé, quel labeur opiniâtre, ,„.ollo entière abnVtÎ 
quel talent de parole et quelle force de pensée il a, Lmmé 
membre du Parlement et comme homme privé, servi ^on pa" 
pendant ce, deux années démesurées et formidables. 

Je rappellerai du moin, ses séjours en Italie où il a fait 
applaudir la parole française et d'où il a rapporté de forte, et 
«.suraute, impressions. J'ai hâte, comme v^s, de l'entend™ 

i^elZ^T"'"""- """' '"■" '" """' q-Po-ibleàcette 
belle Italie la reconnaissance et l'admiration d'un Français qui 
a année sa vie entière, et qui l'a aimée pour sa nature et pou 
8on séiiie, qui l'a aimée dans ses collines couronnées de cvprè,^ 
dans ses moi.U ombragés de térébinthes. ou nus sous le soleil 
q« le, dore, ce, mont, dont le, nom, seuls font tressaillir les 
cœurs généreux; qui l'a aimée dans ses plages harmonieuse! 
^ hics sa mer et son ciel aux sourires divins, dans ses ville 
de marbre et dans so, villages dressés sur le roc, fiers comme 
de. citadelle.; ,,„ l'a aiu.ée ,Ians ses poètes, dans ses musicien 



K» TEMPg i>E OUERRK 



I4fi 



dan. »^ .rti.t««, dans ... hi.torion» et ... «v.„U, d«,^ -n 
profond p««,j d'une grandeur qui rftonne. et dan. «.r ,„.., 
tout Wm,«a«t encre de, luttes de ce ri,orgi„,e„to „„e 
d.ma,n va cun.nn... U victoire ; ,ui l'a aimée enfin av«, t2ua 
ee t-an,p,.ru de la pa«ion, toute, 1,« dëlice, de 1» voluntA 
toute, le, mëditation, de la pl.ilo«,,,hie. ^ 

C'est ainsi que l'Italie e,t aimée en France. Et la p^uve 
decctatlachen,ent. vou. la trouvez dan, la ,urpri,e doulou- 
«use que nou, causaient le, dissentiment, politique, et 
économique, qui naguère «Sparaient le, deux nation,. 

Avec quelle ,ati,faction aussi avon,-nou, vu que, de, le 
début de la guerre, l'Italie, refusant d'êt™ complice d'un, 
injuste agression et dénonçant la Triple Alliance, nou, donnait 
ooinme prémisses de .on amitié la sécurité ,ur notre frontièn. 
méridionale. 

maf^lTlTT"" '""*'''"'™ ''''""•"°"' "PP"» <1»«. <» jour de 
mai, 1915, elle unissait «,, «rme, aux nôtres. Et il y avait 

lieu non «.ulement de se réjouir «lors, mai, d'admirer l'Italie 
car la guerre ne lui était p«, imposée comme à nous, ou plutôt 
ZlinL ""P™"'*"' '* """" '^^ '» J-'^i"» «' le «oin de se. 

Cette guerre, elle l'avait assumée, non parce qu'elle la 
jugeait fade et sûre, mais au contraire parce que, la prévoyant 
ongue et terrible, elle l'estimait sage et nécessaire Depuis 

7: , ", """'^'"'"^ '^''"" ''""' '^^"'»« «t »«"'"«. d'un cœur 
mébranlable,.en ferme et sincère solidarité avec nous. 

En décembre, elle signa le pacte de Londres, .'engageant à 
ne déposer les arme, qu'en même temp, que les pui,sances de 
1 Entente et elle donna à la Belgique l'assurance qu'elle ne 
cesserait de combattre tant qu'une parcelle de territoire bel«e 
serait encr. foulée p,vr l'envahisseur. Elle l'a proclamé par 
la bouche de ses plus illustres hommes d'Etat: l'Italie Mt 



146 



JCN TEMPS DE OUERBB 



M' 



r^Iue & continuer la lutte avec toutes ses forces, au prix de 
tous les saorifioas, jusqu'à ce qu'elle ait réalisé sft, plus saintes 
espérances, restauré de concert avec ses alliés le droit interna- 
tional, et assuré avec eux, entre peuples, l'indépendance, la 
sûreté, le respect réciproque qui seuls peuvent rendre le 
calme à 1 univers. Cette grande tâche accomplie, la pai» se 
èvera comme le soleil sur le monde et mïus verrons s'accomplir 
le vœu formé par l'homme éminent en qui nous avons salué 
tout & I heure l'Italie entière, S. Exe. M. Tittoni : 

"Que la paix acquise par la victoire ne soit pas une paix, 
mais bien la paix, la paix pure de tous germes de guerre.^ la 
paix assise solidement sur ie principe des nationalité., et de la 
justice internationale." 

Voilà le sens du pacte par lequel l'Italie s'est liée à noua. 
Voilà les généreuses conditions de son aide généreuse. Nous 
acquitterons-nous envers elle pkr des louanges vaines et des 
hommage, stériles? Non. En des jours plus sereins, quand 
nous serons rendus aux travaux de la terre, de l'industrie et 
des arts, il nous souviendra que du Stelvio à l'Isonzo, autour 
des pios couverts de neiges éternelles, dans des gorges fouettées 
par 1 aquilon glacUl, un sang précieux coula pour la cause 
commune. 

Amis de l'Italie dans 1^, guerre, nous resterons ses amis 
dans la paix; à la fraternité d'armes nous ne ferons pas 
succéder jes hostilités économiques. Nous saurons concilier 
les intérêts commerciaux, industriels, financiers des deux 
peuples et nous ferons tomber de concert ces barrières de 
chiffres parfois aussi cruelles pendant la paix que les fils 
barbelés pendant la guerre. 

Mesdames, Messieurs, et vous jeunes hommes qui goûterez 
longuement !-s fruits de cette paix qui aura coûté de rudes 
efforts et de sanglante sacrifices, rappelez-vous toujours que 



IN TEMPS DE GUERRE 



147 



^« JL"""^ ""'"''' ""' '""**• "°" P""- '" proie comîne 
des barbares^ non pour la domination insolente et cruelle 
comme nos adversaires, mais p<,ur la liberté contre la tyrannie' 
pour la justice contre l'iniquité, pour la foi des traites contre 

I exemple des vaincus (car nous pouvons tenir désormais nos 

perdus, des désirs immodérés et du dédain des faibles. Que 
leur ruine vous enseigne la raison, la justice et vous persuade 
que la force sans sagesse se dévore elle-même. 

—Journal de» DébcUt, 23 juin, 1916. 



LXXXVÎII 
LA FIN DU MONDE 

le iwf? ' '" ^' "P-*»-""!!, dans le jardin du Luxembourg, 
le ciel éuit encore vermeil du côté de la rue de Fleurus II y 
avait dans 1 air une douceur exquise. Les bmnches des épais 

etdosenfanU cnamnt du haut de la tête en sepoursuivan 

autour des statues des Françaises illustres, sur la terrasse 

Un rapin très jeune et très chevelu croquait la fontaine 

Médicis, qui a vu tant de rapins planter leu™ chevalets devant 

elle, et deux ou trois couples d'amoureux, se tenant par les 

mams, causaient i voix basse près de l'eau sombre. Les bancs 

étaient occupés par des gens du quartier qui étudiaient les 

termes du communiqué de l'après-midi et discutaient sur la 

durée probable de la guerre: les uns estimaient qu'elle touche 

Sl^'V ■ '""■*' P'^-oy»i««t qu'elle duœra encore des 

com^T' ..^"P""""' ""y^""» "'^t»i' presque pas représentée, 
comme .j ,„„^^„, ^„ ^^^^^^ ^^ ^^ _^ . 

sou, les a:-bres avec l'économie politique, tandis qu'un Jtit 



148 



KN TEMPS DE GUERRE 



Jateau à voHe h.anche voguait , IWentu™ ^s„ ,« grand 

aux''pti'1"'r' 'T'"" ^" ^''"''' -' 'l- chaises de fer. 
aux pieds de Jeanne d'Albret: un monsieur à barbe gril 
tenan une aerv.ette de professeur; sa femme qu'U f^a^ 

hnr^Kr"''''"*™ ^" *™'« "' ''"ï'"*'^; e"« garnit sur cette 

sur ladestruct.on de tant de belles vies pleines d'espérancT 
elle redoute des bouIeversemenU sociaux, des r^voTuUoÙnt 
des catastrophes après la guerre. "Je ^'ai jamais eu au ' 

c e^t la fin du monde, je vous le dis, oui, la fin du mondet 
Mais j espère mourir assez tôt pour ne pas la voir!" 

"»«rer et d encourager sa femme; et il commence à lu! 
présenter une grande thé,rie pleine de raisons d'espé J- ma"s 

r ^::gtt'^^?^nC";r r - '"-- ^' "■^- 

jp petite! . . . p„„ elle se reprend à pleurer de plus 
■• Vous l'entendez ! dit le professeur i sa femme et à sa bru • 

n:ir:i::-ï:::-r:^tî:rv^"'^--« 

e^.!» disait ... de Co,;; ' danf ^ / HroreZi 
Lazare. Et elle ne mourut pas ! Notre petite-fille „««„< ;^ 



KN TEMPS DE GUERRE j^g 

que ce soit la fin du mondp Ff 

notre patrie sent et ZtcLj'T'""'" '""'" '* J*""»™' ^'> 
triomphera ! . . jTléT f'"' "o"-" P«t"e .survivra et 

bouche des enf n^ '^^Z ''"f"'-'-»' ^ ''a dit, de la 

■«■•.. même des plus petits . . ." 

—DarHng, interrompit malicieusement I» ■ 
-^penchant vers la toute petite'^^ i C; J^ J 

»o^:S:xï::zri';,:r:raSr •'-'»""'-' 

«"•<,ny to ,„y p„i,„ ,. ^ P'"^ g'-and séneux : " / „„ 

P^ietuf 'c'^717LT '""''"■ "'«'"-'' '« Vieux 
sa grande sa,ur et : flj ^^ " E„r "■" '"■""'°'""' '"« 
elle doit .écrire, et eile lui LTt de s! "• '"" !»""■"- q-" 
devoir de petite bonne flZl """""• ^"^ ^"'^ «°'' 

Oeste.,e,u'iestd..n:v:r ""J" ■='"'™''^^ P'"» ">»«■ 
tard, et vous devez vous aussi' ma fille r'-'^f™"'' ""' " "»' 
Mais ne lui parlez pas de la fi' T ^"''' ^""^ ^ ""tre poilu . . . 
n'y croient is ! " ^ '" ^" ''" '"°"'^«' P^^^e ces mioches 

aèrent lentement à la ma^on -i '"'"""' '^ ^""^'- «''<'- 
-Jourmld., Débat,, 23 j„i„ jgjg 



LXXXIX 
DISCOURS DE M. TITTONI 

11, ra. littoni, leminent aml>a.s,a<leur dTf*!;. i d ■ 
.a mont^ avec des p^uves irr.f„tab.es.^"rur':von!T« 



150 



EN TEMPS DE GUERRE 



Il vi 



heureux d'entendre l'uncien ministre des affaires étrangères 
italien exposer, avec l'autorité unique qui lui appartient en 
cette matière, un certain nombre de vérités que nous nous 
efforijons de mettre en lumière ici depuis le commencement de 
la crise. Comme l'a dit M. Tittoni, des auteurs bien intention- 
nés, en élargissant démesurément le cadre de la discussion, ont 
créé dnna l'esprit public une certaine confusion dont l' Austro- 
Allemagne profite pour s'ingénier à rejeter la responsabilité de 
la guerre. Il est préférable de s'en tenir à quelques points 
essentiels. Voici ceux qu'a relevés M. Tittoni ; 

En premier lieu, l'Austro-AIlemagne ne peut décliner la 
responsabilité e la guerre en déclarant qu'elle désirait, non 
pas la guerre européenne générale, mais une guerre limitée 
soit contre la Serbie seule, soit contre tel ou tel ami de la 
Serbie. Elle ne pouvait raisonnablement ilouter que l'agres- 
sion contre la Serbie mettrait en mouvement la Russie, puis la 
France alliée de la Russie, puis les amis de la Russie et de la 
France unis en vue du maintien de l'équilibre. Si elle a cru 
vraiment le contraire, elle n'en est pas moins coupable. Un 
homme qui lance une bombe dans la foule ne peut se justifier 
d'avoir tué des passants sous le prétexte qu'il visait une seule 
personne. 

Ensuite, il est faux que la mobilisation russe ait provoqué le 
conflit. M. Tittoni a détruit, en termes décisifs, cette légende 
propagée avec persistance par nos ennemis jusque dans les 
milieux alliés. Tout d'abord, une mobilisation n'entraîne pas 
forcément la guerre: on le vit bien en 1908-1909 et en 1912- 
1913, époques durant lesquelles l'Autriche-Hongrie fut en état 
de mobilisation permanente. Mais, en fait, en 1 9 1 4, c'est encore 
l'Autricl^^-Hongrie qui prit l'initiative de la mobilisation plu- 
sieurs jours avant la Russie. En effet, c'est dans la nuit du 
23 au 24 juillet, quelques heures après la rupture des relations 
diplomatiques entre Vienne et Belgrade, avant même l'arrivée 



EN TEMPS DE OUERBB 



151 



du baron Giesl à Vienne, que furent publiés le décret de mobili- 
sation et les décrets annexes au nombre de 36. 

Il est également faux que l'Autriche ait été obligée do 
faire la guerre parce que, suivant l'expression employée par 
M. de Jagowdans une interview, "tous ses intérêu dans la 
péninsule balkanique se heurtaient constamment contre 
l'hostilité ou la mauvaise volonté des puissances de l'Entente, 
et qu'il fallait bien mettre tin à cet état de choses intolérable.'' 
C'est le contre-pied de la vérité. L'Autriche avait obtenu de 
l'Entente, pendant la crise balkanique et la crise albanaise, 
tout 0» qu'elle avait demandé. Avec une surprenante défé- 
rence, la Conférence do Londres lui avait donné satisfaction 
sur tous les points. Elle avait créé une Albanie et nommé un 
mbret albanais sur les mesures du Ballplatz. Le comte 
Berchtold lui-même s'était publiquement déclaré satisfait. Le 
20 novembre, 1913, dans son discours aux Délégations, il avait 
dit notamment: "Un échange de vues dû à l'initiative 
généreuse de deux monarques— François-Joseph et Nicolas II— 
réussit à amener l'abandon de ces mesures— la mobilisation 
partielle— avant que la crise se fût trop prolongée . . . Nous 
avons ex^ciM la partie essenlieUe de notre programme et 
sauvegardé la paix de notre monarchie." 

L'agression contre la Serbie n'était pas plus.justifiée par des 
raisons serlœs que par des rai.sons générales. Le 18 mars, 
1909, la Serbie avait signé une déclaration par laquelle elle 
recoimaissait formellement l'annexion de la Bosnie-Herzé- 
govine et tout ce qui s'ensuivait. Depuis lors, elle s'était 
comportée avec une correction parfaite. Dans son discours du 
20 novembre, 1913, le comte Berclitohl lui avait décerné un 
certiBcat de bonne conduite. Après le crime de Serajévo, 
commis en territoire austro hongrois, par di-s sujets austro- 
hongrois, le gouvernement serbe avait pris une attitude 
irréprochable. Il ne donnait prise en rien. Si l'Autriche- 



152 



EN TEMPS DE OUERRI 



Hongrie B'est jetée sur la Serbie à la fin de juillet, 1914, avec 
la oomplioitë de l'Allemagne, c'est afin d'assouvir des ambitions 
criminelles et de permettre k l'Allemagne de donner libre 
carrière aux siennes. H n'y » pas d'autre explication.-A. O. 
—Journal du DébaU, 28 juin, 1916. 
XC 
ORDRE DU JOUR DU GÉNÉRALISSIME 
Soldats de la République, 
Votre troisième année de guerre commence. 

Depuis deux ans, voi* soutenez sans faiblir le poids d'une 
lutte implacable. 

Vous avez fait échouer tous les plans de nos ennemis ; vous 
les avez vaincus sur la Marne, vous les avez arrêtés sur TYser 
battus en Artois et en Champagne, pendant qu'ils cherchaient 
vainement la victoire dans les plaines de Russie. 

Puis, votre résistance victorieuse, dans une bataille de cinq 
mois, a brisé l'effort allemand devant Verdun. 

Grâce à votre vaillance opiniâtre, les armées de nos alliés 

ont pu forger les armes dont nos ennemis sentent aujourd'hui 

. le poids sur f ,as les fronts. Le moment approche où, sous 

notre poussée commune, s'effondrera la puissance militaire 

allemande. 

SoldaU de France, vous pouvez être fiers de l'œuvre que 
vous avez accomplie déjU! Vous êtes décidés à l'accomplir 
jusqu au bout ! La victoire est certaine ! 

J. Jorras. 
— Journal dtt Débali, 3 août, 1916. 



FUT 



, aveo 
itiona 
libre 
\.Q. 
916. 



l'une 

vous 
faer, 
lient 

cinq 

Jliës 

l'hui 
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